Mercredi 20 mai
Mardi 19 mai

A l’arrivée au tribunal, Daniel Legrand et ses avocats sont assaillis par une horde de journalistes affamés. Ces mêmes journalistes n’ont pas arrêté durant toute la journée à chaque suspension de séance de photographier tous faits et gestes de Daniel Legrand, sa mère et ses sœurs… Bref, la frénésie.

 

L’ambiance est lourde, très rapidement on sent les avocats de la défense monter au créneau mais ce n’est pas le moment et le président de la cour, très justement, le rappelle à l’ordre…chaque chose en son temps.

 

Tour des témoins et de leur disponibilité. EDM s’agace de la future absence d’un témoin avec qui il souhaite régler des comptes, un témoin de la clique des « révisionnistes »

 

Une bonne partie de la journée ont été abordés :

 

> La passion du foot de Daniel L., la partie civile a mis en avant qu’il n’a peut-être pas perdue cette passion à cause de l’affaire Outreau

>Les dégâts de la prison sur Daniel L., « fracassé » selon Franck Berton

>La consommation de drogues de Daniel, le chèque volé et la Belgique

>La personnalité de Daniel L., ses traitements, son inaptitude à travailler

 

Le témoignage de l’expert expose le portrait psychologique de Daniel mettant en évidence la capacité de Daniel à tenir durant le procès, à être en contrôle de soi et de ses souvenirs.

 

Les témoignages de la maman et de la sœur ont voulu être émouvants, soutenus par les avocats se répandant dans une compassion sur jouée. Tribunal et théâtre, même combat.

 

En filigrane, sur toute la première partie de l’après-midi, Daniel L. n’avait pour seul argument "je ne sais pas", "je ne me souviens pas", "c’était y a 15 ans". Ces trous de mémoire, compréhensifs par la défense sont bien plus légitimes selon elle que les trous de mémoire des enfants victimes à l’époque des deux premiers procès.

La journée commence avec l'audition de celui qui était le capitaine de la police de Boulogne, Didier Wallet. 

Il affirme que des planches photographiques sur lesquelles Legrand figurait ont été montrées aux enfants, qui ne l'ont pas reconnu. Il dit qu'au départ, aucun enfant n'a parlé de Legrand.

 

Me Reviron, avocat de Jonathan, souligne que les seules photos montrées étaient celles des mis en cause, d'ailleurs les auditions des enfants Delay par Didier Wallet ont toutes été menées avant l'arrestation des Legrand. Il rappelle aussi que les enfants ont parlé immédiatement de plusieurs hommes présents lors des viols.


En fin de matinée, le président est revenu sur ces albums qu'il a qualifiés d' "assez surprenants" en raison de photos ajoutées au fur et à mesure, et de la seule présence des photos de mis en cause.


Me Reviron, a également demandé à ce que la cour puisse voir les vidéos des (rares) auditions filmées des enfants. Rares car peu voulaient bien être enregistrés, et le matériel était en panne. Et Me Reviron a précisé que les parties civiles n'ont jamais pu voir ces vidéos.

 

L'ex capitaine Wallet explique que  les dossiers de pédophilie "c’était 80% de nos affaires dans le secteur."

 

Quand Me Reviron lui demande quel est son sentiment au sujet de cette enquête, Didier Wallet répond: "on manquait de matériel, on avait une voiture pour 15, on était que quatre pour traiter l'affaire". Mais en fait, Didier Wallet ne se rappelle pas de grand chose.

 

Vers 10h 30, Daniel Legrand étant en passe de s'endormir, l'audience est suspendue.

 

Après la suspension d'audience, Me Hubert Delarue évoque la présence de tracts diffusés dans le tribunal par des membres de Wanted Pedo. Le président du tribunal a pointé du doigt l'équipe de Wanted Pedo, qui a collé des affiches dans le tribunal et invectivé avocats et journalistes, et dénonce une "pression inadmissible". Le risque est que les débats continuent à huis clos. Un individu dans le tribunal, qui s'est assis à côté des membres de Wanted Pedo, a traité Daneil Legrand de pédophile et s'est fait sortir.

 

Les journalistes évoquent le collectif, trouvent qu'il est trop proche des victimes. Evidemment, la moindre occasion sera un prétexte pour Moretti et consorts afin de demander le huis clos et dire que les victimes sont manipulées.

 

Il est apparu, après avoir obtenu les explications de diverses personnes, que cette personne expulsée du tribunal n'est pas un membre de Wanted Pedo, et qu'elle n'est venue qu'à ce moment-là au tribunal. Quant aux "tracts", il s'agissait d'un autocollant collé sur un cendrier dans la cour intérireure.

 

L'audience reprend, les avocats de Daniel Legrand tentent de démontrer des incohérences dans les déclarations des enfants. La défense pointe l'accusation contre Jean-Marc, un handicapé qui a été considéré comme incapable de monter seul les escaliers. Pourtant, les enfants Delay ne sont pas les seuls à avoir accusé Jean-Marc, et ont précisé qu'il fallait l'aider pour qu'il monte jusqu'à l'appartement des Delay.

 

Les avocats des parties civiles ont réagi, l'empoignade a commencé. Le but de la défense est de prouver, comme les autres fois, qu'en se trompant sur des détails, c'est tout le témoignage des enfants qu'il faut invalider.

 

La défense sort aussi une liste des adultes dénoncés par les enfants, sans mentionner Daniel Legrand. Alors qu'il a bien été accusé directement, et que c'est bien dans le dossier.

 

Le fait que Jean-Marc Couvelard ait été écarté immédiatement de l'enquête au motif que sa mère et un médecin ont dit qu'il ne pouvait pas monter seul les escaliers a été utilisé de manière abusive par la défense pour dire que les enfants accusaient à tort et à travers. C'est encore cet argument qui est développé ce mercredi. Et selon me Reviron, Couvelard était "parfaitement capable" de monter les trois étages pour se rendre au commissariat, accompagné par quelqu'un. C'est étrange, parce que le fait qu'il ne puisse pas monter était la pierre angluaire du raisonnement suivi pour l'écarter des poursuites.

 

En fin de matinée, le tribunal a aussi entendu un policier, Daniel Deledalle, qui a d'abord dit "Je n'ai aucun élément à apporter, je n'ai pas fait d'acte concernant Daniel Legrand", avant de préciser au bout d'une heure que "Daniel Legrand, ça me dit rien, j'étais en congé longue maladie à l'époque".

Nos comptes-rendus d'audience

 

Parce qu'on ne va pas laisser le terrain au fan club de Daniel Legrand, on va relater ici les audiences du procès de Rennes.

L'audience reprend un peu avant 15 heures, avec l'audition de Jonathan Delay, qui a visiblement du mal à s'exprimer. On le pousse à trouver des souvenirs qu'il n'a plus.

 

Le jeune homme explique que c'est en 2000, quand il a été enfin placé dans une famille d'accueil, qu'il a commencé à parler. En fait "ma famille d’accueil a commencé à avoir des doutes quand j'ai demandé si il y avait des cassettes porno", dit-il.

 

De fait, on sait bien que les enfants ne parlent que quand ils se sentent en sécurité.

 

On l'interroge sur la présence de l'accusé, Daniel Legrand, lors de faits qui se seraient produits chez les parents Delay: "Je sais qu’il était là.", dit-il, "j’ai certaines images où je le vois chez mes parents".

 

Evidemment, les détails sont flous, c'était il y a 15 ans! Et si même Daniel Legrand ne se rappelle pas le nom de son codétenu, comment en vouloir à un enfant de 5 ou 6 ans à l'époque s'ils ne se rappelle pas clairement les faits, ou quels gestes a commis Legrand précisément.

 

Jonathan Delay explique qu'il a "le souvenir d’avoir été violé", le président lui demande "par qui"?. Réponse: "ils ont été acquittés".

 

Pourtant, il suffit de se replonger dans le dossier, dans les auditions faites à l'époque, pour avoir des éléments précis. "J'avais du sang dans la bouche tellement le zizi de papa était gros", a par exemple dit Jonathan à un policier.

 

Mais, il n'a pas de souvenir précis d'abus commis par Daniel Legrand. A ce niveau, les avocats de la défense se montrent très insistants, se succédant pour poser les mêmes questions. A un moment, le président doit leur rappeler que Jonathan a déjà répondu à cette question.

 

On lui demande si ses souvenirs des abus  sont liés à l'appartement de ses parents, et Jonathan répond "pas seulement". On lui demande s'il a été avec des adultes en Belgique, il répond que oui. Pour lui, ça se passait en Belgique parce qu'ils roulaient longtemps.

 

Puis, le président se met à poser des questions sur les acquittés, sur des souvenirs précis qu'il n'a pas.

 

Jonathan rappelle qu'il n'est là "que pour une personne" et demande à parler à ses avocats, il a eu droit à une pause. Jonathan a parfaitement raison: il n'est pas là pour "refaire le match", comme le lui a reproché mensongèrement Me Julien Delarue. Il n'est pas là pour parler des acquittés, mais seulement de Daniel Legrand.

 

Reprise de l'audience, le président attaque directement sur Emeline, la demi soeur aînée des Delay, fille de Thierry Delay. Elle a toujours nié avoir subi quoi que ce soit, même si ses frères disent le contraire.

"Vous vous souvenez avoir évoqué le sort de votre sœur Emeline dont vous avez dit qu'elle a subi la même chose que vous ?", demande le président. Jonathan répond "elle dit le contraire, mais je suis sûr et certain qu'elle a subi quelque chose".

 

On en vient ensuite au meurtre de la petite fille. Jonathan maintient, comme il l'a toujours dit, qu'on a caché le corps sous son lit. Ce meurtre dont Daniel Legrand dit avoir assistédansses aveux.

 

Amenée par un monsieur venu de Belgique, et tuée parce qu'elle criait trop fort pendant qu'elle était violée. Mais, on va en parler très longtemps de ce meurtre.

 

Le président du tribunal tente d'amener Jonathan sur le terrain des faux souvenirs, une théorie bidon répercutée par les pro pédophiles dans les années 80: "au fur et à mesure des auditions vous aviez de + en + d’éléments dans votre tête, de souvenirs alimentés ?".  Mais, une théorie que la défense va nous sortir grâce à ses experts, n'en doutons pas.

 

On lui parle de la suite, après le procès, il raconte un peu son parcours. Tous les journalistes présents vont se fixer sur une petite phrase, quand Jonathan dit que les indemnités monstrueuses des acquittés, c'était "malhonnête". Après cela, ils pourront tous dire que Jonathan va à ce procès pour l'argent. Remarque, Canal+ a devancé tout le monde au JT de la veille.

 

Le président du tribunal va même lire un vieil article dans lequel les trois frères Delay disaient qu'ils n'iraient pas à ce procès. Ils n'ont pas le droit de changer d'avis? Ou veut-on faire croire qu'ils ont été manipulés pour se porter parties civiles?

 

Les souvenirs de Jonathan, qui avait 4, 5 ans au moment des faits, sont très flous. Il doit répéter qu'il ne ment pas, qu'il n'a "rien à gagner à être ici". Mais il n'invente pas.

 

Quand Legrand ne se souvient pas du nom de son codétenu, personne ne tique, mais si Jonathan, la victime, ne se rappelle pas bien de ce qu'a fait Legrand précisément, c'est grave.

 

Puis l'avocat général met les pieds dans le plat avec une théorie des plus fumeuses, la fameuse théorie des faux souvenirs, inventée par Ralph Underwager, grand défenseur des pédophiles. Une théorie qui n'a toujours aucune validité scientifique. "Sauf que vous êtes victime et par des mécanismes que l’on connaît, il y a des souvenirs que vous construisez", assène-t-il à Jonathan, et il sort ses "hypothèses" comme: 

>  "C'est vrai"

> "Vous vous trompez en lien avec la reconstruction de votre mémoire"

> "C'est faux et vous mentez"

 

L'avocat général, censé assurer l'accusation, va même jusqu'à demander à Jonathan s'il a été "instrumentalisé" (Dupont Moretti n'aurait pas dit mieux) pour aller à ce procès.

 

Nous y voilà: le procès des victimes commence.

 

Me Berton passe à son tour à l'attaque et demande à Jonathan de parler des acquittés, ce qu'il refuse de faire. Il faut dire que le piège est grossier. Jonathan laisse donc Me Berton tenter de "refaire le match" tout seul. Là aussi, les avocats de la défense se montrent très insistants.

 

Il insiste pour savoir si Legrand l'a violé, mais Jonathan ne peut que répondre sa seule certitude: "il était là", présent lors des abus. Jonathan ne se souvient plus si Legrand l'a violé lui ou pas, mais quand on voit le nombre de personnes que lui et les autres enfants ont désignées comme agresseurs ou participants aux partouzes, on peut le comprendre.

 

Puis c'est Delarue qui le passe à la question et tente à son tour de refaire le match: Me Delarue à Jonathan Delay:"qui vous a fait du mal et qui a été acquitté à tort dans cette affaire?"  Quelle que soit la réponse de Jonathan, il aura toujours tort: s'il parle il risque de passer pour un mythomane, et on ne sera plus au procès de Daniel Legrand, s'il se tait il passe pour un mythomane aussi.

 

Il le redit: "je parle d’images que j’ai dans la tête, je ne parle pas de souvenirs".

Jeudi 21 mai

Ce jeudi matin, après une heure pour régler la visioconférence qui devait permettre d'entendre des assistantes maternelles, l'audience a commencé à 10h30.

 

On a d'abord entendu l'assistante maternelle de Chérif, qui a été la première à qui il s'est confié au sujet de maltraitances, puis d'abus sexuels, commis par ses parents.

 

Puis vient l'assistante maternelle de Dimitri et Dylan, qui explique que "C'est Dimitri qui a commencé à parler fin 2000". Elle a décrit deux gamins complètement traumatisés, à peine éduqués, apeurés: "Quand ils sont arrivés, ils étaient très perturbés, très sales, ils avaient peur (...) ils couchaient tous les 2 dans la même chambre. Il y avait que moi qui pouvait rentrer. La nuit, c’était l’horreur".

 

Le classique, dans ce genre d'affaire, c'est que les enfants, au départ, ne parlent pas. Ils ont trop peur, ne savent pas décrire ce qu'ils ont vécu. C'est seulement quand ils se sentent en sécurité qu'ils peuvent commencer à parler, et d'abord de ce qui leur fait le moins peur. En l'occurrence, c'est Dimitri qui a parlé le premier, dans des circonstances bien précises: "c’est au moment où Dimitri a su qu’il allait repartir plusieurs nuits chez ses parents qu’il a commencé à parler".

 

Il a commencé par parler de ses parents, puis d'autres personnes. Notamment le couple Marécaux: Mme Bernard explique qu'elle "les connaissait. J’ai posé beaucoup de questions pour savoir s’il ne mentait pas", a déclaré l'assitante maternelle, qui précise qu'elle "croyait Dimitri avec prudence", et même qu'elle "lui tendait des pièges" pour savoir s’il mentait.

 

Cette dame a aussi vite constaté que les enfants avaient un comportement ultra sexué, anormal pour des gamins de cet âge.

Et ils se sont mis à raconter des choses auxquelles elle n'aurait jamais pu s'attendre, "Il me disait que des personnes "faisaient des manières", " mettaient son devant dans mon derrière"", a expliqué l'assistante maternelle, qui a été tellement attaquée par la défense lors des procès de Saint-Omer et Paris.

 

On nous sort aussi la première liste d'une dizaine de noms rédigée par Dimitri, où ne figurait pas le nom de Daniel Legrand. On diffuse aussi la liste rédigée par l'assistante maternelle d'après les propos de Dimitri, où figure le "Dany legrand". Elle est interrogée pour savoir si "legrand" était un nom ou un adjectif, et elle a fini par répondre: "S'il m'avait dit le grand, je l'aurais marqué comme ça, qu'il était grand. Je l'ai marqué comme il me l'a dit; j'ai pas cherché à savoir".

 

Au fil du temps, Dimitri a donné d'autres noms, ceux de Dominique Wiel, de la boulangère, le taxi Martel, le Dr Leclercq... L'assistante maternelle explique: "Je trouvais qu'au bout d'un moment, ça faisait beaucoup de monde mais j'étais pas là pour juger".

 

Oui, sauf que plus tard, d'autres enfants ont confirmé avoir été violés par ces adultes, ou que ces adultes avaient été présents lors des traditionnelles partouzes.

 

Sur la liste qui mentionne Daniel Legrand, il est précisé que les faits se sont produits  "en Belgique. On a était avec ma mère et mon père il nous a fait des manières ma mère lui a donné de l'argent".


En fin de matinée, la défense sort sa botte secrète: il y aurait eu un autre "Dany" qui se baladait dans le quartier de la Tour du Renard à l'époque! En fait, c'est Roselyne Godard, la boulangère, qui s'en est soudain rappelé juste avant le procès en appel de Daniel Legrand (qui avait été condamné en première instance) et des autres condamnés du premier procès. Sauf que ça ne tient pas la route: le type n'a pas été identifié par les enfants.

 

C'est juste un argument complètement bidon, mais qu'il a quand-même fallu vérifier !

 

Ensuite, le tribunal a cherché à savoir si les assistantes maternelles avaient ourdi un complot pour accuser tout un tas d'innocents, si elles se sont appelées pour parler des révélations des enfants. Ce qui, bien évidemment, est le cas. Mais de là à dire qu'elles ont contribué à monter une cabale fondée sur rien, il y a un pas.

 

On espère juste que les 50 témoins de Legrand seront aussi attaqués de la sorte par les juges et l'avocat général. Car rappelons-le: c'est bien le procès de Daniel Legrand et pas celui des victimes, des experts ou des assistantes maternelles. La ficelle est pourtant grosse, mais ça a l'air de passer auprès de certains journalistes peu regardants.

 

Les avocats de Legrand ont ensuite posé leurs questions, notamment Me Delarue qui a lu l'extrait d'un témoignage de Dimitri dans lequel il disait "il mettait le devant dans le derrière des vaches et des cochons." Un journaliste a même osé parler de girafe. En réalité, Dimitri évoquait une ferme, en Belgique, où lui et plusieurs autres enfants de plusieurs fratries différentes ont dit qu'ils étaient amenés en taxi et forcés à subir des viols par plusieurs adultes, le tout étant filmé.

 

Tous les enfants racontent à ce sujet exactement la même chose. Il n'est pas impossible du tout que des scènes avec des animaux aient eu lieu, même Badaoui a parlé dans le détail de rapports avec un chien.

 

Reprise de l'audience vers 14h, avec l'audition vidéo du Dr Jean-Pierre Dickes qui a examiné l'un des fils Delay, mais il ne se rappelait plus lequel et n'a pas relu son rapport de l'époque, si bien que le tribunal le lui faxe. Mais selon lui, "il n’y avait pas grand chose à constater", d'ailleurs le rapport qui date de 1999 dit qu'il n'y avait pas de trace de coups ou de sévices sexuels.

 

Il explique aussi qu'il a été sollicité pour voir un des enfants Delay, mais ne savait pas exactement pourquoi, et pensait qu'il devait regarder des lésions pour des faits qui se seraient déroulés récemment. Alors qu'ils remontaient à 1997.

 

Selon Me Reviron, l'avocat de Jonathan, "il a eu un débat important" au sujet de cette expertise, et l'expert admet qu'il l'a rédigée dans la précipitation.

 

Puis le médecin, qui dit sans problème avoir sympathisé avec Dominique Wiel, explique: "quand vous examinez un enfant qui a été violé, en général, il y a des coups sur le corps, des griffes etc", ce à quoi l'avocat de Dimitri Me Lef Forster, répond que dans le cas de viols oraux on n'a pas ce genre de trace.

 

Et de lancer que "Les affaires de pédophilie [le] répugnent. Après mon expertise je ne m'y suis plus intéressé".

 

Selon le médecin, les lésions après un viol, chez un enfant comme un adulte restent durant 2 mois. C'est bien la première fois qu'on entend cela. D'ailleurs, un autre expert qui témoigne juste après explique qu'après deux semaines, "on ne voit plus rien".

 

Cet expert a été bien protégé par les avocats de la défense, qui ont empêché les questions des avocats des victimes. Idem avec le policier Bourlard, qui témoigne plus tard dans l'après-midi.

 

Vient ensuite un autre expert toujours par vidéo, Jean-François Bouvry, qui a examiné les quatre enfants Delay et n'a repéré de traces que chez Jonathan. Cependant, il précise que les quatre fils Delay lui ont parlé de viols qu'ils auraient subis.


Interrogé par Me Reviron, le Dr Bouvry confirme qu'il est possible que des viols anaux ne laissent pas de trace, d'ailleurs il ajoute qu'il a très rarement vu de traces comme celles qu'il a repérées chez Jonathan.

 

C'est ensuite l'assistante maternelle de Jonathan durant 6 ans qui vient témoigner. Elle explique comment se comportait Jonathan quand elle l'a accueilli, il avait un comportement anormal. Elle explique notamment qu' "un mercredi, il ne savait pas quoi faire, il m’a demandé s’il y avait des cassettes porno". cependant, elle précise qu'elle ne posait pas de questions à Jonathan, parce que "ce n'était pas [son] rôle".

 

A elle aussi, l'enfant a fait des confidences, expliquant qu'à la maison les deux frères étaient forcés de pratiquer entre eux des actes sexuels, ou qu'il bloquait sur les fourchettes parce qu'à la maison elles servent à pratiquer des pénétrations...

 

Puis le témoin explique qu'un jour Jonathan a entendu le nom de "Legrand" et lui a demandé si c'était son nom ou parce qu'il était grand, ce qui crée un grand émoi du côté de la cour. Surtout que le témoin ne se rapppelait plus des circonstances de cette question de Jonathan.

 

Mais elle tient à dire que "quand Jonathan parlait, on voyait dans son regard qu’il souffrait. Il revivait ça", et selon elle un enfant aussi jeune "ne peut pas inventer" des histoires pareilles.


Sur ces entrefaits, les avocats de la défense font un petit incident car ils trouvent que deux types les regardent bizarrement. Deux jeunes du groupe des Wanted Pedo qui, en effet, fixaient l'équipe de la défense et Daniel Legrand de manière très insistante. Finalement, le président du tribunal en a expulsé un de la salle et a demandé à l'autre de ne plus regarder Legrand.

 

Clairement, ce genre de comportement n'est pas d'une grande intelligence, et cela devient même vite contre productif. Il serait bien qu'au moins ceux qui soutiennent les parties civiles tentent de préserver la sérénité des débats.

 

Le témoin suivant est Jean-Yves Bourlard, un policier qui a été chargé de la garde-à-vue de Daniel Legrand suite à son arrestation, mais qui n'a pas été entendu lors des deux premiers procès. Lui n'a eu à s'occuper du dossier que pendant deux jours, le temps de la garde-à-vue, mais il est le seul des policiers interrogés à avoir des souvenirs précis du dossier. Des souvenirs très précis, même.

 

Il explique qu'il a été choisi pour s' "occuper de ce qui devait être la tête du réseau: le père, et le fils Legrand" et dit qu'à ce moment-là, le dossier était bien vide, constitué de trois auditions et d'une expertise, ce qui n'a pas manqué de le surprendre. Il n'y avait "aucun élément matériel".

 

Il affirme que les deux Legrand avaient l'air "complètement éberlués" lors de leur arrestation puis de la garde-à-vue et il a même alerté sa hiérarchie car selon lui ces deux-là n'avaient pas le profil de "têtes de réseau".

 

Selon lui Daniel Legrand avait même l'air "choqué" par les questions qu'il lui posait durant les interrogatoires. Pris d'un élan de compassion, le policier a même expliqué à Legrand comment les choses allaient se passer en prison, "ce qu’il fallait qu’il fasse pour se protéger".

 

Avant de suspendre l'audience pour que Chérif Delay vienne témoigner, le président du tribunal dit qu’il n'y a aucune référence de date dans les faits reprochés à Daniel Legrand.

 

Chérif Delay arrive menotté, et explique d'emblée "c'est difficile de parler pour moi aujourd'hui... C'est rapport au stress et aux souvenirs". Il se souvient par contre très bien de la première cassette porno qu'il a reçue, à Noël, quand il avait 6 ans, de certains viols commis par Delay, d'avoir été obligé à manger des excréments... A ce moment, certaines personnes ont du sortir de la salle, car en effet, la sincérité de Chérif ne faisait aucun doute.

 

Puis il en vient à Daniel Legrand, et dit qu'il le reconnait, mais le président l'interroge sur Emeline, la première fille de Thierry Delay dont il a dit qu'elle était aussi victime de Delay. Ce qu'elle a toujours nié, comme on l'a déjà vu.

 

Chérif explique ensuite que Daniel Legrand est lui aussi une victime de Delay, "comme eux". De fait, puisque Daniel Legrand est jugé pour faits qu'il aurait commis alors qu'il était mineur, il serait intéressant de savoir dans quel cadre ces faits-là auraient été commis. Y avait-il un embrigadement ? Des pressions ? Juste l'attrait du shit et de l'argent ? Tout cela n'est bien-sûr qu' interrogations.

 

Puis le président lui demande comment il peut affirmer que Daniel Legrand venait avec son père, et la réponse est toute simple: "il l'appelait papa".

 

Puis on lit des bouts de dépositions, dans lesquelles Chérif dit que Daniel Legrand est un grand ami de Delay, qu'il l'avait déjà frappé mais ne lui avait pas fait "de manières". C'est en effet ce qu'il a toujours maintenu. Chérif explique alors qu'il se rappelle de Daniel Legrand fils présent à une partouze qui se serait déroulée dans sa chambre.

 

Le président du tribunal interroge alors la partie civile, car il faut rappeler que les frères Delay ne sont pas les accusés dans cette affaire, pour lui demander si il ne trouve pas bizarre de parler de cette scène pour la première fois devant ce tribunal.

 

Chérif explique aussi que s'il n'a pas reconnu Daniel Legrand dans la salle au premier procès, c'est parce qu'à l'époque il était "déstabilisé" en raison de "l'environnement du procès". Et au second procès il dit qu'il ne les a "pas regardés". Il dit aussi qu' "après Outreau, j’étais fatigué d’être traité de menteur' et puis il raconte son parcours, effectivement cahotique : viré lui aussi de son foyer le jour de ses 18 ans, il a volé, s'est mis "à picoler et à fumer", a "provoqué la police", a été condamné.

 

Jusqu'à la dernière condamnation, parce qu'il a été violent avec sa compagne, comme avec celle d'avant, et il a peur "de reproduire". Lui au moins, on ne peut pas dire qu'il cherche à dissimuler les détails gênants. Il a même été "dans le déni" pendant une période, et ne voulait pas admettre qu'il a été victime.

 

"J’ai envie de me venger régler mes comptes mais je ne le ferai pas. J’ai décidé d’accepter que j’ai besoin de soins", a dit Chérif. Il dit qu'il ne "peut pas tout dire", sinon il va "exploser".

 

Puis le président aborde la lettre dans laquelle Chérif s'accusait du meurtre d'une petite fille qu'il aurait été forcé de commettre avec une bêche, en 1998. Il avait écrit à un procureur en 2013 pour être entendu à ce sujet, suite à des crises d'angoisse et des terreurs nocturnes.

 

Mais, Chérif dit qu'aujourd'hui il veut revenir sur ses dépositions, car il a confondu des souvenirs avec des cauchemars: "J’ai mélangé mes cauchemars avec la réalité".

 

Par contre, il dit qu'il a vu plusieurs fois dans des flashs Daniel Legrand en tant que victime et une fois comme agresseur: "Je sais que Daniel legrand est victime. Il était là et il a été victime comme moi. Il a été une seule fois agresseur" Puis l'un des avocats de la défense cherche à définir à partir de quand Daniel Legrand est devenu un agresseur, et Chérif situe la période après la coupe du monde de 98, à la rentrée. C'est à ce moment qu'il y a eu le seul viol. 

 

Me Cormier, avocat de Jonathan, lui demande comment il fait la différence avec la réalité, et Chérif, de plus en plus mal, répond: "pour moi c’est réel mais c’est tellement gros que ce n’est pas possible".

 

Il pleure à la barre et dit que "ça fait 10 ans que j'attends d'être considéré comme victime".

 

Son avocat lui demande s'il accuserait quelqu'un d'innocent, et il réitère ses accusations contre Thierry Dausque, le taxi Martel, la boulangère, Alain Marécaux et Daniel Legrand. Quant à Franck Lavier, il dit que s'il en parlé à l'époque, c'est que c'était vrai, mais refuse d'aller plus loin.

 

Puis Me Delarue lui parle d'une déposition dans laquelle il aurait évoqué une infirmière, mais il ne s'en rappelle plus.Les avocats de la défense tentent aussi d'évoquer le désaccord entre Chérif et Dimitri au sujet des animaux de la ferme qu'ils avaient cités dans leurs dépositions: Cochons? Chevaux ? Autant d'attaques d'une mesquinerie implacable, comme lors des premiers procès.

 

Puis un autre avocat de Legrand commence son couplet sur "je reconnais votre souffrance", et la tension monte vite entre les avocats de la défense et ceux des parties civiles, et là dessus l'audience est suspendue jusqu'au lendemain.

 

A la sortie devant les médias, Me Delarue ne peut s'empêcher de taper sur on ne sait trop qui, lâchant: "A bien des égards, c'est pitoyable, pas pour ces garçons mais pour ceux qui les mènent". Parce que, selon lui, il y a donc un complot.

 

Le seul à être resté à peu près impassible (quand il ne rigolait pas avec sa famille) tout au long de la journée était Daniel legrand, qui devait recevoir son injection bi-mensuelle.

 

Vendredi 22 mai

Ce vendredi encore, le groupe des avocats de la défense a bien malmené les témoins. Ceux-ci, contrairement au policier et à l'expert de la veille, n'étaient manifestement protégés par le clan de Legrand.

 

L'audience a commencé par la lecture de divers certificats médicaux concernant les enfants Delay. L'un d'eux dit qu'il n'y a pas de "lésions importantes" chez Dimitri, mais que toutefois "on ne peut exclure que l'enfant ait été sodomisé par le passé".

 

Un autre a les mêmes conclusions concernant Chérif. On rappelle que Déimitri et Jonathan ont été hospitalisés plusieurs fois pour des diarrhées aigües.

Que "l'hypotmie du sphincter anal constatée chez les quatre enfants est compatibles avec leurs déclarations"... En fait, un enfant régulièrement violé n'aura pas les mêmes réflexes au niveau du sphincter, et c'est ce que constate ce médecin.

 

Hélas, il s'agissait à chaque fois d'examens réalisés plusieurs jours, voir plusieurs semaines après les faits.

 

Puis c'est Mme Joly, qui a été l'assistante sociale référente pour les familles d'accueil des enfants Delay, qui arrive à la barre. Elle explique que Chérif a été placé depuis 1995 à la demande de sa mère qui dénoncait diverses violences commises par ThierryD elay et voulait ainsi protéger son fils.

 

Elle explique qu'au niveau du suivi des enfants, "à chaque incident notre rôle de référent était d'en faire part au juge des enfants".

 

Comme les assitantes maternelles, Mme Joly décrit des enfants très perturbés à chaque fois qu'ils rentraient de chez leurs parents.  D'ailleurs, entre février et septembre 2000 de nombreuses notes concernant les enfant Delay ont été adressées au juge des enfants par le Conseil Gérénal.

 

En novembre 2000, c'est l'école qui alerte sur le comportement de Dimitri.

Quant à Badaoui, Mme Joly explique qu'elle ne semblait pas sincère et avait un comportement changeant: une fois elle voulait que les enfants soient placés pour les protéger, puis elle réclamait la fin du placement.

 

Interrogée,  Mme Joly explique qu'elle rencontrait régulièrement les familles d'accueil, parce que la situation était difficile à gérer pour elles et qu'il fallait un suivi.

 

Elle aussi confirme que Jonathan semblait "revivre les choses" quand il parlait des abus.

 

"On a eu le souci de faire remonter tout ce que disaient les enfants à la justice, même quand cela nous semblait abracadabrant", dit-elle, "notre rôle n'était pas de faire un tri". Pour l'assitante sociale, les enfants "étaient honnêtes dans ce qu'ils disaient. Après qu'ils ne soient pas toujours précis ou exacts ça peut se comprendre".

 

Selon elle, les services sociaux ont fait tout ce qu'ils pouvaient pour aider ces enfants à l'époque des faits et rappelle que l'enquête interne du Conseil général sur la manière dont le dossier avait été traité "n'a pas remis en cause la façon dont [ils] ont travaillé". Cependant, elle dit aussi qu'après l'affaire il n'y apas eu de suivi.

 

Pressée de questions par les avocats de la défense, Mme Joly refuse de répondre quant à la "cohérence" des propos des enfants.

 

Puis, il est question de la fois où elle a du accompagner Jonathan et Dimitri en Belgique, afin d'y mener une reconnaissance pour identifier un lieu où se déroulaient les abus.

"Les enfants étaient très déterminés à dire qu'ils avaient vécu quelque chose dans un maison près d'un parc de jeux",a a expliqué Mme Joly.

 

On entend ensuite Henri Villeneuve, chef de service éducatif du conseil général. Il dit pratiquement la même chose que mme Joly, sauf qu'il précise que la question d'abus sexuels n'avait pas été abordée à l'époque, qu'on n'avait pas cherché à creuser, à avoir des noms. Il explique: "la seule instruction était de ne pas chercher àinvestiguer quoi que ce soir".

 

Eric Tamion, juge des enfants à l'époque, arrive à son tour à la barre. Il avait prolongé le placement des trois jeunes frères Delay, et c'est à partir de ce moment-là qu'ils ont commencé à parler.

 

Suite à cela, le juge demande des expertises, assez alarmantes pour qu'il décide de suspendre les droits de visite des parents Delay: le juge explique que les parents étant demandeurs pour les héberger à Noël.


Mais, il a fallu expliquer aux Delay pourquoi on ne voulait plus qu'ils reçoivent leurs enfants, et on leur envoie un courrier disant que les enfants les accusaient d'abus sexuels.

 

Le problème, comme l'a alors souligné Me Reviron, c'est qu'entre le moment où ils ont appris ces accusations et le moment de leur arrestation (ainsi que de la perquisition), il s'est passé plusieurs semaines. Ce qui leur a laissé tout le temps pour faire disparaître les preuves.

 

En fait Badaoui explique que c'est seulement quand ils ont reçu leur convocation à la police qu'ils ont flippé. Elle a expliqué que Delay a appelé X (acquitté) et qu'ensemble ils ont entrepris de brûler les films qui avaient été tournés, les godemichets qui avaient servi aux viols et autres preuves compromettantes, le soir-même.

L'audience reprend après la pause de midi. Chérif revient, toujours détenu, assister aux débats.

 

En visioconférence, on entend Patrice Duval, qui a été le greffier du juge Burgaud. Le manque de formation adequate dudit greffier avait été souligné par la commission d'enquête parlementaire comme ayant posé problème, et de fait le surplus de travail que cela a entaîné pour le juge, forcé de faire des tonnes de photocopies lui même, par exemple, a été important.

 

Il se demande pourquoi il a été cité à comparaître et dit que pour lui tous les actes de la procédure "ont été faits régulièrement".

 

Le président lui demande s'il s'entendait bien avec Patrice Burgaud, ce qui n'était pas le cas. Le greffier a d'ailleurs expliqué qu'il trouvait le juge "froid" et ne faisant "confiance à personne". Vu l'ampleur de l'instruction Outreau, on le comprend.

 

Au sujet de la qualité des retranscriptions des auditions des accusés, le président lui demande: "vous est-il arrivé de faire remarquer que ce n'était pas forcément ce que vous aviez entendu?", ce à quoi le greffier répond par la négative. Le président déclare alors que selon lui, la qualité d'une instruction dépend beaucoup "du binôme juge - greffier". On comprend mal cette réflexion dans le contexte du procès de Daniel legrand, mais passons.

 

Puis, interrogé par Me Reviron, l'avocat de Jonathan, le greffier dit "ça m'aurait fait réagir mais je ne me souviens pas" quand on lui demande si le juge Burgaud a suggéré le nom de Daniel Legrand à Badaoui. Par contre, il ne se souvient pas que le juge ait mis le doigt sur certaines photos du trombinoscope pour faire accuser certaines personnes, ou qu'il ait suggéré des réponses aux personnes interrogées. En fait, le greffier ne se souvient pas de grand-chose: "ça fait 15 ans", dit-il.

 

Me Reviron, l'avocat de Jonathan, fait remarquer que même les entrées et sorties des avocats sont notées dans les retranscriptions.Il serait donc étonnant que toutes les questions n'y figurent pas.

 

Le président revient à ses questions. Il sort une audition de Badaoui dans laquelle il trouve la réponse très longue, et qui selon lui ne mentionne pas toutes les paroles du juge? notamment quand il lit "le propriétaire du sex shop était bien Daniel Legrand", ce qui pour lui ressemble à une réponse à une question, qui n'est pas dans le PV. Ce à quoi M. Duval répond que les avocats "étaient là pour relire" et que "s'il y avait quelque chose à changer, c'était changé".

 

Et clairement: on se demande comment des avocats aussi sourcilleux que ceux de la défense auraient laissé faire de telles pratiques sans rien dire.

 

Juste avant une interruption, l'avocate de l'association Enfance Majuscule redemande à se constituer partie civile, ce qui lui avait été refusé au premier jour du procès mais lui sera accordé cette fois-ci.

 

Le juge Fabrice Burgaud, appelé à la demande de Me Reviron, avocat de Jonathan, est entendu en début d'après-midi par visioconférence.

Il explique qu'à partir de juin 2001, de nouveaux noms sont apparus dans le dossier, cités par plusieurs enfants. Il rappelle quelques éléments du dossier, notamment que Thierry Delay, lors d’un parloir, parlait de la Belgique et de déplacements avec un certain taxi Martel.

 

Fabrice Burgaud évoque aussi une grosse bourde dans la procédure: quand le commissariat a convoqué les Delay la veille de l'auditon qui a fini en garde-à-vue puis en détention préventive. Cela, alors que le juge des enfants les avait déjà prévenus quelques semaines auparavant que leurs enfants els accusaient d'abus sexuels.

 

Badaoui, en tout cas, avait expliqué qe le jour où ils ont reçu la convocation, Delay a appelé un autre acquitté et qu'ils ont détruit tout un tas de preuves.

 

Il explique les difficultés de l'enquête: l'âge et le nombre des victimes, les couaces de la police, et "autre difficulté et pas des moindres, c’était une instruction sous pression des médias".

 

Puis il est question de cette histoire de "Dany le grand", qui a été vérifiée. D'ailleurs plusieurs Daniel Legrand ont été retrouvés : "un en région parisienne, un autre en région lyonnaise"...

 

Il précise aussi que "plusieurs personnes ont été mises hors de cause" après leur garde à vue". Il explique par exemple que quand les enfants disaient que la boulangère leur mettait des baguettes de pain dans les fesses, il s'agissait peut-être de jouets. Et il semble en effet que les enfants parlaient de baguettes en plastique d'une dinette.

 

Il en vient ensuite aux éléments qui, dans le dossier, accusaient Daniel Legrand:

> Badaoui était capable de donner "beaucoup de détails" concernant Daniel Legrand

> Le juge ajoute que "à l'automne 2001, les Legrand avaient véritablement disparu, comme s’ils étaient en cavale"

> Les difficultés éprouvées par Legrand lors des confrontations.

> Fabrice Burgaud, probablement habitué aux accusations de la défense, se sent même obligé de préciser que durant les auditions "il n'y a eu aucune pression" de sa part, et que de toute manière les avocats des accusés étaient présents.

> La lettre de Daniel Legrand, dans laquelle il commence par dire qu'il tient "à s'excuser auprès des victimes", avant d'avouer avoir assisté à un meurtre qui le hantait encore. Des aveux qui, pour Fabrice Burgaud (et pour ceux qui les ont lus à part la défense), avaient de forts accents de sincérité. Et il est clair que ces aveux, répétés, sont particulièrement détaillés. Le juge explique aussi qu'il n'a "pas été surpris" par les rétractations de Legrand au bout de quelques semaines, parce qu'il est vrai que tout cela est "difficile à assumer".

> "Je me suis interrogé pour savoir si Daniel Legrand n’était pas plus victime des faits qu’auteur", a-t-il ajouté..

 

Puis, le président interroge le juge Burgaud sur le fait que els faits reprochés à Legrand ne sont pas fixés clairement dans le temps, ce à quoi Fabrice Burgaud répond qu'il est difficile, avec des enfants de 4 ou 5 ans, d'obtenir une grande précision temporelle.

 

On apprend aussi par le président que Legrand a reconnu plusieurs enfants, dont Chérif et Dylan, sur photos (alors qu'il était censé ne jamais être allé à Outreau, situé à 15km de son patelin), y compris des enfants qui ne l'ont pas accusé. Ce qui est pour le moins troublant.

 

Le président continue à questionner Fabrice Burgaud sur son travail et surtout pourquoi n'a-t-il montré aux enfants que les photos des prévenus? A cela, le juge répond qu'il n'a jamais d'instructions en ce sens aux policiers, et qu'il leur "a fait confiance".

 

Fabrice Brugaud doit aussi précciser qu'il n'a "pas soufflé de noms" à Myriam Badaoui, qu'il ne lui a pas non plus fait de "promesse", contrairement à ce que répand la défense, et qu'il n'y avait "pas de questions cachées" dans les auditions.

 

A un moment, le président évoque une fausse accusation qu'aurait faite Dimitri, mais d'après Myriam Badaoui il a dénoncé un autre homme pour ne pas dénoncer son père.

 

Quand arrive le tour des avocats de la défense, Me Delarue attaque directement, en disant qu'à son avis, Fabrice Burgaud n'avait "pas beaucoup de regrets" ce vendredi, puis enchaîne en revenant sur l'histoire du nom qu'il aurait "soufflé" à Badaoui, et le juge a eu droit au dfilé d'avocats et aux questions tous azimuts.

 

 

AU JOUR LE JOUR

Mardi 26 mai

Ce mardi matin, il y avait comme une ambiance de fête de famille au procès de Daniel Legrand : on se salue longuement entre confrères journalistes, les avocats de la défense saluent chaudement leurs porte plumes, et Daniel Legrand serre la main aux journalistes puis à ses avocats. Il faut dire que tout le monde se connaît à force.

 

On a même repéré les "conspirationnistes", les seuls à prendre des notes du début à la fin des débats, soit dit en passant.

 

Ensuite, Eric Dupond et Franck Berton font leur petite conférence de presse (dans la salle d'audience), distribuant leurs petits communiqués de presse, avec les éléments de langage que vous retrouverez dans, hélas, la plupart des médias.

 

Dimitri devait être entendu, mais il n'était "pas en état" de témoigner. On attendait aussi la venue de Gérard Lopez, psychiatre et fondateur de l'institut de victimologie de Paris, qui est dans l'incapacité de venir, et nous lui donnons toutes nos pensées les plus positives.

 

1. Hélène Romano

 

C'est donc Hélène Romano, docteur en psychopathologie, qui a été la première à passer à la barre. Elle est venue expliquer comment fonctionnent les victimes, ce qu'est la mémoire traumatique.

 

Elle explique que lors d'un événement comme un viol, la gestion du stress entraîne une incapacité à mémoriser correctement, et leur mémoire "ne peut pas être linéaire" car ces victimes subissent une dissociation.

 

"La mémoire traumatique est une mémoire purement émotionnelle", détaille Hélène Romano, "ces victimes ne peuvent pas vous faire un récit chronologique, ce qui est une preuve d'authenticité". Des effets encore plus marqués quand les abus sont commis par des proches.

 

La spécialiste ajoute que quand ces victimes tentent de relater les faits, "leur récit est en miettes, éclaté. On ne peut pas attendre d'une victime qu'elle donne un récit linéaire". Du coup, quand on les interroge, on estime facilement que leur discours n'est pas authentique, et on estime qu'ils mentent.

 

Le président lui demande alors pourquoi les enfants Delay ont dit récemment des choses qu'ils n'avaient pas dites avant (a priori il fait référence aux accusations contre Daniel Legrand, qui n'avaient pas été explicitées auparavant par deux des frères Delay).

 

"La mémoire traumatique varie suivant la manière dont l'enfant a vécu et suivi les faits, selon son état psychique. Parfois, la mémoire de l'émotion peut se débloquer, des éléments du passé prennent sens, des sensations reviennent", explique Hélène Romano, "certains éléments réactivent le traumatisme, par exemple un procès".

 

Le président lui demande alors comment on peut savoir "qu'un souvenir reconstitué n'est pas un souvenir reconstruit" ?

Hélène Romano rappelle l'existence d'une théorie obscure, appelée les faux souvenirs, et rappelle que "ce que l'on sait, c'est que la restitiution d'un souvenir, c'est la dimension émotionnelle et sensorielle qui est réactivée". Pour elle, "le fait de ne pas être sûr de sa mémoire" est un gage d'authenticité.

 

Précisons qu'à ce stade, nos amis du Figaro, du Monde et de La Voix du Nord n'avaient encore rien noté sur leurs carnets. Il faut dire que ces explications, qui tendent à valider les déclarations des enfants, ne plaisent pas beaucoup aux avocats de la défense.

 

Elle explique aussi comment un enfant peut mélanger deux personnes ("s'il y a plusieurs agresseurs, le nom qui revient est celui qui a le plus marqué", et "deux auteurs ne peuvent faire qu'un dans le souvenir de la victime") ou bien désigner la boulangère comme un homme, notamment "si elle n'est pas très féminine", ce qui était le cas de Roselyne Godard.

 

Elle rappelle ensuite à quel point un procès au cours duquel elles doivent témoigner est traumatisant pour ces victimes, précisant que "c'est un moment hautement à risque du point de vue psychique".

 

Questionnée par l'avocate d'Enfance Majuscule, Hélène Romano revient sur ce que représente pour un enfant d'être traité de menteur par des avocats, par un tribunal, par la presse: "c'est une violence indiscible que de traiter un enfant de menteur. Il témoigne comme il peut, avec ses mots à lui, de ce qu'il a vécu. Cela peut tuer psychiquement d'être traité de menteur à ce moment-là".

 

Elle rappelle aussi qu'il est essentiel de prendre correctement en compte la parole des enfants, en précisant "qu'un enfant victime peut être sous emprise et il peut détourner ses accusations pour ne pas s'enfoncer davantage".

 

La psyhologue explique encore qu'avant 6 ans les enfants n'ont pas la capacité à construire un mensonge, et évoque ensuite les mineurs auteurs d'agressions sexuelles (ce qui pourrait être le cas de Daniel Legrand, qui dodelinait de la tête toute la matinée) "sont à 80% des mineurs victimes, qui agressent parce qu'ils sont débordés par ce qu'ils ont vécu". Et elle ajoute que "l'agresseur aussi peut avoir des difficultés à nommer ce qu'il a fait".

 

Hélène Romano insiste enfin sur le fait que ces violences, ces chocs traumatiques, ont "d'importantes conséquences sur la santé".

 

L'avocat général, manifestement décidé à venir en aide coûte que coûte à Daniel Legrand, tente d'attaquer avec la fumeuse théorie des faux souvenirs, ce à quoi la psychologue répond que "le mot 'faux' ne correspond pas à la réalité de l'enfant".

 

Puis, le club des 6 passe à l'attaque, d'abord Eric Dupond (Moretti), qui lui demande -un régal- si elle a vu les enfants, si elle était aux autres procès, si elle connaît le dossier. Il insiste encore, demandant (sans attendre les réponses évidemment, le but est seulement de nous faire son laïus) pourquoi elle s'exprime sur ce dossier.

 

On serait pliés de rire si Dupond n'était pas d'aussi mauvaise foi, parce que c'est bien le clan de la défense qui a fait venir un certain Paul Bensussan, qui n'a jamais rencontré un seul des enfants d'Outreau, et, selon Hélène Romano, "n'a jamais reçu un enfant en thérapie", pour expliquer à la cour qu'il ne faut pas prendre au sérieux la parole d'enfants "carencés". Autant dire que c'est le jour et la nuit avec ce que dit Hélène Romano, mais là ça ne dérangeait pas Dupond qu'un type qui ne connaissait rien au dossier vienne donner son avis.

 

Puis Dupond enchaîne sur une histoire d'amalgammes, de blogs, précisant que "ces enfants ont été reconnus victimes et ils le sont", mais ajoutant que "au total plus de 50 personnes ont été mises en cause".

 

Il continue sa tirade, disant qu'Hélène Romano "n'est ni témoin ni experte", alors qu'elle est régulièrement appelée à témoigner dans des tribunaux, qu'elle publie à l'INSERM et participe à des colloques internationaux. Mais on connait la vieille habitude de Dupond et ses copains : taper sur les experts, détruire les témoins même au recours de mensonges de bas niveau (mais est-il vraiment capable d'autre chose ? Cela reste un mystère), décrédibiliser les victimes. Un beau travail de la part d'un type qui ose critiquer des citoyens un peu moins endormis que la moyenne.

 

Il fait des raccourcis, sort des phrases de leur contexte, et on arrive très vite au premier cirque de la journée (il y en aura au moins une dizaine, tous du fait de la défense).

 

Ce à quoi Hélène Romano lui répond qu'il est "dans l'instrumentalisation", et le président lui demande de "passer à une autre question". Car de toute manière, Dupond se tape des réponses.

 

Le ténor de Lille tente ensuite d'attaquer Hélène Romano parce qu'elle a dit que la boulangère qu'elle ne connait pas et elle l'a précisé "n'était peut-être pas trés féminine", ce qui est un fait. Bien-sûr, Dupond en profite pour nous faire son exposé sur la boulangère qui fut sa cliente, exposé sans aucun intérêt pour le débat.

 

Dernière carte: il revient sur l'affaire du cadavre de la petite fille qui aurait été mis sous le lit d'un des enfants Delay, ce qui pour lui est faux. Il demande au témoin : "qu'est-ce que ça vous inspire ?", et c'est le président qui doit le couper une fois de plus : "de quoi parle-t-on là ?". Car oui, une fois de plus on s'égare, on nous refait le procès d'Outreau et on s'éloigne du cas Daniel Legrand.

 

C'est ensuite Me Vigier, avec son sourire de ... (censuré) qui tombe sur le témoin, rappelant qu'elle n'était pas là pendant les témoignages de Jonathan et Chérif (il est interdit aux témoins d'assister aux débats, mais peut-être que cet avocat l'ignore). Ouis il déclare: "quelle que soit la question, votre réponse est la même : vous sacralisez la parole de l'enfant, mais vous n'êtes pas en croisade".

 

Donc prendre en compte la parole de l'enfant sans la jeter automatiquement à la poubelle reviendrait à la "sacraliser" ?  Voilà le genre de raisonnement qui nous a amenés à toutes ces affaires de pédophiles dans nos écoles.

 

Bref, là encore, c'est le cirque à l'audience, tout le monde crie, et le président doit rappeler la défense à l'ordre, expliquant à Vigier de ne pas faire "les commentaires après vos questions". Ce qui est en effet une habitude fâcheuse quand on prétend vouloir la sérénité des débats.

 

2. Laurence G.

 

Laurence G. est une des ces personnes sans qui les frères Delay auraient eu encore plus de difficultés à garder la tête hors de l'eau. Elle a hébergé Chérif puis Dimitri, en 2011 et 2012.

 

D'un coup, Durand Souffland, Dussart et Aubenas se rappellent qu'ils ont un stylo et un bloc notes.


Laurence G. rappelle le parcours de Chérif Delay, qu'elle a rencontré lors d'une séance de dédicaces de son livre "Je suis debout", et qu'elle a commencé à aider quand il s'est agi de lui payer son billet de retour de l'Algérie (car le conseil général du pas de Calais avait payé l'aller seulement).

 

Elle raconte les "terreurs nocturnes" de Chérif, "la sueur, les yeux écarquillés, il hurlait qu'il voyait Eric Dupond-Moeretti qui allait le dévorer". Elle parle de ses "flashs dans la journée", de ses angoisses, de ses problèmes de santé, directement liés aux violences qu'il a subies.

 

Elle explique "la règle d'or", que se sont fixés la grande majorité sinon tous les gens qui sont venus en aide à ces frangins : "ne jamais parler de son affaire. Mais quand ça débordait et qu'il  avait besoin de parler je l'écoutais". Et hop, par terre la théorie du complot de complotistes qui auraient "instrumentalisé" les victimes pour faire ce procès.

 

Parce que des règles, elle a tenté de leur inculquer : travailler, respecter les autres et d'abord soi-même, se bouger, ne pas être dans la vengeance, d'abord pour eux-mêmes...

 

Après quelques mois, Dimitri est arrivé à son tour. "Puis Jonathan a voulu venir mais je n'en avais ni les moyens ni la place, c'était impossible", explique Laurence, qui a trouvé une autre solution. Jonathan aussi manifestait des symptômes impressionnants, devant même être hospitalisé.

 

"Ils avaient la volonté mais pas la capacité d'avancer", résume-t-elle. Elle raconte que Chérif a vomi du sang qu'elle ramassait à la bassine, qu'à l'hôpital on a dit qu'il n'avait rien, que c'était psychosomatique, qu'il avait peur du noir, de s'endormir, peur des chiens, peur d'un cadeau "car il se demande toujours ce qu'il y a dedans", peur de Noël...

 

Elle dit qu'elle a réussi à organiser le premier noël où les trois frères étaient réunis depuis l'affaire.

 

Tout cela permet aussi de comprendre que sans ces citoyens, ces anonymes qui ont un peu pris de la souffrance de ces enfants, les frères Delay n'auraient eu aucune aide. Et ce sont justement ces citoyens qui sont traités de complotistes aujourd'hui par les avocats de Daniel Legrand.

 

Laurence G. parle aussi des menaces de mort envoyées par Chérif Delay, à Lavier, mais aussi à Badaoui, Wiel, Martel, Marécaux, Dausque et Daniel Legrand fils, en 2011. Des menaces pour lesquelles Chérif a été condamné à six mois de sursis et trois ans de mise à l'épreuve.

 

Elle évoque Jonathan, qui a écrit, plusieurs fois, le début de son livre, dans lequel il parle du meurtre de la petite fille, et cela dans le détail, sans ponctuation, d'une seule traite.

 

"Le pire qu'ils ont vécu c'est d'être traités de menteurs", ajoute le témoin, "les médias sont assassins, les ont traités de menteurs, et cela, ils l'ont très, très mal vécu".

 

Ce qui n'empêchera pas Me Duponpon de déclarer que "personne, je dis bien personne, n'a dit que ces enfants étaient des menteurs" (on lui ressortira les copies d'écran s'il veut se rafraîchir la mémoire).

 

Et de rappeler que les enfants, eux, n'ont jamais été reçus à Matignon, ou à l'ELysée, comme Sarko leur avait promis.

"Je m'adresse à ces citoyens, je suis une citoyenne", a dit Laurence G.

 

Puis, le président du tribunal questionne Laurence G. au sujet de recheches qu'elle a faites sur l'affaire d'Outreau. Mais, elle n'a jamais parlé de toutes ces recherches à Chérif.

 

Puis on nous sort une enquête préliminaire qui a fait suite aux menaces de mort de Chérif, dans lequel les policiers qui trouvaient que Laurence G. "accusait les acquittés" (crime de lèse majesté moderne), et qui  reprenait les propos de certains témoins qui trouvaient que Chérif était instable.

 

On lui demande : "comment expliquez vous que Chérif n'ait pas menacé Daniel Legrand père?"

- "Je ne sais pas je ne lui ai jamais posé de questions sur cette liste".

 

C'est elle qui a empêché que Chérif ne passe à l'acte, mais on lui reproche quand-même de "n'avoir rien fait".

 

Le président fait ensuite remarquer à Laurence G. qu'elle a traité Wiel d' "ordure" en parlant à Chérif quand elle cherchait à le dissuader de s'en prendre au curé d'Outreau, et lui reproche d'aller "contre une décision de justice".

 

Ce qui revient à dire qu'on doit nier la parole d'une victime, lui dire de se taire définitivement. Mme G. répond simplement que par là, elle lui signifiait qu'elle entendait sa douleur. Ce qui est indispensable pour  pouvoir avancer avec lui.

 

Et puis surprise, Me Reviron, l'avocat de Jonathan, commence par dire qu'il ne la "rejoint" pas quand elle "invective des avocats, des journalistes", sur son blog. Ce qui n'a strictement rien à voir dans les débats de ce jour, d'autant que Dupond n'a jamais porté plainte contre ces écrits.

 

L'avocat général passe ensuite, évoquant un "sentiment d'amour maternel", disant que Laurence était "prête à adopter" Chérif, ce qu'elle dément. L'avocat général, décidément prompt à attaquer les témoins des parties civiles, enchaîne avec une histoire de "quasi inceste". En réalité, Chérif l'a hébergée 8 jours dans l'appartement qu'elle lui avait trouvé, car à ce moment elle n'avait pas d'autre solution.

 

Puis c'est au tour de Dupond, qui lance: "Je soutiens qu'il y a des dizaines d'activistes qui ont milité pour rétablir je disais 'une autre vérite'", et il se met à invectiver divers citoyens dans la salle, mais des citoyens qui ne sont pas d'accord avec lui seulement. Puis il continue -pourquoi s'arrêter en si bon chemin?- "vous m'avez pourri d'insultes depuis 10 ans".


Sauf que Laurence G. ne l'a jamais insulté, même si, sur un ton sarcastique, elle a critiqué les positions de l'avocat, et elle n'a commencé à le faire qu'il y a 3 ou 4 ans.

 

En fait, pendant 6 ans, Dupond et les révisionnistes d'Outreau ont eu les mains libres pour faire oublier les victimes. Mme Gratton rappelle  alors à Dupond, puisque l'avocat général ne le fait pas, qu'on n'est pas à la 17 e chambre correctionnelle, réservée aux délits de presse.

 

Dupond demande alors si elle connaît Serge Garde, puis la questionne à son sujet. Elle l'a vu une ou deux fois. Puis il l'interroge sur Jacques Cuvillier, qui exerce lui aussi sont point de vue critique sur l'affaire d'Outreau, et a été attaqué nommément et même diffamé en plein tribunal par Dupond.


Il lui demande si elle connaît Marie-Christine Gryson, puis Michel Gasteau, autant de gens qui ont osé rappeler l'existence des 12 enfants victimes.

 

Dans le public, on se demande si on est bien encore au procès Legrand.

Puis Dupond nous sort quelques extraits des articles de Caprouille qu'il qualifie "d'ignominieux", et Laurence gratton le coupe: "si on est au procès des "révisionnistes" dites-le".

 

L'avocat en vient ensuite au fait que Laurence G. a qualifié Daniel Legrand de "victime de proxéntisme", et elle rappelle alors pourquoi on est là: Daniel legrand est accusé d'avoir commis des viols quand il était mineur et il a dit lui-même qu'il était payé en shit et en argent pour le faire. Cela correspond donc à la définiton d'un mineur victime de proxénétisme.

 

Dupond ne lâche pas et tente encore de donner un peu de substance à sa théorie du complot, mais en vain, alors il dit que Laurence G. se rend coupable de "corruption", parce qu'elle cite un policier qui a qualifié l'affaire d'Outreau d' "affaire d'Etat".

3. Homayra Sellier

 

L'après-midi s'ouvre avec le témoignage d'Homayra Sellier, la fondatrice d'Innocence en Danger. Elle explique que l'ONG est née en France en 2000, et explique l'importance de ce procès à cause de ce qu'elle appelle "la jurisprudence Outreau", qui fait qu'on ne croit plus les enfants.

 

Elle explique comment elle a rencontré les enfants Delay et comment elle en venue à les aider. La rencontre avec Chérif a eu lieu à l'occasion de la publication de son livre "Je suis debout".

 

Elle explique que Dimitri aussi avait des "problèmes de toutes sortes" et ajoute que "les trois frères Delay se sont retrouvés seuls, démunis et SDF". Ce qui n'a pas du tout dérangé les médias, pourtant prompts à pleurer sur le sort des acquittés.

"Il a fallu leur trouver un toit, et ce sont des amis qui hébergent et aident ces enfants", explique Homayra Sellier, "le calvaire de ces enfants pendant toutes ces années est quelque chose qui ne peut se raconter"

 

Elle précise : "je n'ai aucun intérêt autre que d'aider ces enfants à retrouver leur dignité. Ces garçons ont fait preuve d'une immense résilience et d'un immense courage". Pour elle il était important que ce procès ait lieu, pour que les enfants Delay puissent enfin s'exprimer, car "on a mis sur leur dos le fiasco d'Outreau".

 

Le président lui demande quel a été son rôle dans la tenue de ce procès: "En 2013, j'ai appris que ce procès n'avait pas été audience. Nous avons pensé que c'était honnête de notre part de demander au procureur de Douai ce qu'il en était. Deux semaines après, on nous a appris que ce procès serait audiencé et qu'il aurait lieu à Rennes".

- Quel a été le rôle de FO Magistrats ?

- Je ne connais pas la démarche de FO magistrats, je l'ai appris par les médias.

 

Elle doit aussi rappeler qu'elle n'est "pas là pour juger". Et que "si ce procès a lieu aujourd'hui c'est parce que le procès n'a pas été audiencé"

 

Puis elle ajoute : "je ne comprends pas pourquoi on nous traite de révisionnistes", et qu'à l'époque "les faits ont surtout été débattus dans les médias. Et les médias ont simplement oublié de rappeler que 12 enfants étaient reconnus victimes, jusque très récemment".

 

"Les enfants Delay ont été laissés sans rien. Ils avaient des problèmes mais qui s'est préoccupé d'eux ? Personne !" lâche-t-elle.

 

Enfin, elle précise qu'elle ne connaît pas le fond du dossier et ne s'exprimera pas sur la culpabilité de Daniel Legrand.

 

Puis l'avocat de Jonathan Me Reviron tient à rectifier "une rumeur qui circule sur Internet", selon laquelle il serait membre du comité juridique d'IED. Une rumeur balancée par un journaliste qui n'a même pas pris la peine d'appeler IED pour vérifier. Mais le but n'était paslà : il fallait juste décrédibiliser l'avocat des parties civiles, me Reviron, comme on l'avait fait avant avec les experts.

 

En réalité, Me Reviron n'a travaillé avec IED que sur le cas de la petite Fiona. Ils se sont aussi retrouvés chacun partie civile dans un autre dossier, sans savoir que l'autre était présent également.

 

Là dessus, nouveau cirque de la défense, qui se met à crier, n'écoute pas les réponses et doit être remise en place par le président.

 

Puis l'avocat général évoque le film de Serge Garde, financé par IED à 70 % suite à un appel aux dons. Comme si dans le cadre du procès de Daniel Legrand, on avait à parler de ce documentaire. S'il y a des critiques à faire sur ce film, eh bien les intéressés n'avaient qu'à porter plainte.

 

Dupond enchaîne en lançant à Homayra Sellier que "la justice n'est pas responsable du sort des enfants", ce qu'elle n'a jamais dit. C'est encore un argument bidon qu'il faut crier bien fort pour qu'il passe pour crédible. Il l'accuse de "mettre tout ça dans le même sac".

 

Le cirque repart, les avocats de la défense parlent tous en même temps, et un avocat des parties civiles doit rappeler que "on ne peut pas terroriser les témoins".

 

Le président rappelle aussi que si on applique à la lettre l'article 331 du code de procédure pénale, on ne fait venir que des témoins pour évoquer l'accusé ou sa moralité, ou les faits. Dans ce cas, la quasi totalité des témoins appelés à ce procès par la défense n'auraient pas été convoqués. On apprend donc qu'on a pris un peu de liberté histoire de faire venir tout ce monde.

 

Une fois le calme revenu, Homayra Sellier explique : "je ne mélange pas la justice et l'aide sociale . Mais depuis Outreau, les gens tremblent de faire une erreur judiciaire. Sur le terrain, on voit bien qu'on ne croit plus les enfants"

 

Puis l'avocat général s'excite : "je ne peux pas laisser dire des choses pareilles !". Sauf que là, tous ceux qui se préoccupent de la protection des victimes savent pertinemment qu'Homayra Sellier a raison.

 

"Au quotidien nous sommes dans les tribunaux, et personne ne croit les enfants, ni leurs parents qui dénoncent des abus sexuels", rappelle la présidente d'IED, "il y a une jurisprudence d'Outreau, et il faut que l'effet d'hypnose de cette affaire saute".

 

L'avocat général continue son réquisitoire conte IED : "et c'est la justice qui est coupable !". Car oui, dès qu'on ose critiquer la justice, pourtant rendu au nom du peuple français, les magistrats font mine de s'indigner, comme si tout allait bien, comme s'il 'y avait jamais de problème.

- "On estime que les victimes ont menti. Le contexte dans lequel ces enfants ont été entendus lors des procès n'a pas été connu de l'opinion publique", répond Homayra Sellier.

Le président : Ils ont eu des avocats, quand-même… certes il y a eu moins d'écho…

Homayra Sellier : On les a traités de menteurs, jusqu'à leur demander si aujourd'hui ils allaient dire qu'ils avaient été violés par un extra terrestre !

 

Les enfants, rappelons le quand-même, n'avaient que deux avocats, contre 19 pour les accusés. Evidemment, il y avait un déséquilibre. En outre, les avocats des enfants ne se sont pas exprimés dans la presse, laissant le champ libre à la défense.

 

Puis, Me Dupond compare modestement sa plaidoirie à "la justice", puisque critiquer sa plaidoirie revient à critiquer "la justice" et fait une caricature débile du témoignage d'Homayra Sellier. Il ressort son grand argument du moment, qui fera littéralement flop ce mardi 26, disant donc que "les enfants sont instrumentalisés" et parlant de "désinformation totale".

 

Car en fait, tout ce qui ne correspond pas à la version de Dupond est de la "désinformation". Le Figaro, Le Monde, la Voix du Nord, eux, ne font pas de "désinformation" selon Me Dupond.

 

Puis il dit que "ces enfants n'ont jamais accusé Daniel Legrand" ce qui est totalement faux mais on n'en est plus à un mensonge près.

Nouveau cirque de la défense, tout le monde parle en même temps une fois de plus.

 

Dupond parle de "l'honneur de la justice", nie encore que "les enfants ont été malmenés"  et tente de créer un nouveau scandale pour étouffer au maximum le témoignage d'Homayra Sellier. Dupond tente aussi de justifier la raison pour laquelle les enfants ont été placés dans le box des accusés parce que "ça poursuit les esprits".

 

Il revient sur le documentaire, accuse le témoin d'être de parti pris, ce à quoi elle répond qu'elle n'a fait que le financer. L'avocat, après avoir fait le procès de Laurence Gratton et celui d'Innocence en Danger, nous fait maintenant le procès du documentaire de Serge Garde. Il attaque les personnes qui ont participé au documentaire (il y en a 24). "On ne devrait entendre que vos amis", lui répond Homayra Sellier, "vous avez reçu trois invitations à vous exprimer, vous ne l'avez pas fait et c'est votre choix". Mais le contradictoire, Dupond n'en est pas fan.

 

Puis, l'avocat de Chérif Me Lef-Forster rappelle que "ces derniers temps, les reportages n'ont pas beaucoup laissé la parole aux victimes", ce qui est le moins qu'on puisse dire. Il pose aussi la question du contradictoire dans ce dossier, largement bafoué jusqu'à présent. "On fait le procès de ceux qui souhaitent ce procès alors qu'il y a eu un accord avec le parquet de Douai pour que ce procès n'ait pas lieu", précise l'avocat.

 

Nouveau cirque des avocats de la défense, décidément montés sur des ressorts ce mardi matin.

 

Puis c'est au tour de Franck Berton, qui parle d' "engagement militant", accuse Homayra Sellier de "prendre la défense des enfants" (honteux n'est-ce-pas). Il revient aussi sur le film de Serge Garde, lui demandant "combien" elle a mis dedans, de justifier cette dépense alors qu'on ne voit pas du tout ni l'intérêt de cette question, ni en quoi elle fait avancer les débats.

 

"Aucune chaine télé n'a voulu acheter ce documentaire ou le diffuser, et nous avons trouvé primordial qu'une autre vérité soit entendue", rappelle la présidente d'IED. Puis Berton demande à Homayra si Laurence G. fait partie d'IED, ce qui est encore à côté de la plaque et finit en énième cirque dans la salle d'audience.

 

La défense fait tout ce qu'elle peut pour empêcher Homayra Sellier et les avocats des victimes de s'exprimer. Il revient aussi sur cette histoire de comité juridique, et c'est un nouveau cirque car il insiste cinq minutes là-dessus et Homayra Sellier et Me Reviron doivent passer, eux, vingt minutes à se justifier d'une rumeur sans fondement, et non vérifiée par un journaliste.

 

Nouveau cirque, puis Me Lef-Forter déclare qu'il y a "une volonté systématique de déstabiliser notre partie".

 

4. Franck Devulder

 

C'est le policier qui était allé avec les enfants en Belgique pour reconnaître la maison en belgique, près du parc de jeux, où des viols auraient eu lieu.

 

Il explique que les deux enfants, qui se trouvaient dans des voitures différentes, ont fini par reconnaître la même maison. Dimitri a d'abord désigné le n°87, Jonathan a désigné, comme sa mère alors dans le bureau du juge Burgaud, le n°81.

 

Le policier de la PJ de Lille explique que des investigations ont été menées par la police belge mais qu'elles sont restées infructueuses. Personne n'a rien vu, rien entendu, RAS.

Sauf qu'on n'a pas mené de recherches au sujet du jeune propriétaire ce ce bâtiment.=, pourtant décrit par Badaoui.

 

Le policier explique qu'il y a eu quelques bugs au niveau du suivi des commissions rogatoires lancées par le juge Burgaud, et destinées à vérifier la piste Belge.

 

Ce policier a dit à ses collègues belges que l'affaire de la Belgique "était inventée de toutes pièces" car Daniel Legrand s'était rétracté et qu'il était « tenté de le croire », ce qui ne les a pas incités à pousser les recherches. Mais le policier explique qu'il n'a pas dit cela officiellement et que cela n'aurait pas du se trouver dans le rapport d'enquête de la police belge.

 

Le policier confirme que Badaoui, interrogée sur le n°87, a précisé que le propriétaire était un jeune agriculteur et d'un matelas au grenier, ce qui est tombé juste. Mais ces éléments n'ont été trouvés qu'ensuite par la police. Il explique aussi que sin on n'a pas emmené Myriam Badaoui au repérage, c'est parce qu'il aurait été trop compliqué

 

On évoque aussi le meurtre de la petite fille, qui selon Legrand comme selon Badaoui était belge. Aucune disparition correspondante n'a été signalée, les fouilles n'ont rien donné, et malgré les témoignages concordants l'affaire a été close.

 

Concernant la Belgique, l'investigation a été close en mai 2002.

 

Après quelques autres épisodes de cirque, de questions étranges de l'avocat général, l'audition se termine.

 

 

5. Thierry Delay

 

On entend Thierry Delay, pâle et amaigri, par visioconférence depuis sa prison. Son discours est le même que d'habitude, sauf qu'il reconnaît seulement avoir violé ses quatre fils. Il dit avoir la sclérose en plaques, ce qui va beaucoup émouvoir nos amis de la presse.

 

On lui demande si il connaît Daniel Legrand il répond que non. On lui demande "que pouvez-vous dire sur cette affaire ?", il répond " pas grand chose".

 

De fait, il ne dit rien et attend les questions. "Je ne connais pas l'accusé". Selon lui, il n'est en prison que pour avoir violé ses propres enfants, et "personne d'autre n'était là lors des viols" Puis il admet que Badaoui, Grenon et Delplanque étaient là.

 

Le nom de Daniel Legrand ne lui dit rien, il n'a jamais vu le père Legrand, n'a jamais été en Belgique, que Badaoui a menti parce qu'elle est "un peu mythomane".

 

Puis on l'interroge sur le caméscope qu'il a acheté, et il dit qu'il n'a jamais fait de film, que tout cela "c'est que des mensonges", qu'il a seulement commis des "perversions" sur ses enfants…

Il confirme quand-même que les faits ont démarré au noël 1996 avec les cassettes pornos offertes à noël.

 

On évoque ensuite le sex shop rue des Religieuses Anglaises, où il dit qu'il se rendait "trois ou quatre trois fois par semaine" pour acheter des vidéos et des accessoires, le tout en étant bénéficiaire des allocations. Il reconnaît le patron du sex shop qu'il voyait à chaque fois qu'il venait.

 

Delay dit qu'il n'a jamais acheté de vidéos pédophiles au sex shop, qu'il n'y passait pas de commande.

 

Il explique les abus commis par sa prise d'alcool., dit qu'il n'a commis "aucun meurtre", que Legrand a menti et qu'il ne connaît pas, mais en fait si il l'a quand-même connu pendant l'instruction.

 

On apprend aussi par Delay qu'il a été violé par un cousin et a subi des attouchements par son père.

 

On revient sur le caméscope, et Delay explique qu'il 'la acheté pour filmer ses enfants, ce à quoi Me Reviron lui demande comment il se fait qu'on n'ait pas retrouvé une seule vidéo des enfants Delay tournée avec ce caméscope. La seule vidéo tournée par cet engin qui a été retrouvée est celle des ébats du couple Delay en présence de Dylan, encore bébé.

 

Delay dit qu'il n'a jamais fumé de cannabis (Legrand avait déclaré qu'il venait chercher son shit chez Delay) alors que dans un parloir il dit à sa famille qu'il a arrêté de fumer du shit. S'il a arrêté, fait remarquer Me Reviron, c'est qu'il avait commencé.

 

Puis, interrogé sur les faits, il dit qu'Aurélie Grenon n'a "mis qu'un vibromasseur à Dimitri", alors qu'elle même a confessé davantage et que Delplanque a violé Jonathan et Dimitri, pas d'autres enfants.

 

Puis, il finit par admettre que le jugement de Paris "c'était la vérité", avec les 12 enfants reconnus victimes. Il nie avoir violé tous les autres enfants. Puis Me Lef Forser évoque les déclarations de Dimitri, ce à quoi Delay répond: "je ne pense pas que Dimitri ment. Il ne ment pas".

 

C'est un scoop, car si son fils préféré ne mentait pas, c'est qu'il disait la vérité, et qu'il y a bien d'autres coupables et d'autres victimes. Alors que les médias nous ont fait des tartines sur Delay qui « disculpe » Legrand, en réalité le témoignage de Delay était un peu plus compliqué que cela.

 

Chérif a tenu à dire à Delay : "Aujourd'hui je fais 1m82 , je pèse 71 kilos et je n'ai plus peur de toi … Quand je te vois là tu me fais pitié".

 

Puis c'est Jonathan qui a tenté d'obtenir des réponses. Il lui demande : "Tu confirmes qu'il n'y a pas d'autres adultes et j'aimerais que tu le dises face à moi"

- Je sais plus… On était que 4.

- Tu en es sûr et certain ?

- Oui

- Tu n'as pas de souvenir quand tu nous filmais ?

- Non

- Pourquoi avoir commis toutes ces choses ?

- J'avais pas ma tête à moi, je n'étais pas dans mon état normal.

 

Quand on rappelle à Delay qu'il y a eu 12 victimes, il dit "je ne comprends pas qu'il s'acharne sur moi".

- C'est un complot contre vous ? Demande l'avocate d'Enfance Majusule.

- Non, mais je sais pas pourquoi on a dit qu'il y avait autant d'enfants chez moi.

 

Enfin quand Me Hubert Delarue, avocat de Legrand se présente, Delay lui dit qu'il se rappelle de lui. Enfin un peu de mémoire...

A la demande des avocats de la défense, Delay dit qu'il n'a jamais montré de cassettes zoophiles à ses enfants. Ce n'est donc pas de là que viennent leurs histoires de ferme de chiens, puisque Thierry Delay dit forcément la vérité.

Le 4e jour, tout le monde est revenu, et Chérif explique que "thierry Doque  a torturé deux enfants" qu'il a frappés, étranglés.

En fin de journée, on diffuse deux vidéos, celles des auditions filmées de Jonathan et Dimitri. Le son était déplorable, tous les « journalistes » sont partis dès le début, mais nous on est restés et on a pu comprendre quelques éléments.

 

6. Cassette de Jonathan, enregistrée le 23 janvier 2001.

 

Agé de 6 ans, il explique que son père lui mettait son zizi dans la bouche et dans le derrière : "j'avais du sang à mes lèvres, à ma bouche tellement qu'il avait un gros zizi", explique le petite garçon, aujourd'hui devenu grand et qui maintient ses accusations. "J'en ai marre", lâche-t-il au policier.

 

On lui demande "maman elle faisait quoi ?", et il explique "elle me tient les bras". L'enfant parle aussi de cassettes pornos, dit que ces gens "mettent plein de choses dans le derrière" de lui et de ses frères.

Il parle "des monsieurs et des madames qui viennent à la maison", nombreux apparemment.

 

Puis on en vient à Jean-Marc, qui venait aussi. L'enfant le décrit comme "vieux", qui "n'arrive plus à parler", qui "tient les mains", qui "venait à la maison plusieurs fois" et qui lui a fait pareil que les autres.

 

Il parle de David Delplanque, un voisin qui lui aussi mettait son zizi "dans mon derrière et après il y avait plein de sang dedans".

Il évoque une "Aurélie Delplanque" qui faisait l'amour avec les parents Delay et lui. On lui demande s'il connaît différentes personnes : Monique "ma marraine, elle ne faisait pas, elle", Jean "ca ne me dit rien", François, "ça ne me dit rien", Julien "je connais pas"… L'enfant n'en rajoute clairement pas et ne désigne que ceux dont il est bien sûr qu'ils l'ont violé. Il dit que sa demi sœur Emeline a été violée par leur père, il l'a vu, et ajoute que "d'autres gens ont fait du mal à Emeline".

 

L'enfant raconte qu'il a vu son père mettre son zizi dans le derrière d'autres enfants, ceux des Delplanque et d'autres qu'il ne connaît pas.

 

Puis le policier aborde la question de l'argent, dont beaucoup d'enfants et certains adultes ont parlé. Jonathan évoque une scène chez ses parents, avec plein de gens tout nus, dont Dimitri lui a parlé.

 

 

7. Audition de Chérif qui est diffusée, le 18 janvier 2001.

 

Chérif explique comment tout a commencé, au noël 95 ou 96, quand "Jonathan était tout petit et Dylan pas encore né". Il explique qu'il a reçu des cassettes pornos ce soir-là, que les parents les ont mises et qu'ils ont demandé de faire pareil que dans le film.

 

Il explique que Dimitri tremblait déjà quand ils ont déballé les cadeaux, car lui savait ce qu'il allait se passer. Chérif, lui, était déjà placé et ne se doutait pas encore que durant les quatre jours suivants, ce sont de véritables orgies auxquelles les enfants allaient être soumis.

"ils nous ont forcés à regarder, après ils faisaient pareil", explique Chérif.

 

Chérif raconte que durant ces vacances de noël, Dimitri a du aller à l'hôpital car il saignait du derrière. Que les frères ont été forcés d'avoir des rapports sexuels entre eux, que le 2e jour Thierry Dausque est venu, et qu'il s'est montré très violent. Dausque, a dit Chérif, était payé par son père pour violer les enfants. "Il y avait cinq billets", dit l'enfant.

 

"Il voulait faire l'amour avec nous mais nous on voulait pas, il nous a quand-même forcés", ajoute Chérif.

 

Le 3e jour, "on a fait de nouvelles cassettes" , explique Chérif. Ce jour-là, il y a eu "beaucoup d'autres gens qui son venus, je les connaissais pas mais Dimitri connaît tous les noms". Il y avait "aussi des dames et sept enfants", ajoute Chérif.

 

Le 4e jour, tout le monde est revenu, et Chérif explique que "thierry Doque  a torturé deux enfants", qu'il a frappés, étranglés.

 

Chérif explique que des choses comme ça se passaient "tous les week-ends" quand il rentrait chez sa mère, toujours avec les mêmes personnes. Il dit qu'il ne sait pas les noms de tous, mais que DImitri les connait, mais qu'il sait où ils habitent car tous sauf "Doque" sont du même quartier.

 

Il décrit des godemichés utilisés pour violer les enfants "pour qu'il n'y ait pas de trace d'urine comme ça il y aura pas de preuve", explique le gamin.

 

Il explique que c'est leur père qui a violé Dimitri dans la cave. En effet, le policier lui demande si c'était vrai, quand sa mère est allée porter plainte parce que Dimitri aurait été agressé dans la cave de leur immeuble, quelques mois plus tôt (une plainte restée sans suites).

 

Chérif explique aussi que Delay donnait de l'argent à "Doque", et parle aussi de Jean-Marc qui "est très méchant il est pire que mon père", dit Chérif, qui précise que ledit Jean-Marc vit chez sa mère et est "un petit peu handicapé mental".

 

Mercredi 27 mai

Il y avait foule au Parlement de Bretagne, le tribunal où se déroule le procès de Daniel Legrand. Ce jour, la star c'était résolument Myriam Badaoui.

 

1. Myriam Badaoui

 

Impossible de la filmer, de la photographier, et même de la croiser. Elle est même entrée sous la protection de la police, par l'arrière. Car Myriam Badaoui arrive par l'entrée de la cour, tête baissée et protégée par une capuche et un foulard qu'elle refuse de quitter. 46 ans. Vit dans un centre d'accueil à Rennes.

 

Elle a une voix qui a beaucoup changé, toute douce. Elle a aussi beaucoup eu de trous de mémoire et beaucoup pleuré durant ses près de 5 heures à la barre.

 

Elle commence par expliquer son arrestation, "au début je voulais pas parler et ensuite il m'a montré des photographies, de ceux que les enfants avaient dit et je suis partie dans des délires monstrueux, des montages, du n'importe quoi en fin de compte. J'aimerais aussi dire que je suis surprise, au bout de 10 ans repasser auprès de la cour… Je pense M le président qu'aujourd'hui j'ai pu me reconstruire mais il n'y a pas un jour où j'y pense pas. Ce jeune homme je ne le connais ni d'Eve ni d'Adam", et elle dit que c'est à cause d'elle qu'il a été envoyé en prison.

 

"Aujourd'hui je suis quelqu'un de différente, le mensonge ne fait plus partie de ma vie, je veux une vie concrète", dit-elle en pleurant.

 

"Je ne veux pas faire les mêmes erreurs qu'au premier procès à St-Omer", dit-elle.

 

Elle dit qu'elle a dit des mensonges au sujet du meurtre et qu'elle a "dit à peu près ce qui était dans la lettre" d'aveux de Legrand que le juge Burgaud lui a lue.

 

"J'essaie d'avoir une place sereine dans la société", et ajoute que "par amour" pour ses enfants elle "ne veut plus mentir".
 

Puis viennent les questions du président.

 

Elle explique qu'elle a demandé le placement des enfants pour qu'ils ne subissent plus les violences de leur père.

 

Elle dit qu'au début de l'affaire, elle a nié tout viol car elle avait peur de Delay. "C'est comme si qu'il arrivait à commander ma tête", dit-elle.

 

Elle se met à pleurer pour éviter les questions, dit qu'elle ne veut pas en parler. Elle répète qu'elle ne savait pas ce qu'il y avait "dans la pièce de Monsieur Delay", qui gardait la clé.

 

Le président rappelle qu'un de ses fils a dit à l'audience "vous vous rendez compte ? J'ai du coucher avec ma mère", mais là Badaoui ne se "souvient plus".

 

Le 2 mai 2001 elle cite plusieurs protagonistes, décrit des scènes de partouzes commencées à noël 1996 (ce qui confirme les paroles de Chérif), du sex shop Rue des Religieuses Anglaises, mais aujourd'hui elle dit qu'elle ne connaît pas. Puis elle dit qu'elle y est allée deux fois. Elle a aussi décrit une scène où Daniel Legrand fils tenait le magasin, alors qu'à l'époque il avait 15 ans, elle répond que "c'était que des mensonges".

 

Mais qu'on se rassure, aujourd'hui elle ne ment plus, dit-elle.

 

On lui présente des photos, elle ne reconnaît plus personne.

 

Elle dit qu'elle en veut au juge Burgaud qui a cru "des trucs qui ne tenaient pas debout". Sauf que pas de chance, ça tenait bien debout, au contraire. Les noms qu'elle a cités "ne venaient pas comme ça", dit-elle. Elle dit même que le juge frappait quand elle n'allait pas dans son sens, alors que son avocat était présent, et le greffier aussi, et que personne n'a encore jamais parlé de cela.

 

Elle dit qu'elle a réussi à trouver les noms des gens qu'elle ne connaissait pas sur les photos que lui montrait le juge Burgaud.

 

Le président lui lit aussi ses déclarations comme quoi elle avait aussi dit qu'elle avait violé d'autres enfants.

 

Elle accuse le juge de lui avoir promis de sortir de prison si elle parlait, avant de préciser qu'en fait il lui a juste dit qu'Aurélie Grenon était sortie de préventive parce qu'elle avait parlé. Or, d'après l'avocate de Badaoui (qui l'a défendue depuis septembre 2001) entendue devant la commission d'enquête parlementaire : « lorsque je rencontre cette femme je lui tiens un discours clair : « vous avez reconnu les faits, à un ou deux près ; ce n'est pas la peine de déposer des demandes de mise en liberté, parce que, de toute façon, nous ne les obtiendrons pas ; et la détention provisoire que vous êtes en train de faire viendra en déduction de la peine que vous aurez au principal ».

 

Le président lui rappelle qu'elle a parlé de la Belgique mais elle ne sait plus d'où lui est venue l'idée de parler de la Belgique. Elle ne se rappelle "plus du tout" comment elle a commencé à parler de Daniel Legrand. Elle tente d'expliquer comment elle a reconnu une maison en Belgique, la même que ses fils ont reconnue.

 

Mais aujourd'hui elle dit qu'elle n'est "jamais allée" en Belgique.

 

Elle nie avoir été menacée par certains accusés, ne se rappelle plus comment elle a commencé à parler de Daniel Legrand.

Elle dit qu'elle ne connaissait pas Alain Marécaux ni sa femme.

 

Le président lui demande ensuite comment elle a identifié la même maison en Belgique que ses deux fils, le n°81. Elle avait aussi raconté les faits qui s'y étaient déroulés, et a décrit le propriétaire. Mais elle ne donne aucune explication à tous les détails qu'elle a pu donner en mentant, donc. Elle se contente de dire que Daniel legrand n'a rien fait, et les autres non plus.

 

Le président demande aussi comment il se fait qu'Aurélie Grenon a confirmé une grande partie des faits, notamment au sujet de Legrand.

 

Badaoui dit qu'elle n'a violé que ses enfants, et que chez elle aucun autre enfant n'a été violé, ce qui va totalement contre les évidences du dossier. Mais à force de nier, on se mélange les pinceaux. Elle n'a donc jamais vu les 8 autres enfants reconnus victimes se faire violer.

 

Le président interroge ensuite Badaoui sur le fait que Daniel Legrand pourrait être victime, elle dit que c'est impossible parce que Legrand ne serait "jamais venu à la maison".

 

Viennent les questions des avocats des parties civiles

 

Badaoui nie avoir détruit des objets quand ils ont appris leur convocations à la police, et qu'il n'y a eu aucun film avec les enfants, alors qu'elle vient de dire que Delay voulait à chaque fois être filmé lors de leurs relations.

 

Me Cormier, avocat de Jonathan, lui dit que certains de ses propos "sont objectivés par l'enquête", comme le propriétaire de la ferme en Belgique qu'elle a décrit correctement, ou le matelas qui était dans le grenier de cette ferme. Mais Badaoui ne lâche rien et dit qu'elle a tout inventé.

 

Sur la cicatrice de Christian Godard dont elle a parlé alors qu'aujourd'hui elle dit ne l'avoir jamais vu, Badaoui dit que c'est Roselyne Godard qui lui en a parlé. Sur le kyste à l'oreille de Daniel Legrand, elle dit qu'elle en a parlé mais que ça prouve qu'elle mentait. Mais elle avait dit qu'à ce moment il n'était pas venu chez eux.

 

Interrogée par Me Reviron, elle refuse de décrire comment elle a violé ses enfants, alors qu'elle dit qu'elle s'en veut de leur avoir fait du mal. Là, Myriam Badaoui pleure, a un gros blocage. Me Reviron lui parle d'une femme appelée Danger, qu'elle a croisée en sortant de chez Burgaud, et qu'elle a dénoncée comme faisant partie du réseau. Il se trouve que cette dame fait partie des trois couples de frères Danger mariés aux trois sœurs Vandevelde, qui ont été condamnés pour des agressions sexuelles sur leurs enfants, dans un dossier qui a été disjoint.

 

Me Reviron demande à badaoui "c'est par hasard que vous avez désigné cette femme ?", mais elle ne se rappelle plus.

Il y a d'ailleurs eu des enfants Danger entendus dans le dossier Outreau centré sur les Delay, dont au moins un avait nié les abus dont il a été reconnu victime.

 

Badaoui ne veut répondre à aucune des questions de Patrice Reviron, qui est pourtant l'avocat de son fils. Il lui demande notamment comment elle a pu reconnaître la photo de Daniel Legrand, et précisé qu'il est de la famille de Priscilla, une camarade de classe de son fils. Mais elle ne répond pas, ne se rappelle plus.

 

Me Reviron attaque ensuite sur certains frais importants des Delay, comme ce crédit de 25.000 F pour acheter des meubles chez un commerçant, alors qu'ils étaient endettés et ne pouvaient pas rembourser. Badaoui explique qu'elle a commencé à rembourser.

 

Elle nie avoir changé sa salle à manger, alors que c'est précisé dans le dossier. Les services sociaux avaient dit aussi que "les meubles bougeaient souvent de place", ce qu'elle nie, elle dit que c'est "n'importe quoi".

 

Me Reviron évoque ensuite le caméscope, et demande pourquoi elle l'a acheté. Elle ne sait plus pourquoi ils l'ont acheté, alors qu'il s'agissait d'un gros investissement.

 

Badaoui : ben je l'ai acheté

Me Reviron : pour faire quoi ?

Badaoui : je sais plus

Le président : il servait à quoi ce caméscope

Badaoui : je filmais des choses

Reviron : qu'est ce que vous filmiez ?

Badaoui : Je sais plus

Reviron : pourquoi on n'a retrouvé aucune cassette de vos enfants chez vous ?

Badaoui : j'en sais rien

 

Me Reviron revient sur l'apparition de Daniel Legrand dans le dossier, cité par elle-même pour la première fois. Elle les a reconnus sur photos et savait que Legrand avait un fils du même nom, mais elle dit aujourd'hui qu'elle a menti. Il lui demande "est-ce que c'est le juge qui vous a dicté vos réponses" ? Silence… Pendant plusieurs minutes Badaoui parvient à ne pas répondre, alors qu'elle a dit être venue pour dire la vérité. Finalement, elle dit qu'elle ne veut pas répondre.

 

Puis l'avocat revient sur la Belgique, où elle dit que ni elle ni ses enfants n'y ont été. Badaoui se lamente à voix basse sur son sort au lieu de répondre.

 

Elle dit que "le juge lui a bouffé" sa vie, et elle ne répond à aucune question.

 

On revient sur l'histoire des balcons de l'immeuble des Delay, qui avaient été refaits en août 1996 par l'entreprise dans laquelle travaillait Legrand père.

 

Chérif explique que les Delay les ont forcés à des scènes sexuelles, qu'ils ont fait des choses à Dimitri et Jonathan, et Dimitri a été à l'hôpital car il saignait.

 

A la fin de son audition, Jonathan a tenu à lui poser les mêmes questions qu'à son père, et elle a tout nié, n'hésitant pas à lui dire : "quand tu seras grand j'espère que tu prendras conscicence. Le mensonge détruit ce n'est pas comme ça qu'on se construit"

 

Là, elle a juste achevé ses enfants.

2. Aurélie Grenon

 

On commence l'après-midi avec l'audition d'Aurélie Grenon, qui avait autour de 18 ans à l'époque des faits. Comme avec Badaoui, on sera face à de nombreux trous de mémoire.

 

Elle explique qu'elle n'a connu Daniel Legrand que pendant la procédure et ne l'a jamais vu chez les Delay. "Je l'ai accusé à tort alors qu'il n'a rien à voir dans l'histoire et je regrette d'avoir menti sur sa personne et sur les autres".

 

Elle a été condamnée pour des viols et agressions sexuelles sur quatre enfants. Elle admet qu'elle a bien commis ces faits. Puis elle a dit qu'elle n'avait rien fait et qu'elle a "craqué pendant la garde-à-vue". Elle a dit lors du procès qu'elle ne connaissait pas les accusés, à part un ou deux, tout en admettant sa responsabilité.

 

Elle revient sur ses déclarations et innocente plusieurs acquittés. Elle enlève aussi le statut de victimes aux enfants de son compagnon de l'époque, David Delplanque.

 

Elle explique "j'étais dans un engrenage de mensonges", et a avoué des choses qu'elle n'avait jamais commises. "J'en ai profité qu'au procès Myriam dise qu'on n'était que quatre coupables pour dire moi aussi la vérité" , explique Grenon .

 

Elle raconte qu'elle a cessé de fréquenter les Delay fin 1998, c'est-à-dire au début des faits. Ce qui se trouve à peu près au début de la période de prévention, donc on en déduit que cette jeune femme et Delplanque ne pouvaient de toute manière pas être au courant de l'essentiel des faits.

 

Elle ne se rappelle plus des gens qui étaient venus les menacer juste avant l'arrestation des Delay, elle ne se rappelle plus avoir dit que toutes les preuves avaient été détruites quand les Delay ont appris leur convocation à la police.

 

"J'ai vu des gens monter mais je me rappelle plus s'ils sont venus taper chez moi", dit-elle.

 

Elle ne se rappelle pas non plus du réseau, ou de ce qu'elle a pu dire à ce sujet. Elle dit qu'elle a menti dans toutes ces déclarations au sujet des Legrand.

 

"Plus ça avançait, plus je mentais et moins j'arrivais à en sortir", explique Grenon. A l'entendre, à entendre Badaoui, on se demande pourquoi il y a eu des procès pour l'affaire Outreau. A l'époque, elle avait pourtant bien dit que Legrand fils "était toujours avec son père". Elle ne répond pas.

 

Pourtant, elle a aussi parlé du caméscope, des films pornos, des partouzes avec les enfants, des protagonistes présents. Elle a identifié plusieurs personnes sur photos et les nomme, comme Daniel Legrand, mais aujourd'hui elle ne se rappelle pas d'avoir vu ces photos, ni d'avoir précisé que Daniel Legrand était lié à la Belgique et qu'il était l'organisateur du système de viols, avec Delay. Des propos corroborés par Badaoui, Delplanque, et les enfants.

 

Le président évoque ensuite la confrontation avec Legrand fils, Delplanque et Badaoui. Elle ne se rappelle plus de cette confrontation au cours de laquelle elle avait confirmé ses déclarations précédentes.

 

Elle dit qu'elle est revenue sur ses déclarations avant le procès de Paris pour les disculper, et n'en démord pas : elle a menti sur toute la ligne.

 

On ne pointe pas ses incohérences, on ne soulève pas les éléments précis qu'elle a donnés, et qui ont été confirmés par d'autres protagonistes du dossier. Elle aussi précisé à plusieurs reprises ce qu'elle a fait, et dit que les aveux de Legrand étaient bidons parce qu'elle ne le connaissait pas.

 

Pour Aurélie Grenon, les seuls enfants victimes étaient les quatre enfants des Delay et les deux siens, ce qui ne correspond pas à la vérité judiciaire. Elle dit même qu'elle a inventé que Daniel Legrand avait un fils qui se rendait lui aussi aux partouzes.

 

Me Reviron lui rappelle qu'à l'époque elle avait reconnu les deux Legrand sur photos, et personne d'autre. En précisant qu'elle a vu le fils "moins souvent".

 

Me Reviron lui demande alors si le juge Burgaud lui a soufflé les noms. Aurélie Grenon répond qu'on "a dû lui dire les noms". On lui dit qu'en plus ils ne se ressemblent pas donc qu'il était impossible de deviner d'après les photos qu'ils étaient père et fils, elle ne répond pas.

 

Me Reviron lui rappelle ensuite qu'elle a dit qu'elle n'avait rien fait, mais que Badaoui ne l'a pas innocentée en même temps que les autres.

 

Elle dit devant le tribunal que même les enfants Delplanque ont été violés, mais elle ne sait plus par qui. Elle ne se rappelle plus si Myriam Badaoui avait violé les enfants de David Delplanque.

 

Sur les gens qui venaient régulièrement chez les Delay, qui avaient pourtant affirmé ne recevoir personne, et dont Wiel et d'autres ont aussi dit qu'ils ne recevaient personne, Grenon redit que c'est faux, et qu'ils avaient souvent de la visite. Mais là, à Rennes, elle ne sait plus qui venait parmi ce "pas mal de passage".

 

Elle explique qu'elle a menti mais qu'elle n'avait "aucun intérêt" à mentir. "C'est vague, c'est un film", dit elle quand on lui demande des réponses précises.

 

Puis elle craque : "j'ai été forcée, j'ai été violée… J'en ai parlé mais ça ça n'a pas éclaté bien sur. J'ai été menacée, ils savaient où étaient mes petits frères".

 

De fait, Aurélie Grenon, âgée de 18 ans à peine lors des faits, était battue par Delplanque et violée par Delay. Elle a expliqué ce mercredi qu'on l'avait aussi menacée (alors qu'elle a dit le contraire en début d'audition).

 

Il lui demande si certaines rencontres ou séances de sexe avaient été filmées. Elle répond que oui pour certaines.

 

Puis elle se ressaisit et dit que seule elle, Delplanque et les Delay ont violé des enfants en sa présence.

 

Grenon dit que certaines phrases et certains mots ou phrases n'étaient pas retransmis sur papier durant les interrogatoires chez le juge Burgaud, et qu'il "fallait toujours faire plaisir à Myriam Badaoui".

 

Aurélie Grenon a aussi été condamnée pour des agressions sexuelles sur une des filles Lavier, mais là non plus, elle ne se souvient plus. Elle explique qu'elle a de gros trous de mémoire sur sa vie d'avant et parle de "blocages". Là, elle revient sur des menaces contre elle et sa famille à l'époque des faits, par coups de fil, ou une visite d'un acquitté à son domicile.

 

Elle explique que pour les viols commis sur les enfants Delay, si elle refusait "ils s'en prenaient aux petits" (les enfants Delay).

 

Là, on sent qu'elle peut se mettre à parler, mais Me Berton, avocat de Daniel Legrand, se met à hurler, puis on lui dit qu'elle aurait du faire appel car elle était mineure durant quelques mois au moment des faits, comme Daniel Legrand d'ailleurs.

 

On lui demande comment était Badaoui, elle répond qu'elle était manipulatrice, menteuse, hystérique.

 

- Pourquoi avez-vous suivi ce qu'elle a raconté? demande le président

- Y'a que elle qui disait la vérité, si elle disait quelque chose c'était forcément vrai. Donc j'en ai profité quand elle est revenue sur ses déclarations.

- Et Jean-Marc il ressemble à quoi? demande Me Delarue, mais il est coupé par le président qui demande si les enfants en avaient peur.

 

Selon Aurélie Grenon, oui les enfants en avaient peur parce qu'il était handicapé mais pas parce qu'il était méchant. Elle dit aussi qu'elle n'a jamais vu les Marécaux, alors le président lui demande comment elle a fait pour pointer les bonnes photos sur le trombinoscope, si "la réponse n'était pas un peu induite". Elle répond: "comme ça" et redit que "c'était une invention".

 

Me Delarue: si vous avez donné des détails, c'était pour être plus crédible

Grenon: j'en sais rien

 

Elle ne sait pas répondre quand lui demande à quoi ressemblait Legrand père et se borne à confirmer que le fils n'a "rien à voir" dans l'affaire.

 

Puis elle dit qu'elle a "probablement" vu Legrand père avec un doigt plus court dans le couloir. Mini scandale, et ses avocats l'ont fait acter, alors que cela n'aurait pas du être le cas.

 

Et pour terminer, Aurélie Grenon ne reconnait plus que les viols des quatre enfants Delay, et elle ne sait pas qui a violé les enfants de son compagnon David Delplanque.

 

 

3. David Delplanque

 

Vient ensuite, pour terminer, David Delplanque, 41 ans, la mine renfrognée. Sa déposition est des plus concices : "Monsieur Daniel Legrand n'était pas dans l'affaire Outreau. Je n'ai plus rien à dire".

 

Lui aussi, soudain, ne se reconnait plus coupable que d'avoir violé les quatre enfants Delay. Il avait aussi été reconnu coupable pour ses enfants, à 5 ans de prison. Pas cher payé, pour des viols en réunion.

 

Pour ses enfants, il nie: "ça a été dit mais c'est pas vrai".


On l'interroge un peu, au bout d'un moment il répond: "Je me rappelle plus j'essaie d'oublier cette histoire. J'ai accusé ces gens parce que je suivais Myriam Badaoui".

 

Mais la première fois qu'il a parlé, il était seul et ne connaissait pas les déclarations de Badaoui. Il a aussi pu décrire François Mourmand et le reconnaitre sur photo, Delplanque marmonne, a des explications confuses. Il ne se rappelle plus, ni de menaces de Delay dont il avait parlé à l'époque et que sa compagne Aurélie Grenon les a confirmées encore une fois.

 

Il avait mis en cause Dominique Wiel, Alain Marécaux, le taxi Martel et beaucoup d'autres, en effet, mais pas non plus tous les gens qu'on lui a montrés. Il dit qu'il a dit ça parce que "c'est sûrement ce qu'il voulait entendre de nous".

 

Il a aussi parlé des Legrand, père et fils dans ses audtions de l'époque: "il venait souvent avec un jeune mais je ne savais pas que c'était son fils (...) et il s'appelait aussi Daniel"

 

Mais, Delplanque ne se "rappelle plus". Impossible de lui poser des questions: il a tout oublié. Il sait juste que "Legrand n'a rien à voir". Il dit qu'il a inventé tous les détails, mais quand on lui demande d'où il les sort, il ne sait pas.

 

Lui au moins n'accuse pas le juge Burgaud de lui avoir "soufflé" les noms des mis en cause.

 

A l'époque, Delplanque aussi avait parlé d'échange d'argent, mais là il ne se "rappelle plus".

 

Il avait précisé qu'il payait 300 à 500F par partouze, mais ne nous dit pas, ce mercredi, comment il a obtenu cet argent alors qu'il vivait avec 2.000F par mois.

 

Il avait raconté des scènes de viols collectifs chez les Delay, avec une dizaine d'enfants et autant d'adultes. Le président lui fait remarquer que l'appartement des Delay était petit, lui ne répond pas puis dit qu'il ne sait pas pourquoi il a dit tout ça. Il répète qu'il "essaie d'oublier".

 

Il ne donne aucune explication sur ses soi-disantes fausses accusations contre Legrand et les autres. On n'aura pas d'explication du tout à ce sujet.

 

A un moment on lui demande de se rapprocher du micro, et il lâche "putain", mais personne ne relève.

 

Le président, qui pose beaucoup de questions mais a peu de réponses, évoque alors Jean-Marc Couvelard, qui, d'après Delplanque, a participé aux faits: "Il était souvent là, mais je ne sais pas comment il faisait pour monter les étages car il avait du mal à marcher", avait-il dit.

 

Mais aujourd'hui il ne se "rappelle plus".

A ce moment, plus aucune discussion n'est possible, Delplanque est complètement fermé. Il ne répond plus du tout, regarde le président et ne bouge pas d'un millimètre.

 

Puis il redit que ses enfants ne sont pas concernés par le dossier, se met en colère alors qu'il vient d'admettre qu'il a accusé Legrand pour rien, ce qui est pour le moins étonnant.

 

Me Cormier, l'avocat de Jonathan, lui demande: "mais pourtant vous avez des choses à dire sur cette affaire. Pourquoi ne pas parler de vos enfants que vous dites ne pas avoir touchés?".

 

Pas de réponse. Silence.

Puis il marmonne, avec son fort accent de Boulogne: "J'ai oublié cette histoire là alors maintenant c'est bon"

 

Le président insiste, et Delplanque finit par lâcher: "s'ils l'ont dit c'est que c'est vrai donc c'est bon".

 

Delplanque est tellement taciturne que le président finit par lui demander si on lui a demandé de se taire, ce à quoi Delplanque répond: "je bosse toute la journée, j'ai pas le temps"

 

 

Jeudi 28 mai

1. M. Ringot

 

Le début de matinée a été consacré, près d'une heure durant, à l'audition d'un surveillant qui se trouvait à la prison de Loos et qui a recueilli les "confidences" de Daniel Legrand sur ses aveux bidons.

 

Au retour d'une visite au trbunal, Daniel Legrand, alors incarcéré en isolement à Loos, a dit à ce surveillant qu'il avait parlé du meurtre pour sortir de prison, et qu'il avait avoué des viols pour être transféré plus près de chez lui. Tout le monde s'est accordé pour dire que c'était un peu contradictoire.

 

2. François Xavier Masson, de la PJ de Lille

 

Il explique comment son équipe est intervenue sur le dossier. Au bout de 6 mois d'enquête à Boulogne, la PJ de Lille est saisie car des éléments nouveaux sont survenus dans le dossier et il a fallu élargir les investigations.

Il évoque la piste belge, mais aussi la piste qu'ils ont suivie pour remonter jusqu'à Daniel Legrand, avec l'histoire des chèques volés à Mouscron.

 

Il explique que des recherches ont aussi été menées "sur d'autres adultes qui viennent de manière répétée dans le dossier. On s'est arrêté sur huit personnes, "dénoncées de manière constantes par des enfants et plusieurs adultes", dit le policier.

 

La PJ de Lille a aussi creusé la piste du sex shop, pensant pouvoir trouver des éléments matériels. Des interpellations ont eu lieu en novembre, avec des gardes-à-vue à la clé. "Ca ne donne rien", explique M. Masson, "on a l'impression que les gens sont abasourdis par ce qui leur arrive".

 

La plupart des personnes interpellées sont ensuite envoyées en préventive.

 

François-Xavier Masson parle ensuite de la commission rogatoire pour identifier des lieux d'abus en Belgique, près du parc de Bellewaerde. Il dit qu'on a montré des photos à Badaoui, qui confirme "comme elle l'a souvent fait".

 

Selon le policier, à ce moment Badaoui dit que Daniel Legrand père est le propriétaire de la ferme, or, il a été dit la veille qu'elle avait bien parlé d'un jeune agriculteur.

 

Il parle aussi de Chérif qui aurait dit que Delay était un grand ami de Daniel Legrand.

 

Puis on en vient au meurtre dont a parlé Legrand, des adultes et des enfants qu'il a désignés, puis du fait qu'il revient sur ses déclarations.

 

M. Masson explique qu'à partir de là, les médias s'emparent de l'affaire ce qui complique l'enquête. Rappelons juste que c'est Daniel Legrand qui a trouvé intelligent d'écrire à France 3 pour tout raconter, avant même de mettre le juge Burgaud au courant. On peut même se demander si cette lettre à France 3 n'avait pas pour but de noyer toute l'affaire, mais ce ne sont là que des supputations.

 

Il explique qu'ensuite, Badaoui, mais aussi deux des frères Delay ont dit qu'il se rappelaient de ce meurtre, mais selon le policier les deux garçons ne décrivaient pas le même enfant. Cependant, il faut savoir qu'au total, il est question de cinq meurtres d'enfants dans le dossier d'Outreau, d'après les déclarations des enfants.

 

On apprend aussi que la police aurait "mené des recherches auprès des polices du monde entier", ce qui est étonnant car on n'en trouve aucune trace dans le dossier, et parce que les recherches en Belgique ont été assez laborieuses.

 

Pour ce policier, un des éléments essentiels du dossier, c'est quand Daniel Legrand explique à un surveillant de prison qu'il a inventé toute l'histoire du meurtre. "On revient à la case départ en février 2002", explique M. Masson. Or, on est même pas un mois après que Legrand ait commencé à parler du meurtre, et c'est aussi avant qu'il se rétracte.

 

"A ce moment-là, on ne croit plus à la piste belge, au réseau pédophile et au meurtre", dit le policier, "à partir de janvier 2002 nous prenons beaucoup plus de précautions dans notre enquête".

 

En juillet 2002, l'enquête de police se termine.

 

Quant au meurtre de la fillette, M.Masson dit que des investigations ont été relancées et finalement l'affaire a été close en 2005.

 

On revient sur l'enquête, et le policier de Lille explique "on a cherché surtout les personnes dont parlaient au moins trois adultes et qui avaient été reconnus par les enfants".

 

Le président demande ensuite si des vérifications ont été menées sur les comptes de Daniel Legrand père, ce qui a été fait. Leur train de vie a été étudié, mais pour ce qui est des téléphones ont s'est borné à regarder les appels reçus et émis, et il s'avère que le téléphone de Legrand, acheté en 2000, a vite été inactif. En fait, cela survient quand les Delay viennent d'apprendre les accusations portées contre eux par leurs enfants, fin 2000.

 

Le président demande ensuite pourquoi Dimitri n'a jamais été amené à s'expliquer sur le "Dany en Belgique" dont il avait parlé, "ça ne vous a pas gêné, ça ?" demande le magistrat. M. Masson répond qu'ils ne l'ont pas fait, que c'était programmé pour après les interpellations, et il ajoute que l'équipe s'est "concentrée sur les déclarations des adultes".

 

Le président demande aussi pourquoi on ne montre pas de photos de Daniel Legrand aux fils Delay, mais c'est parce que les photos ne sont arrivées que tardivement, en octobre 2001.

 

On aborde ensuite l'enquête de personnalité du père Legrand: son patron a été entendu, le décrivant comme travailleur, "rarement absent" etc. M. Masson souligne un "décalage entre la description d'un patron de sex shop, à la tête d'un réseau pédophile, impliqué dans un trafic de cassettes vidéos, et l'image complètement différente qu'on a pendant la garde-à-vue".

 

On évoque ensuite l'une des filles Lavier qui avait reconnu sur photo les Legrand père et fils, précisant que le père "était méchant"

 

François-Xavier Masson évoque l'affaire Rudy L, un cousin de Daniel Legrand qui avait parlé de viols commis par les deux Legrand et un autre fils. "Cette affaire a été traitée par le commissariat de Boulogne mais n'a rien donné (…) on a peut-être eu tort, mais on n'a pas pris ça vraiment au sérieux", et finalement une ordonnance de non lieu est intervenue.

 

Il y a aussi une autre accusation contre Dominique Wiel, portée par un adolescent qui ne 'laurait pas reconnu sur photo (mais les faits rapportés étaient anciens), et qui se serait rétracté.

 

Dans ses conclusions au juge Burgaud, le policier Masson s'est donc montré "assez prudent", dit-il, "on ne croyait plus à la piste Belge, au réseau international, ni au meurtre".

 

Selon lui, "quand le meurtre a eu lieu, c'était le basculement": ou le meurtre était vrai et validait l'affaire, ou il n'était pas vrai et l'affaire Outreau s'écroulait.

Les enquêteurs se posaient de sérieuses questions au sujet de ce que M. Masson a appelé "le noyau dur" constitué par les Delay, Grenon et Delplanque.

 

Il admet quand-même que "dans un dossier de pédophilie, il n'est pas anormal de ne pas trouver d'éléments matériels".

Cependant, la PJ de Lille n'a jamais interrogé Badaoui ou Delay.

Lors des réunions de synthèse avec le juge Burgaud, il n'y a eu qu'une seule fois un désaccord stratégique, au moment où le meurtre de la fillette a été évoqué. Selon le policier, il y avait des éléments qui "sonnaient tout à fait vrai" dans le dossier, comme quand on donne des instructions pour tourner les films pédopornos, ou comment violer les enfants.

 

Viennent les questions des parties civiles.

Me Reviron, avocat de Jonathan, souligne qu'au niveau des recherches par rapport à Legrand père, l'âge potentiel transmis à la police belge n'était pas bon : ils cherchaient un Legrand âgé de 35 à 45 ans alors qu'il en avait 49. Ce que la police de Lille n'a pas corrigé.

 

Quant au meurtre de la fillette, que la PJ de Lille a considéré faux parce que le corps n'a pas été retrouvé, Me Reviron évoque une note d'Interpol qui mentionnait deux fillettes nées en 1996 et enlevées en Belgique, l'une à Bruxelles et l'autre à Mons, à propos desquelles aucune recherche n'a été menée.

L'avocat rappelle aussi que très récemment, une fillette a été noyée à Boulogne, et celle-ci n'avait aucune existence légale, aucune identité administrative. Il conclut: "vous êtes d'accord que ce n'est pas parce qu'on ne retrouve pas un cadavre qu'il n'y a pas eu de meurtre?"

On est d'accord, répond le policier.

 

L'avocat général, décidé à obtenir un acquittement de Legrand, évoque l'enquête de voisinage qui n'a pas confirmé la présence des Legrand à Outreau dans le quartier de la tour du Renard. Il se trouve, et il insiste bien là-dessus, que personne ne l'aurait reconnu. Mais, quelle valeur peut avoir cette remarque si on tient compte des menaces dans tout l'immeuble opérées par quelques individus quand les premières arrestations ont eu lieu.

 

Il tente quand-même de désamorcer cette histoire en soulignant que si on a menacé les gens et imposé de détruire les preuves, plein de preuves ont été oubliées. Mais le policer répond que les preuves laissées, comme le magazine porno chez Marécaux ou le matelas de la ferme Belge, "sont des détails" . Le gros des preuves a été détruit, en tout cas, si on admet que l'affaire est vraie.

 

Me Vigier, avocat de Daniel Legrand, tente de faire dire au témoin qu'il "y a un avant et un après Outreau". Il revient sur le policier Bourlard, très perturbé tellement il était convaincu de l'innocence des Legrand, qu'il avait suivi durant leurs deux jours de grade-à-vue.

 

Ce policier n'a pas été invité à témoigner lors du procès de Saint-Omer, car il n'était pas sur le terrain selon le procureur Gérald Lesigne. Puis dans un courrier du 8 juin 2004 du procureur Lathoud, on apprend que les conclusions du rapport sont très "prudentes", et que c'est pour cela qu'on ne l'a pas invité à témoigner.

 

3. Marie-Christine Gryson

 

L'après-midi, c'est l'audition de Marie-Christine Gryson Dejehansart, qui a examiné la plupart des 12 enfants reconnus victimes à Outreau et va être littéralement agressée par Me Berton, avocat de Daniel Legrand qui avait manifestement des comptes à régler.

 

Elle explique comment elle travaille, comment sont organisés les tests qui sont utilisés pour évaluer la situation d'enfants victimes, une quarantine de critères au total.

 

"Les expertises des enfants d'Outreau ont été des expertises particulièrement pénibles au niveau des traumatismes", dit-elle.

Elle tient aussi à évoquer la mémoire traumatique.

 

Les troubles que présentaient les enfants Delay étaient particulièrement difficiles. Elle explique pourquoi, d'après son évaluation, ces enfants ne fabulaient pas, ils ne cherchaient pas à convaincre, au contraire ils "avaient peur de leur récit".

 

Elle commence par évoquer Chérif, placé dès ses 5 ans. Il avait de gros problèmes de socialisation, de grandes difficultés, et "beaucoup de douleur morale".

 

Selon l'experte, Chérif a tenu un discours typique de la mémoire traumatique et qui ne relevait pas de la fabulation. "Si Dimitri ne l'avait pas dit on serait tous morts", a dit le gamin à Marie-Christine Gryson. Il a aussi parlé des viols, des films avec le caméscope.

 

Elle explique que son discours est "une succession de flash", sans aucun élément d'affabulation. Il vivait le récit qu'il était en train de faire, avait "un regard terrorisé".

 

Elle explique avoir mené trois sortes de tests, dont l'un est destiné à favoriser la projection de l'enfant. Elle parle du test de Rorshaw, avec des images codifiées. Le dernier test représentait des scènes avec des adultes, où l'enfant peut aborder son propre vécu.

 

Dans les dessins elle a repéré un retard psychomoteur, ses "capacités psycho cognitives" étaient impactées par les souffrances. L'experte a pu repérer différents traumatismes chez Chérif.

 

"Les quatre enfants Delay, quand je les ai vus, étaient en phase de reconstruction dans leur famille d'accueil. Suite au procès ils ont été expulsés en Belgique et là n'ont plus pu se reconstruire", raconte la psychologue.

 

Au sujet de Dimitri, Marie-Christine Gryson dit qu'il était "beaucoup moins socialisé", avec "des conduites très sexualisées", car il est resté longtemps chez ses parents. Le contact a été facile avec lui mais il n'avait aucune pudeur, faisait beaucoup de cauchemars, avait de grandes phobies, notamment par rapport à la nourriture.

 

Elle dit qu'il est courant dans des films ou images pédopornographiques de voir des enfants à qui on introduit différentes choses dans les fesses, ce qui a aussi été le cas, d'après les déclarations des enfants, dans l'affaire d'Outreau.

Il était en dépression, et même enfant a tenté de sauter par la fenêtre.

 

Quand on lui demande quelles choses il a en tête, il commence à raconter que plusieurs personnes lui ont fait du mal "chacun son tour, et les autres regardaient". Il se met des distances de protection dans son discours, parle un peu de l'école, pour éloigner les pensées terribles.

Les adultes commettaient des actes sexuels, mais les enfants aussi. Dimitri comme ses frères avaient très peur de mourir.

Dessinaient des portraits qui ne ressemblaient à rien, ce qui correspond à des enfants traumatisés.

 

Elle en vient à Jonathan, alors en CP. Elle a repéré des conduites sexualisées, l'enfant évoque spontanément différents faits. "Mon père il faiait des choses avec les adultes, avec l'abbé Dominique", on l'a forcé, alors qu'il était attaché sur une chaise, à pratiquer des actes sexuels sur Wiel. Mais l'experte précise qu'il a amalgamé plusieurs scènes, le récit n'était pas linéaire.

 

"Quand j'ai vu cet enfant je n'avais aucune idée des personnes qui allaient être mis en examen", se rappelle Marie-Christine Gryson.

 

L'enfant opérait une mise à distance et était dans "une sorte de déni" pour se préserver, et "il a gardé ce fonctionnement (…) il a une vie normale pour ne pas penser à ce qu'il a vécu".

 

Quant à Dylan, qui a subi des événements traumatiques très tôt, était selon elle "le plus déstructuré". "Un enfant agressé avant 5 ans est vraiment déstructuré", explique la psychologue…

 

Il a expliqué des choses incongrues, dont il cherchait à s'éloigner. Il était très jeune, et les tests montrent qu'il est traumatisé, ancré dans la réalité, mais avait des images de grande violence. Elle a estimé qu'il relevait d'une thérapie en urgence, et en pouvait pas travailler correctement à l'école. Incapable de différencier agresseur et agressé, il n'a dénoncé que ses parents.

 

Pendant ces débats, les avocats de Legrand sont en train de feuilleter le livre de Marie-Christine Gryson, probablement pour en extraire quelques phrases et les détourner pour mieux décrédibiliser l'experte.

 

Le président a commencé à poser des questions sans intérêt, histoire de laisser croire que les enfants sont des menteurs. Il prend pour cela les deux seuls petits exemples de mensonges (quand Chérif n'a pas balancé l'agresseur de son frère, ou quand Dimitri dit qu'en fait Monique Fouquerolle a participé à certains faits alors qu'avant il avait dit que non).

 

"En 30 ans d'expertise je n'ai jamais entendu des enfants avoir des rêves éveillés dans ce registre-là".

 

Le président insiste : "est-ce que malgré tout ces enfants" ne peuvent pas mentir ou modifier la réalité, quand "ils y trouvent un compte personnel".

 

Les études montrent que son on contredit un enfant il se rétracte. "Il faut savoir aussi qu'un enfant minimise tout le temps", va parler de ce qui lui fait le moins peur, "un enfant a honte, il a une culpabilité énorme, et il ne veut pas que ça lui soit arrivé".

 

Marie-Christine Gryson explique que souvent on ne fait que des tests cliniques pour des enfants violés, et on ne voit rien. Mais, si on fait des tests sérieux, on voit les traumatismes.

 

Elle estimé que s'ils avaient été reconnus victimes par la société et s'ils n'avaient pas été expédiés dans des foyers en Belgique, ils avaient une chance de s'en sortir.

 

Ce qui n'a pas été le cas, comme l'ont dit plusieurs amis de ces enfants, ils se sont retrouvés seuls, sans aucun soutien. En allant en Belgique, ils "ont perdu tous leurs repères", et quand ils ont été virés à 18 ans ils n'avaient aucun papier. "Ils n'ont jamais pu trouver une stabilité, ils vont très très mal", constate Marie-Christine Dejehansart

 

On lui demande si "confusions ou interprétations ça n existe pas chez les enfants ?", ce à quoi elle répond qu' "ils auraient inventé si les récits étaient récités, l'expert ne pose aucune question, le récit des enfants est spontané"

 

Le magistrat insiste: "l'enfant, voyant qu'il brille enfin dans vos yeux d'experte, vous qui enfin le croyez, n'a t il pas envie de vous dire ce que vous avez envie d'entendre ? Pour vous faire plaisir"

Puis nouvelle question "on sait que les enfants Delay regardaient énormément de pornos, cela n'a t il pas pu les traumatiser ?"

 

On comprend bien qu'il est question de faire dire qu'il y a eu une "contamination" (un mot qui va beaucoup revenir) dans les souvenirs des enfants.

 

A cette question, Marie-Christine Gryson répond: "oui choquant mais il n'y a pas d'identification, il ne le vit pas sur lui, une scène porno entre adultes ne peut pas être vécue par un enfant, même par procuration".

 

Récidive avec la même question, plus insistante: "lorsqu'un enfant a été traumatisé de voir une scène ignoble, tel qu un porno, n'y a t il pas une chance ou un risque que ce même enfant relate cette même scène en donnant l'impression de la revivre ? Etat de sidération"

 

Mais la psychologue reste sur sa position, qui n'est pas une lubie mais le fruit de son expérience: "impossible, je vous le répète il ne peut pas se projeter"

 

Maître Forster, avocat de Chérif, l'interroge à son tour: "y a t il une possibilité de superposition d'image, c'est à dire, attribuer des actes ou propos à quelqu'un alors que c'est une autre personne qui agit ?"

 

"En situation d'examen psychologique, un enfant avec des éléments physiques, sensoriels, est en mesure de dire qui est son agresseur, j'ai vu 600 enfants environ, pour chacun j'ai établi une quarantaine de critères qui permettent d'établir avec certitude qu ils ont été violés, chez les enfants qui mentent c'est à peine 5 critères sur ces 40, il y à eu une période à laquelle on m'emmenait des enfants menteurs et ceux çi sont vite démasqués", répond Marie-Christine Gryson, "pour moi les enfants ont été entendus dans des conditions d'éxpertise qui permettaient d'authentifier leurs dires"

 

Selon elle, "Chérif n'a rien d'un mythomane. Il aun sentiment de culpabilité qui montre qu'il est bien construit psychologiquement : il s'en voulait de ne pas avoir protégé ses freres"

 

"Il faudrait que le statut de victime soit protégé comme celui d'acquitté et qu'on ne puisse pas dire dans la presse qu'ils mentent", explique-t-elle encore. Une phrase qui lui vaudra d'être traitée de folle par l'avocat de Dominique Wiel. D'ailleurs, les attaques violentes n'ont pas manqué dès le soir-même, sur Twitter où le fan des acquittés s'excite depuis plusieurs jours, et dans la presse.

 

Marie-Christine Gryson évoque ensuite l'expert Hubert Van Gijseghem pour qui les victimes n'ont pas de troubles après les viols. Hubert Van Gijseghem est un des chantres de la théorie des faux souvenirs.

 

Marie-Chistine Gryson explique que ces enfants victimes, et les Delay notamment, ont besoin d'une reconnaissance de leur statut de victime par la justice, mais aussi par la société.

 

L'avocat général, toujours prompt à attaquer les témoins des parties civiles, fait mine de s'indigner que les expertises disent ou non que c'est la vérité.

 

L'experte répond que d'autres experts ont confirmé cet avis: un deuxième groupe de psychologues a examiné les enfants avant le procès en appel. Elle rappelle encore une fois qu'un enfant n'est pas mythomane.

 

"Tous les discours des enfants étaient cohérents et concordants" par rapport aux aveux de Delplanque,Legrand et Badaoui.

La défense et l'avocat général se mettent à poser des questions en même temps.

 

Me Vigier, avocat de Legrand, tente de jouer sur les mots et de faire dire à Marie-Christine Gryson qu'elle a parlé en termes de vérité et de mensonges, sans la laisser répondre. MCG : "posez moi une question claire sans détourner les mots que j'ai dits".

 

Pour Me Vigier, "les psychologues" ça doit être Paul Bensussan et ses théories anti victimaires. Les autres ne comptent pas.

 

Après moult question insipides sur l'expertise et les experts, il l'attaque sur le fait que l'expertise des enfants a été faite à deux. Suite à 'laffaire d'Outreau l'autre expert, Jean-Luc Viaux, n'a pas renouvelé son agrément pour être expert auprès des tribunaux.

 

Puis Me Berton lance des attaques personnelles contre Marie-Christine Gryson, l'accusant d'avoir quitté les assises de Saint-Omer, sans préciser que c'est après avoir été attaquée d'une manière ignoble par les avocats de la défense.

"J'ai quitté au 3 e jour, avec l'accord du président des assises, car M Berton ici présent m'a insultée me traitant de femme malhonnete, et je considérais qu'il n'était plus possible de déposer sereinement. On dit que je suis la seule à dire qu'on oublie les victimes, mais personne ne sait qu'il y a 12 enfants victimes à Outreau. En 20 ans d'expertise je n'ai jamais vu un procès comme cela. J'ai eu les excuses du 1er président de la cour d'appel de Douai sur la manière dont les experts ont été traités".

 

En effet, les avocats de la défense l'avaient accusée d'être de parti pris parce qu'elle travaillait dans une association d'aide aux victimes. Ils lui ont reproché d'avoir suivi gratuitement les enfants Delay en thérapie, ce qui était faux mais s'est retrouvé dans la presse le lendemain. Et qui a encore été dit à cette audience, puisqu'on n'en est plus à un mensonge près.

 

Les avocats de la défense font encore monter la pression, Berton en tête, revenant sur l'accusation bidon comme quoi Marie-Christine Gryson travaillait pour le conseil général. Mais elle a beaucoup de mal à répondre: on ne la laisse pas parler.

 

Elle rappelle que M. Houilllon, le député rapporteur de la commission d'enquête parlementaire, a du s'excuser aussi pour avoir fait une erreur dans son rapport, au sujet de la validité des expertises de Marie-Christine Gryson.

 

Et c'est de nouveau le cirque dans la salle d'audience, on attaque Marie-Christine Gryson mais on ne la laisse pas s'exprimer. Encore une fois on répète des mensonges, on les cire même, histoire d'étouffer tout débat. Mais, Marie-Christine Gryson, très calme, attend qu'on la laisse parler pour, encore une fois, dire ce qu'il en est vraiment.

 

Berton réattaque sur Caprouille, un blog qui selon eux est une horreur parce qu'il critique leur version des choses.

 

4. Jean-Luc Viaux

 

En fin d'après-midi, Jean-Luc Viaux est entendu par visioconférence, toujours en présence de Marie-Christine Gryson. Cet expert a complètement retourné sa veste, et parlé de "confusion" dans la mémoire des enfants Delay, bref tout peut être pris avec des pincettes dans leurs déclarations, du meurtre de la petite fille aux détails sur les objets qu'on leur introduisait. Cela, bien qu'il ait relevé de nombreux signes assez évidents de maltraitances graves.

 

Il revient sur les expertises des enfants Delay. Chérif avait un retard cognitif, et a beaucoup parlé de son sentiment de culpabilité, de ses peurs.

 

Au moment des expertises il ne mettait en cause Daniel Legrand. Il n'a pas accusé en bloc tous les gens qu'on lui montrait. Il a dit être allé une fois en Belgique, mais en fait il signifiait juste qu'il est allé loin. Il avait un "vécu très morbide" de ce qu'il avait vécu. Il était en colère contre Dimitri parce qu'il avait parlé, tout en disant que si Dimitri n'avait parlé, "ils seraient tous morts".

 

Il avait aussi relaté des souffrances par rapport à la médiatisation de l'affaire, et à ses conséquences pour eux.

 

Il n'a mis en cause que 3 personnes en dehors de ses parents lors de cette expertise.

 

Dimitri avait près de 10 ans au moment de l'examen. Il avait quelques difficultés à l'école et n'arrivait pas à suivre le rythme de la classe. Avec les tests lon voit qu'il a subi des agressions. Il avait beaucoup de mal à s'expliquer, ne savait pas quelle était la différence entre les filles et les garçons.

 

Il a donne quatre noms d'abuseurs, dont son père. "On note plusieurs étapes dans les déclarations de Dimitri", mais il n'a pas de tendance à l'affabulation. Pour Jean-Luc Viaux, Dimitri a probablement eu des problèmes de mémoire dissociative et ne se rappelait pas de tout tout le temps. "Au sujet de Jonathan, il est absolument incapable de construire un récit", explique M. Viaux, qui a estimé que c'était "un enfant en grande insécurité".

 

Viaux a demandé à Jonathan s'il savait pourquoi il venait le voir. Il a dit que c'est parce que Daniel Legrand avait dit que c'était faux pour la petite fille. Il mélangeait un peu certains faits, ne parle que de petits morceaux des faits à chaque fois, et là aussi "le récit se construit au fur-et-à-mesure".

 

L'expert a aussi dit que les enfants n'avaient pas dénoncé Daniel Legrand alors que dans son expertise il a écrit lui-même que l'un d'eux l'avait désigné.

 

Dylan avait près de 6 ans quand il a vu les experts. Il distinguait bien le vrai du faux. Il a peu parlé, évoquant seulement ses parents, mais il s'est avéré évident qu'il avait subi des agressions ou maltraitances avec "une connotation sexualisée".

 

Le président évoque la fois où Chérif s'est accusé d'avoir commis le meurtre d'une fillette, en 2012. Jean-Luc Viaux explique qu'après avoir vécu des difficultés, Chérif "peut avoir eu l'angoisse d'avoir commis un meurtre". Marie-Christine Gryson précise qu'à l'époque Chérif était sous psychotropes, et qu'on ne sait pas trop quels effets cela peut avoir.

 

Marie-Christine Gryson lit la déclaration de Jonathan, où il parle du meurtre de la fillette: "La petite fille je la connaissais j'y étais. Je la comprenais pas elle parlait pas français". Il raconte qu'elle a été frappée "elle saignait à la jambe, elle hurlait, mon père a continué et elle est morte". Puis la nuit il dit que "la petite fille était emballée dans la ballatum", et qu'il y avait plein de sang sous son lit.

 

Il a cité Jean-Marc et le Dr Leclercq "qui faisait comme s'il nous soignait" mais commettait sur eux des actes sexuels.

Plus tard, il dira que ce n'était pas son père mais le père de Daniel Legrand qui avait tué la petite fille.

 

Selon M. Viaux "il y a probablement du vrai dans ce que raconte Jonathan, mais quelle part de vrai. Il aurait fallu éclaircir cela il y a 12 ans".

 

L'avocat général prend une page d'un livre cité parmi toute la bibliographie ajoutée au rapport d'expertise de Jean-Luc Viaux, puis un autre chapitre du même livre, puis un rapport rédigé par Jean-Luc Viaux, pour chercher la petite bête.

 

Celui-ci finit par rappeler que "On continue à s'appuyer uniquement sur un rapport d'expertise psychologique pour dire on continue une enquête ou on l'arrête". Mais ce n'est pas une expertise qui permet de fonder un jugement.

Les avocats de la défense ont cherché à souligner les désaccords entre les deux experts. Le but ? Pouvoir critiquer Marie-Christine Gryson Dejehensart de manière isolée.

Vendredi 29 mai

1. Brigitte Bonnaffé

 

Psychologue, qui a expertisé les enfants Delay en juin 2004, en urgence et pendant le procès de Saint-Omer. Car les autres experts ont été tellement attaqués que le tribunal a mandaté de nouveaux experts au dernier moment.

 

Elle expliquait surtout qu'il faut sortir les enfants de leur statut de victime, "ne pas les enfermer là dedans". En somme, elle reprend le même discours que son collègue Jean-Luc Viaux la veille.

 

Elle a bien insisté sur les aspects positifs des témoignages des enfants, par exemple quand Chérif (14 ans au moment de cet examen) dit qu'il aimait bien regarder les dessins animés avec Thierry Delay, quand "Jonathan dit que sa mère était gentille et lui achetait des jouets", quand Dylan "se souvient des pommes que son père faisait cuire avec du sucre" ou encore quand Dimitri "parle de moments privilégiés avec son père". On est presque dans un épisode de "La petite maison dans la prairie".

 

Le même Chérif lui aurait même dit "qu’il a mis en cause des accusés uniquement pour coller au discours de sa mère", a-t-elle expliqué. Quant à Jonathan, il lui aurait déclaré "qu’il a pu tenir des propos erronés et que ça le rend malheureux", a déclaré la psychologue.


Elle a aussi expliqué que Dimitri a parlé d'argent que sa mère reçevait "quand quelqu'un le violait", des sommes de 400F, que Jonathan et Dylan ont parlé de la présence d'autres personnes que leurs parents. Jonathan ne savait pas dire de qui il s'agissait, mais Dylan a désigné "de manière précise" un des acquittés.

 

Brigitte Bonnaffé évoque aussi quelques-uns des traumatismes des enfants, notamment que Jonathan n'a acquis la position assise qu'à 14 mois, après être né prématuré, ou la "terreur" de Dylan (8 ans) à l'idée que ses parents sortent un jour de prison.

 

Mais pour cette experte, concernant Dylan elle estime que "on voit qu’il peut exister une confusion entre le réel et l'imaginaire".

 

Chérif lui aurait dit que Marécaux "n'a rien à faire là" (au tribunal), mais le taxi Martel et Karine Duchochois non plus.

 

Dimitri lui a aussi dit, d'après son rapport: "j’ai pas vu Roselyne taper mais j’ai dit ça parce que Dupond-Moretti m’emmerdait." Mais elle explique que c'est la première audition qui est la plus importante, et que quand elle "rencontre ces enfants, la parole est polluée par différents paramètres".

 

Elle précise aussi qu' "aucun des quatre enfants ne m’a jamais parlé de monsieur Daniel Legrand" alors qu'ils ont cité selon elle "une palette assez large de noms". Mais était-ce bien  leur état d'esprit à ce moment que de répéter encore une fois leurs accusations, alors qu'ils étaient en train de passer sur le grille à Saint-Omer?


Brigitte Bonnaffé termine avec cette "confusion" dans les souvenirs des enfants à cause de la couverture médiatique, notamment. Pourtant, on pourrait aussi estimer que la confusion serait surtout due au fait qu'ils ont été traités de menteurs par la presse et par les avocats, ce qui pousserait davantage au déni qu'à l'affabulation.

"Même avant le procès, les enfants Delay étaient submergés par les informations", a estimé cette experte.

 

Avec l'aide de l'avocat général, toujours présent pour défendre l'acquittement de Daniel Legrand, Mme Bonnaffé explique que le discours des enfants quand ils dénoncent leurs parents est assez précis, ce qui n'est pas le cas, selon elle, quand ils parlent d'autres protagonistes.

 

Selon elle, les enfants auraient "bouché les trous" dans leurs souvenirs avec ce qu'ils ont vu ou entendu de l'affaire. "C’est très difficile de savoir ce qu’ils ont ressenti et ce qu’ils se sont approprié pour comprendre", affirme Mme Bionnaffé.

 

L'avocat général revient à la charge, et demande "comment aider" les frères Delay "alors qu'ils baignent dans un environnement .. où on leur dit sans cesse "vous êtes victimes de bien d’autres choses" ?"

Tout le monde a compris que cette "question" était surtout destinée à répéter l'argument de la défense comme quoi les "complotistes" autour des frères Delay leur auraient monté la tête dans un but obscur. En réalité, personne dans leur entourage ne leur a jamais dit cela, c'est une pure supposition que de l'affirmer.

 

Mais comme cela a été dit lors de ce procès, ces quatre enfants se sont retrouvés complètement seuls et en souffrance, et il a fallu les aider. Et les aider, cela passe par reconnaitre qu'ils sont victimes et pas des menteurs comme cela a été rabâché durant des années, en fait depuis 2004, plus de dix ans.

 

Cela, la défense et l'avocat général le nient, mais ils ne peuvent rien prouver de ce qu'ils avancent et pour cause : c'est faux. Mais, ce procès est basé sur une succession de mensonges répétés avec force par le club des 6.

 

Mais le pire, c'est que Mme Bonnaffé va complètement dans le sens de l'avocat général, alors qu'elle ne connait personne parmi ceux qu'elle vise, et qu'elle n'est pas en contact avec les enfants. Là aussi, on a le choix entre la supposition et le mensonge éhonté : "Ces enfants auraient besoin qu’on leur injecte du bon et non pas ces horreurs qu’on leur injecte depuis des années", a-t-elle asséné en fin d'audition.

 

2. Monique Fouquerolle


Elle témoigne par visioconférence.

 

Le visage rond, elle commence à égrener la liste de ses cinq enfants, nés de cinq pères différents.

Sa déposition est des plus succinctes : "je rendais des services à Myriam, elle venait chez moi quand je lui donnais du lait, des couches".

- Vous avez fini votre déposition ?

- Oui

 

Elle dit qu'elle a fréquenté "un peu" les Delay bien qu'elle était la marraine de Jonathan. Elle n'allait "pas souvent chez Myriam", seulement "quand elle m'appelait suite à des violences de Thierry", dit Fouquerolle.

 

Badaoui venait "des fois" seule chez Monique Fouquerolle. Sur les faits en eux-mêmes, elle ne sait rien. Pourtant, Dimitri a dit que son père faisait "l'amour" avec ses deux enfants . Monique Fouquerolle confirme que ses enfants "amenaient les courses et repartaient tout de suite" de chez Badaoui.

 

Elle, elle dit avoir "été trois, quatre ans" avec Thierry Dausque, cité par plusieurs enfants comme l'un des abuseurs., et qui est le père de l'un de ses enfants.

 

Le président : Il se comportait comment avec vous ?

Fouqerolle : Normal

 

Elle explique qu'elle a été "une dizaine de fois chez Myriam Badaoui".

 

Elle dit qu'elle n'a jamais vu de films pornos "ça ne m'intéresse pas". Ni de godemichets. Pourtant à l'époque elle avait dit qu'elle a vu passer des cassettes pornos car Delay en a prêté à Mourmand.

 

Interrogée au sujet du caméscope des Delay, elle confirme qu'il en ont eu un, "pour filmer des sorties", mais elle ne rappelle plus s'ils l'ont revendu, alors qu'elle en avait parlé à l'époque.

 

Fouquerolle explique que les Delay n'avaient pas d'argent alors elle leur en prêtait, d'ailleurs une fois Badaoui lui a volé l'argent de ses factures et elles se sont brouillées.

 

Elle évoque ensuite une voisine, Vanessa B., qui a reçu de la part de Delay un vibromasseur. La dite Véronique B. était aussi l'amie de "Dany" Cantero, qu'on a essayé de faire passer pour le « Dany legrand » de l'affaire d'Outreau.

 

Elle connaissait le taxi Martel, qui avait dit l'avoir pris avec Daniel legrand et des enfants. "Tous les débuts de mois il y a beaucoup de personnes qui le prenaient", pour aller faire leurs courses.

 

Elle dit qu'elle n'a jamais été faire ses courses avec Myriam Badaoui. Puis elle précise que c'est peut-être arrivé "une fois ou deux", et qu'elle n'a pas non plus pris le taxi avec Daniel Legrand. Elle n'a pas pris le taxi pour aller en belgique ou ailleurs non plus.

 

"Je me sens mal et je voudrais reconstruire ma vie parce qu'on a pris mes enfants", dit-elle.

Le président : vous avez fait l'objet d'accusations ?

Fouquerolle : non

 

Puis on la questionne encore et elle explique que "Myriam Badaoui a dit que j'étais en train de filmer les faits. Elle m'accusait parce que j'étais trop gentille".

 

Puis, Chérif Delay veut parler à Monique Fouquerolle, qui devient soudain toute rouge et tire une drôle de tête.

 

Le jeune homme explique qu'un jour, Delay lui a demandé d'aller chercher une cassette vidéo que Fouquerolle lui a remise, et il a vu qu'il s'agissait d'une cassette porno, transmise par Thierry Dausque.

 

Fouquereolle n'a "pas le souvenir de lui avoir remis quelque chose ".

 

Ensuite, on lui parle de la pétition qui avait circulée dans le quartier quand les enfants Delay ont été placés, afin de demander leur retour. Cette pétition, lancée par le curé Wiel, stipulait que les enfants étaient placés inutilement. Fouqerolle a même rempli une attestation à la juge précisant que Delay "ne bat pas ses enfants croyez-moi". Ceci, alors qu'elle savait pertinemment que c'était le cas.

 

"Je me rappelle pas avoir écrit ça et je sais que Thierry battait ses enfants", répond Monique Fouquerolle, mais elle ajoute "que peut-être que pendant qu'un certain temps il les a frappés" dit-elle, (comprendre : peut-être qu'au moment de la pétition il avait arrêté ses violences).

 

Puis, Me Delarue, avocat de Legrand, lui demande pourquoi ses enfants ont été placés. "On m'a dit que c'était pour les protéger des gens dans l'immeuble". Mais elle a mis beaucoup de temps à les récupérer, puisqu'ils ne sont revenus qu'aux âges de 17 et 18 ans.

 

Me Delarue revient sur ledit "Dany Camporini", qui était l'ex de Vanessa B. (qui vient témoigner dans l'après-midi).

 

3. Daniel Legrand

 

Au début de l'après-midi, c'est Daniel Legrand qui est entendu, durant deux heures et demi, la durée maximale qu'il peut passer à la barre, d'après un médecin qui l'a examiné.

 

Daniel Legrand ressemble à un panda groggy mangeant imperturbalement son bambou dans son box, et c'est à peu près pareil à la barre. Mais, on a quand-même eu quelques perles durant cette audition.

 

Le président fait la chronologie de ses auditions, à commencer par la garde-à-vue où il a nié les faits et ému le policier chargé de le surveiller. Il ne connaît pas les Delay, et le seul nom qui lui disait quelque chose était celui de François Mourmand, qui était voisin de pallier de Laurence L., la tante de Legrand, justement la mère du cousin qui a porté plainte contre lui et son père pour un viol commis devant d'autres enfants.

 

A ce sujet, on notera qu'étrangement, quand on demande au père Legrand s'il connaît un "Rudy", il dit non (après avoir fait la même réponse pour tous les noms d'enfants qu'on lui a cités), alors que la famille Legrand a vécu chez cette tante durant 5 mois.

 

Mais au sujet de son séjour chez cette tante, Daniel legrand dira seulement "ça m'arrivait de dormir chez elle", avant de préciser qu'il avait "très peu de relations" avec la famille de sa mère.

 

Daniel Legrand dit qu'il n'est allé en Belgique que quand il était petit, dans "les parcs d'attraction".

 

Le président rappelle à legrand que Badaoui a su deviner (il y a beaucoup d'extralucides dans cette affaire, manifestement) qu'il y avait un Legrand père d'une quarantaine d'années et un Legrand fils, et que les deux s'appelaient Daniel, cela sans les avoir jamais vus de sa vie, selon Legrand, qui répond juste : "j'ai pas compris comment elle a pu dire ça".

 

On lui rappelle aussi les déclarations de Pierre Martel, sur le fait qu'il l'a pris en taxi à plusieurs reprises, ce à quoi Daniel Legrand répond qu'il  prenait "rarement" le taxi et ne "fréquentait pas la Tour du Renard" et allait "rarement à Outreau", qui se trouve à moins de 15 km de chez lui.

 

Réentendu par la police, il redit qu'il est innocent et ne connait personne.

 

Là, un juré est malade, on le remplace par un suppléant. L'audience reprend.

 

Lors de la première confrontation, Badaoui dit que Legrand travaillait au sex shop avec son père. Elle décrit un jeune Legrand avec une longue mèche, ce que Legrand confirme.


Puis, le 19 décembre, arrivent les aveux durant un interrogatoire. "J'étais perdu et à la prison on m'a conseillé d'aller dans le sens de la justice", et il ajoute, ce qui est faux : "moi qui n'ai jamais eu à faire à la justice" (il a oublié l'histoire des chèques volés à Mouscron).

 

Lors de ces aveux, Legrand a dit qu'il parlait parce qu'il ne voulait pas "prendre pour les autres" et il a dit qu'il voulait "s'excuser auprès des victimes". Et, comme l'a souligné le président, il a "raconté pas mal de choses", notamment qu'il allait chez les Delay et qu'il avait "fait l'amour avec les enfants".

Il a beaucoup dit, aussi, "ça s'est passé comme dit Myriam", durant cette confrontation.

 

Il explique que les faits allaient de 1996 à 2000, et qu'il y a eu 10 à 15 partouzes. Il a aussi dit qu'il pourrait reconnaitre les enfants sur photo, et en reconnait un bon paquet : Une fille Lavier, une fille Poiret, un Fouquerolle, une Delplanque, deux enfants Parent, mais ces enfants ne le reconnaissent pas sur photo.

 

"J'étais complètement perdu, j'étais en prison, j'ai décidé de mentir", explique Daniel Legrand.

 

Lors d'une autre audition, il reconnait Christian Godard, le mari de la boulangère, ainsi que les deux employés du sex shop, Dominique G. et Gilbert Delobel, le curé Wiel, le taxi Martel, les Marécaux, et trois autres personnes qui sont peu ou pas citées par les autres protagonistes du dossier.

 

Il a aussi dit que pour commettre ces viols, il était payé en shit et en argent précisant qu'il lui donnait 300 à 600F et un peu plus quand il devait filmer, ou avait décrit Mourmand comme un type "agressif" dont il avait peur et qui avait participé aux faits. "J'ai dit n'importe quoi", explique Legrand.

 

Le 21 décembre 2001, le juge Burgaud reçoit la lettre d'aveux de Legrand datée du 13 décembre, date que le président trouve erronnée. Dans cette lettre, Legrand décrit par le menu des scènes d'orgie avec Badaoui et les enfants, et Legrand écrit qu'il veut dire "tout ce qu'il sait".

 

Il explique devant le tribunal qu'il a fait ces aveux parce que Grenon avait été libérée et qu'il trouvait cela injuste : "J'ai fait la lettre pour l'accabler pour qu'elle retourne en prison, parce qu'elle était coupable".

Comment savait-il que Grenon était coupable ? Et on apprend que c'est par vengeance contre Grenon qu'il dénonce ce meurtre auquel elle n'était pas présente.

 

Les avocats des parties civiles ont demandé de faire acter cette phrase, ce qui a évidemment créé un mini scandale du côté des avocats de Legrand.

 

Legrand poursuit: "Je voulais qu'elle retourne en prison et j'ai fait une demande de mise en liberté pour être libéré". Legrand explique qu'il était très perturbé par les médias, qui n'avaient pas encore commencé le tapage sur cette histoire. 

 

Le 9 janvier 2002, nouvelle confrontation au cours de laquelle il remet en cause Mourmand, qui aurait participé à des viols sur plusieurs enfants.

 

Mourmand a répondu qu'il ne connaissait pas Legrand et qu'il était incarcéré à l'époque de ces faits. "Je répétais ce que disait Myriam Badaoui", dit Legrand, "je savais pas quoi dire alors j'inventais".

 

Le même jour, une lettre arrive au juge au sujet du meurtre de la petite fille, dans laquelle il donne de nombreux détails sordides qui n'ont hélas pas été lus durant l'audience. Dans cette lettre, il dit aussi qu'il a été menacé et qu'il se sent "soulagé d'avoir parlé". "Je ne dors pas à ma conscience tranquille et je me sens protégé parce que je suis en prison", a déclaré Legrand.

 

Par contre, on n'évoque pas la lettre à France 3, celle qui a déclenché la déferlante médiatique si déstabilisante pour Daniel Legrand.

 

"Je pensais que Myriam Badaoui allait craquer mais elle a confirmé", ajoute Daniel Legrand, avant de se vanter: "j'ai prouvé que Myriam Badaoui a menti, ce que le juge 'na jamais fait".

 

Il explique qu'il voulait rentrer chez lui pour Noêl et que c'est pour ça qu'il a avoué.  Mais juste après il dit : "quand j'ai avoué le meurtre, je savais que j'allais pas être mis en liberté", alors que c'est justement ce qu'il a dit jusque là.

 

Puis, il dira qu'il ne reconnait plus Dominique Wiel et qu'il ne le connaît pas, et qu'il n'a pas reçu de menaces non plus. 

 

Nouvelle confrontation, avec Delay et Badaoui, le 16 janvier 2002. Là, Legrand met Delay en cause ; et Badaoui continue à lier les Daniel Legrand au sex shop. Legrand, lui, dit qu'il manque des gens sur le trombinoscope, des gens qu'il avait vus chez les Delay.  Il dit aussi (avant de se retracter et de dire qu'au contraire ils lui ont demandé de ne rien dire) que les Delay lui ont dit d'accuser certaines personnes "pour prendre moins de peine".

 

On lui demande comment il a eu l'idée de donner autant de détails, il répond qu'il est "rentré dans la tête de MYriam Badaoui".

 

Parce que dans ce procès, tous ceux qui avouent aujourd'hui avoir menti ont été capables de donner des détails corroborrés par les autres, qui disent aussi avoir menti. C'est à tel point qu'on peut se demander si on n'était pas face à un réseau de Madame Irma.

 

"Je suis pas quelqu'un qui vivait dans le mensonge et là de mentir c'est dur", raconte l'accusé.

 

Le 7 mars 2002, Daniel Legrand reconnait Christian Godard sur photo mais il dit qu'il est "complètement étranger à cette affaire".

 

"C'était trop lourd à porter le mensonge, alors j'ai dit la vérité", dit Legrand. Nous, on commence à s'y perdre en tout cas. Là, Legrand se rétracte et ne connaît plus personne.

 

L'audition doit être stoppée puisqu'on arrive à 2h 30 d'audition.

 

4. Gilbert Delobel

 

Gilbert Delobel a été propriétaire du sex shop de la rue des Religieuses Anglaises de 1981 à 1998, quand il a revendu son commerce et en est devenu l'employé, présent en journée jusqu'à 16h30.

 

Aujourd'hui retraité, quand on lui demande de lever la main droite et de dire qu'il dirait la vérité, Delobel a gratifié la salle d'un magnifique salut Nazi.

 

Il ne connaît pas Daniel Legrand, mais avait comme "bon client" Thierry Delay, qui venait acheter des gadgets "à peu près deux fois par semaine".

 

L'autre employé du sex shop, était présent le soir jusqu'à 23h depuis 2000. Delobel dit qu'il ne savait pas ce qu'il se passait pendant les heures de son collègue.

 

Delobel confirme que Legrand n'a jamais tenu le magasin et son père non plus. Il nie tout rapport avec un trafic de cassettes, mais lors d'une perquisition à son domicile, on retrouve une cassette intitulée SS7, dont le contenu est pédopornographique. Il dit qu'il l'a fait venir "par  curiosité" des Pays-Bas dans les années 70 et n'a pas été inquiété pour avoir détenu cela.

 

On évoque ensuite les écoutes qui ont été opérées, apparemment "seulement le soir". 
Dans ces écoutes, on entendait Guilbert et un interlocuteur domicilié ailleurs en France parler d'un "paquet" qui lui reste sur les bras, parce que le type qui devait venir le chercher "a peut-être été arrrêté". Delobel dit que lui ne faisait pas de commandes, il ne voit pas de quel "paquet" il peut s'agir.

Ledit Guilbert n'est pas resté longtemps car il aurait "volé son patron".

 

Me Reviron, avocat de Jonathan, l'interroge. Il lui rappelle qu'au commissariat, lors d'une première audition, il n'a pas reconnu les photos de Thierry Delay et de Myriam Badaoui. C'est seulement en garde-à-vue qu'il reconnaitra Delay. "Il n'a pas été client longtemps", dit Delobel. Normal, il avait été arrêté.

 

Me Reviron rappelle aussi que quand on a présenté la photo de Badaoui à Delobel, celle-ci l'a reconnu, mais lui, maintient qu'il "ne l'a jamais vue".

 

L'avocat général ne voit "aucune question" à poser à ce témoin pourtant intéressant pour les parties civiles.

 

Selon Badaoui, les viols des enfants auraient commencé au noël 1996, quand "le monsieur qui vend les cassettes (...) voulait monter une affaire d'abus sexuels sur les enfants". Selon elle, Delobel avait dit de montrer des cassettes pornos aux enfants pour leur apprendre comment faire. Ce qui correspond à ce qu'avait dit Chérif.

 

5. Vanessa B.

 

Vanessa B., 33 ans, était donc la compagne d'un "Dany Camporini". Elle vient dire, à la demande de Daniel Legrand qu'elle ne l'a jamais vu : "je ne connais pas ce monsieur, je ne l'ai jamais vu".

 

Elle a toujours vécu dans le quartier et a eu son appartement dans l'immeuble des Delay en 2000. Elle connaissait Badaoui depuis 10 ans, avant qu'elle ne rencontre Delay.
 

Le jour de ses 18 ans, Delay, qui était son voisin, a remis un cadeau pour elle à badaoui : un vibromasseur, un jeu de cartes porno et un pichet avec un homme en érection.

 

"Il m'avait proposé une fois de venir boire un café mais je n'y suis jamais allée", dit-elle.

 

Puis, on en vient à ce Dany Camporini, présent en 2000 et 2001 dans le quartier. Avant, il vivait à 2 km chez ses parents, puis ils ont emménagé ensemble jusqu'à fin 2001 quand elle l'a quitté car il était menteur, voleur et toxico.

 

Son surnom était "Campo", ou "Dany Campo". C'est lui "l'autre Dany" dont Roselyne Godard s'est soudain souvenue juste avant le procès en appel, à Paris.

 

Me Delarue demande s'il a pu croiser les enfants Delay, et comment il était, elle répond "grand". C'est l'adjectif que la défense attendait pour démontrer que Dany Legrand ça pouvait aussi être lui. Ce qui n'apporte strictement rien au débat puisque les Daniel Legrand se sont retrouvés impliqués suite à un faisceau d'éléments, pas juste à cause du "Dany legrand" de la liste de Dimitri.

 

6. Le Dr Frédéric Leclercq

 

C'est, pour les parties civiles, un témoin important, car il a été accusé d'abus sexuels par plusieurs enfants, et pas que les Delay. Mais cela, toute la presse a oublié de le mentionner.

 

Il a été appelé à la barre par les avocats de Daneil Legrand, au titre de ce qu'ils appellent les "innocents chanceux", à savoir les adultes qui avaient été accusés mais n'ont pas été renvoyés au tribunal.

 

Il a été le médecin de famille des Delay, et il voyait aussi les enfants Lavier, notamment.

 

"J'ai été surpris d'être appelé ici", dit-il, "j'ai déjà témoigné à Saint-Omer". C'est la fin de sa déposition.

 

Il explique ensuite qu'il s'est installé en 1991 dans la région d'Outreau. Il a fait plusieurs visites à domicile chez les Delay.(Cette semaine, Myriam Badaoui avait dit qu'elle appelait ce médcein quand "il y avait un problème".

 

Fin 2001, une amie lui dit qu'il est cité dans l'affaire, et dans la presse. Il est même contacté par des journalistes. Il contacte le juge pour être entendu, puis "un matin de février 2002 j'ai été placé en garde-à-vue et entendu toute la journée" (de 10 à 16h30 environ), "j'ai été accusé d'un tas de choses. Je pensais que je ne sortirais plus et puis le soir ils m'ont laissé sortir".

 

Il ne se souvenait plus avoir décalotté Jonathan. Badaoui avait expliqué devant le tribunal qu'une fois elle lui a remané un de ses fils couvert de bleus et que le Dr Leclercq a dit que la prochaine fois il ferait un signalement.

 

"Je n'ai jamais constaté qu'un enfant était couvert de bleus sans agir. C'est faux" dit-il.

 

Il ajoute qu'il n'a jamais soupçonné de violences sexuelles sur les enfants Delay.

 

On lui demande comment, alors qu'il dit qu'il examinait le plus souvent les enfants dans le salon et qu'il suivait la famille depuis 1995 et venait au moins une fois par mois chez les Delay, il a fait pour ne pas voir la vitrine de 136 cassettes pornographiques qui trônait dans le salon familial.

 

Le Dr Leclercq dit avoir examine Jonathan et Dimitri, mais n'a jamais eu de soupçons de maltraitances bien que Jonathan ait eu 17 hospitalisations avant ses un an, par exemple.

 

Le Dr Leclercq dit d'abord qu'il notait tout sur le carnet de santé des enfants, puis, interrogé par Me Reviron, il répond que c'est "possible" que ce ne soit pas le cas.

 

Puis il est interrogé au sujet de l'histoire des sites pornographiques qu'il a dit consulter, et qui auraient peut-être pu le mener vers des contenus pédopornographiques. Son ordinateur n'a jamais été saisi, il n'y a pas eu d'enquête.

 

L'avocat général, au lieu de s'énerver sur l'absence de signalements, lui demande s'il était le médecin "d'un réseau pédophile" et s'il était "protégé par la police". Je pense qu'il croyait faire preuve d'un trait d'esprit, mais c'était juste pathétique. En tout cas, il était fier de lui.

 

Puis, Me Delarue fils se lance dans sa tirade: "Vous êtes une victime collatérale de ce dossier parce qu'en juin 2001 DIlmitri donne votre nom à sa tata, puis c'est Jonathan, et Myriam Badaoui qui vous mettent en cause, parlant de viols filmés". Une des filles Lavier l'avait aussi accusé, mais cela passe à la trappe, comme tellement d'autres choses.

 

On peut aussi noter que le numéro du Dr Leclercq figurait parmi les cinq numéros en mémoire dans le téléphone de Franck Lavier, condamné en 2012 pour des maltraitances sur ses enfants. Des maltraitances qui n'ont été dénoncées que parce que les deux enfants de 8 et 10 ans se sont enfuis une nuit de février pour retourner chez l'assistante maternelle qui les avait accueillis durant l'incarcération de leurs parents.

 

A l'époque, cette enfant Lavier avait dit à son assistante maternelle qu'elle avait peur du Dr Leclercq qui lui "faisait bobo".

 

Lorsqu'elle a raconté l'histoire du meurtre, Badaoui a dit au juge qu'elle avait pensé appeler le Dr Leclercq, "car c’est le médecin qui est impliqué dans les viols", mais Delay n'avait pas voulu.

 

Entendu lors de sa garde-à-vue, le Dr Leclercq avait déjà oublié l'hospitalisation d'un des fils Delay pour un problème à un testicule.

 

7. Laurent Lard

 

Encore un de ces témoins inutiles, qui viennent seulement dire qu'on les accusés mais qu'ils n'ont pas été retenu parmi les mis en cause et qu'il ne connaît pas Daniel Legrand.

 

Lui tenait un vidéo club de 1998 à 2000, duquel les parents Delay étaien clients.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lundi 1er juin

Ce lundi matin au parlement de Bretagne, on a comme d'habitude le point presse de la défense, puis on sent l'ambiance se tendre un peu. Les avocats de Daniel Legrand, qui ont prévu de nous faire assister au bal des acquittés durant les 2 ou 3 prochains jours, ont appris que Dimitri Delay allait venir témoigner, ce matin.

 

Mais avant, le président du tribunal tient à entendre deux des personnes qui ont été impliquées dans le dossier l'espace de quelques heures. Catherine D., ex épouse L., est donc venue témoigner ce matin, ainsi que son ex mari venu à la barre juste après.

 

1. Catherine D.

 

Cette infirmière de 53 ans qui vit dans le Nord a été appelée à témoigner par les avocats de Daniel Legrand. Elle a commencé par expliquer sa mise en garde-à-vue en mars 2002, suite à des accusations des Delay, et dit que sa fille Céline était un peu le souffre douleur de Dimitri, qui était dans la même classe qu'elle.

"Ils disaient que j'allais chez leurs parents en étant enceinte", raconte Catherine D., "Mais j'étais enceinte de jumeaux en 1995-1996, et je n'étais pas dans la région de Bloulogne. Je ne connaissais par Outreau, je n'avais aucune attache là-bas".

 

Le couple arrive à Samer, la même ville que le couple Marécaux, en octobre 1998.

En 2000, Céline est au CE1 avec Dimitri, puis c'est la garde-à-vue.

"Ca a été un grand choc. Je ne connaissais pas Thierry Delay. Pour moi le seul lien qui existait c'était Céline, et Dimitri".

 

"Deux jours après la garde-à-vue, Dimitri avait dit à Céline : 'tu as vu ce que j'ai fait à ta mère ?'" Catherine D. avait été mise ne cause par les trois frères Delay aînés suite à un signalement des services sociaux qui relataient un entretien avec Dimitri et Chérif, qui avaient voulu leur parler du couple L.

Dimitri avait expliqué qu'elle venait avec les jumeaux (dont elle était enceinte en 95-96) pour les violer. Selon les enfants, cette infirmière était là pour "vérifier que les enfants n'étaient pas trop abîmés", selon les mots du président. Les enfants ont aussi dit qu'elle était présente en Belgique.

 

Chérif avait déclaré qu'il avait connu Catherine D. quand elle était enceinte des jumeaux.

 

Le président lui demande si elle connaît un Philippe L. (l'un des patronymes d'abuseurs donnés par les enfants Delay), puis l'interroge sur ses liens avec les Marécaux.

"Je les ai connus car les enfants avaient les mêmes activités, et nous prenions des cours de tennis avec Madame Marécaux. J'ai aussi fait appel à Alain Marécaux qui était huissier, afin de faire un constat de dégât".

 

Après leur installation, elle a dit n'être allée à Outreau qu'une fois, en 2001.

 

Le président revient sur des déclarations de Dimitri à l'époque, qui avait dit avoir été menacé par Catherine D. et Mme Marécaux alors qu'il jouait devant chez sa famille d'accueil. Elle nie l'avoir menacé et ajoute qu'à ce moment elle ne connaissait pas les accusations portées contre elle.

 

On lui demande comment elle a pris tout cela, elle répond que "c'est difficile on se pose beaucoup de questions pour savoir comment on est arrivé dans le dossier". Selon elle, tout serait parti du fait que sa fille et Dimitri étaient dans la même classe. Puis elle explique que ses enfants aussi ont été interrogés dans cette affaire, et que tout cela a nui à leur équilibre.

 

Le président demande alors à Chérif de se lever.

- Vous avez désigné Mme L. (Catherine D. depuis son divorce), fait-elle partie des agresseurs ?

- Elle n'a pas fait partie des agresseurs

- Pourquoi l'avez-vous accusée ?

- Je ne sais pas

- Vous vous rendez compte de l'impact de tels propos ?

- Aujourd'hui oui.

- Vous avez quelque chose à lui dire ?

- Je suis désolé, je vous demande pardon. Je ne connais pas cette femme.

 

Le président lui fait alors remarquer qu'il a donné deux pages de détails, et Mme D. explique que Chérif avait tenté de se rapprocher de Céline pour en savoir plus sur la famille, et qu'elle a compris pourquoi ensuite.

 

Le président demande alors à Dimitri, qui était assis à côté de Chérif, de se lever et lui demande s'il connaît Mme D.

- Oui. Elle venait à la maison. Je ne reviendrai pas sur mes accusations.

 

Me Lef Forster, avocat de Chérif, demande au témoin si elle a quelque chose à dire sur Daniel Legrand, "car aujourd'hui c'est son procès", tient-il à rappeler. Car en effet, bien souvent on s'est demandé si on n'était pas dans un remake d'Outreau, ce qui a d'ailleurs été encore plus marqué dans l'après-midi.

L'infirmière répond qu'elle ne connaissait pas Daniel Legrand.

 

Elle ne connaissait pas non plus Myriam Badaoui.

 

Catherine D. est ensuite questionnée par Me Delarue fils, qui revient sur la Belgique où elle dit n'être jamais allée.

 

 

2. Stéphane L.

 

C'est l'ex mari de Catherine D. lui aussi appelé par la défense.

 

"Je ne sais pas ce que je fais ici, je pensais que c'était terminé. Je ne comprends pas pourquoi je suis impliqué dans cette affaire", dit-il en guise de déposition.

 

Puis il raconte qu'il s'attendait à la visite de la police à cause de la "rumeur", car la presse parlait d'un médecin hospitalier impliqué dans les faits. Du coup, tout le village en parlait.

 

Il a été nommé à l'hôpital de Boulogne en novembre 1998, et se rappelle que Dimitri causait des problèmes dans sa classe, où se trouvait donc Céline, la fille du couple.

 

Stéphane L. explique qu'il n'a pas été mis en garde-à-vue. Il croisait souvent les Marécaux qu'il "appréciait beaucoup même si on n'est jamais allés manger les uns chez les autres".

Me Lef Forster demande alors s'il a "quelque chose à dire sur Daniel Legrand", et le témoin répond qu'il ne le connaît pas.

 

Puis l'avocat général tente de justifier pourquoi il a accepté de le faire venir, parce qu'il est vrai qu'on était vraiment en train de se demander si on ne s'était pas trompé d'adresse tellement on n'a pas parlé de Daniel Legrand durant ce début de matinée.

 

Puis Me Berton se lève et dit que c'est dommage que les frères Delay ne soient plus présents dans la salle, alors le président demande à leurs avocats de les faire venir.

 

Les deux arrivent, et Chérif, comme pour Catherine D., dit qu'il ne connaît pas ce témoin.

 

Le président demande alors à Dimitri :

- Vous le connaissez ?

- C'est le mari de Mme L.

- Ce Monsieur a-t-il commis des faits ?

- Pour moi oui.

- Quels souvenirs en avez-vous ?

- Pour moi M L. fait partie des gens qui m'ont agressé ; d'après mes souvenirs.

- Ca se passait où ?

- A la maison, et aussi en Belgique… Il me semble que j'ai le souvenir de leur véhicule, un 4x4 noir que j'ai vu lors d'une kermesse…

Il se rappelle aussi les prénoms des trois enfants du couple. Le président lui fait alors remarquer que son frère n'a pas reconnu le témoin. Puis c'est Stéphane L. qui prend la parole : "Je suis complètement désolé des horreurs qu'il a subies, mais ni moi ni ma femme n'ont participé à ça"

 

Puis le président demande à Dimitri : "Vous avez parlé deux fois d'un Philippe L.. D'où vous vient ce prénom ?" -Je ne sais pas.

 

3. Dimitri

 

Enfin vers dix heures, c'est au tour de Dimitri de s'exprimer. Un témoignage autant attendu par les soutiens des trois frères que redouté par la défense.

 

Le jeune homme commence : "Je peux expliquer comment ça a commencé. Je ne suis pas là pour justifier des détails. Je ne répondrai pas aux questions sur les acquittés car on est au procès de Daniel Legrand".

 

Il raconte un peu son parcours, qui révèle sous un jour cru comment les services sociaux sont capables de broyer des enfants, qui plus est des victimes. Plongée dans un monde qu'on ne souhaite pas à ses ennemis.

 

"A 7 ans et demi j'arrive chez Mme Bernard à Samer [l'assistante maternelle chez qui il a été placé]. J'ai eu un choc en arrivant car j'ai découvert la notion de famille. Le langage, la tenue… L'hygiène, j'en avais pas..."

 

Le président lui demande si Daniel Legrand "A commis des agressions sexuelles sur vous ?"

- Oui

- Avez-vous le souvenir de l'âge que vous aviez ?

- Il m'a abusé quand j'étais petit je me rappelle de son visage. SI je ne me rappelais pas de sa tête je ne serais pas ici.

- Vous ne l'aviez jamais reconnu, demande le président

 

Puis, Dimitri doit rappeler que ce n'est pas de sa faute si on ne l'a pas interrogé sur Daniel Legrand à l'époque.

 

- Comment vous rappelez-vous de lui ?

- Pas dans un environnement agréable. La première fois que je me rappelle de lui c'est chez mes parents.

- C'est quoi des abus sexuels ?

- Oui on peut parler de pénétration

- Vous voyez d'autres visages en même temps ?

- Oui mais je n'en parlerai pas

- Son père ? , insiste le président, manifestement décidé à revenir sur les acquittés, chose que ne voulait pas faire Dimitri.

- Oui, répond le jeune homme

- Daniel Legrand aurait-il pu être agressé comme vous.

- Je ne sais pas, je ne suis pas dans sa tête.

 

Dimitri précise bien qu'il ne se rappelle pas de Daniel Legrand en tant que victime.

 

- Avez-vus vu Daniel Legrand violer Jonathan ?, enchaîne le président.

- Oui

 

Mais, il n'a pas de souvenir de Daniel Legrand agressant Dylan, leur plus jeune frère, ou Chérif.

 

Le président reprend ensuite l'historique des accusations de Dimitri, qui commencent avec la liste de prénoms qu'il a donnée à son assistante maternelle, qui les a notés et l'a transmise aux services sociaux, ce qui était une obligation pour elle.

 

On lui demande s'il se rappelle des circonstances dans lesquelles il a fait cette liste : "Non mais si j'ai écrit ces noms on ne me les a pas soufflés", répond Dimitri. "Vous y associez des visages à cette liste ?", interroge le président, décidément tenace, qui se met à énumérer les prénoms donnés sur la liste en attendant que, pour chacun Dimitri fasse un commentaire :

- Jean-Marc ?

- Il pouvait marcher. Il bégayait. Ca l’empêchait pas de monter les étages.

- Il fallait qu'il soit aidé ?

- Je n'en ai pas vraiment le souvenir.

 

Le président interroge ensuite Dimtiri sur David Deplanque, Aurélie Grenon, "le mari de Monique", Thierry Dausque, Francis, Julien, Marc… Toute la liste y passe. Il en arrive à Emeline Delay, et demande si elle aussi a été abusée. "C'est possible mais je ne peux pas poser un nom sur son visage".

 

On revient aussi sur cette histoire remontant à 1999, quand Dimitri a dénoncé des abus qu'il aurait subis, par "un monsieur", dans la cave de leur immeuble. Des faits qui remontaient à 1997. Il avait fini par mettre en cause quelqu'un qui a été placé en garde-à-vue, et l’examen médical (réalisé plus d'un an après les faits) n'avait rien donné. En fait, il s'est avéré que c'est Thierry Delay qui l'avait agressé cette fois, mais ce lundi matin à Rennes, Dimitri ne se rappelait plus de cet épisode. Bien qu'avec ses frères, il ait été l'un des seuls témoins à faire des efforts de mémoire à ce procès.

 

Le président continue son interrogatoire, et passe à Karine Duchochois, que Dimitri pense faire partie des agresseurs ben qu'à l'époque il avait dit que ni elle, ni David Brunet ne l'avaient abusé.

 

On en vient ensuite à la deuxième liste rédigée par Dimitri, dans laquelle il mentionnait Céline L, la fille du couple venu témoigner juste avant. "J'ai fait cette lettre d'après mes souvenirs" explique Dimitri. Il ne se rappelle plus dans quelles circonstances il l'a rédigée, et on ne l'a plus interrogé à ce sujet durant toute la procédure.

 

C'est ensuite la troisième liste de noms de Dimitri, celle-ci rédigée par une assistante sociale, qui arrive sur le tapis. Dans cette liste, Dimitri parle d' "un grand que je conné pas", que les avocats de la défense ont déclaré être Daniel Legrand alors qu'il s'agissait du fils aîné des Marécaux, dont il ne connaissait pas le nom. Le cas Marécaux est donc abordé, et Dimitri rappelle qu'il est allé chez les Marécaux et qu'il a même pu décrire l'intérieur de l'habitation aux policiers. Il ajoute aussi que les Marécaux sont venus chez ses parents.

 

Au sujet de cette liste, Dimitri doit encore préciser que "c'est n'est pas elle qui m'a soufflé les noms".

- Vous parlez de Daniel Legrand et de la Belgique… continue le président.

- L'accusé que je vois ici est bien la personne impliquée dans les faits.

- Pourquoi vous associez Daniel Legrand à la Belgique ?

- Parce que que c'est la deuxième fois où je l'ai vu.

- Mais vous ne parlez que d'une seule fois où vous l'avez vu

- Je réponds à vos questions. Vous me parlez d'une fois, je réponds sur cette fois-là. Les autres qui sont venus ici ont eu plein de trous de mémoire et on n'en a pas fait tout un plat.

 

Puis, Dimitri revient sur la Belgique. Il se rappelle d'un endroit très précis, près d'un parc d'attractions. Il parle d'un chemin après le parc, d'une petite route, d'un virage, du deuxième chemin à droite puis d'un chemin de terre près de forêt avec une ferme isolée.

 

Le président change de sujet, on revient aux déclarations de Dimitri en 2001. Dans une audition où on lui a montré des photos d'adultes, Dimitri n'a pas reconnu Gilbert Delobel, l'employé du sex shop. On en revient à cette histoire de « Dany », était-ce un nom ou un prénom ? "Quand on est petit on ne fait pas la différence entre un prénom et un nom", répond Dimitri.

 

Réentendu en décembre 2001, l'enfant a cité plusieurs noms d'abuseurs : Delplanque, les Marécaux, le couple Lepers, la boulangère, Jean-Marc, Karine, David Legrand, Olivier, Franck lavier, un docteur, et il a aussi cité d'autres enfants.

 

Au sujet du taxi Martel, Dimitri se rappelle qu'un soit il les amenés dans un cimetière, à Saint-Martin, et que son père y a "cassé des tombes" et récolté des ossements pour faire peur aux enfants et aussi les violer avec. A l'époque, il avait parlé de cela aux enquêteurs, et d'ailleurs Thierry Delay avait confirmé cette passion morbide pour les crânes, les os et les cimetières.

 

Le président l'interroge alors sur les faits qui auraient eu lieu chez ses parents. Dimitri se rappelle de scènes d'orgies, où il pouvait y avoir une vingtaine de personnes en plus des enfants. Il précise que "tous les acquittés n'étaient pas là".

 

"Je connais qui m'a agressé mais je ne pense pas que ce sont les seuls. Ce n'était pas une affaire que de région, ça dépassait Outreau. Le réseau n'était pas qu'à Outreau", explique Dimitri. Il revient ensuite sur le bébé enfermé dans un placard, dont il avait déjà parlé à l'époque. "Dans mes souvenirs il se prend des coups.. Il a été mis dans un sac… Je me rappelle d'un trou qu'ils ont creusé près de l'école maternelle", raconte le jeune homme, qui fait visiblement de son mieux pour en dire le plus possible.

 

Puis il explique que c'est Jonathan qui pourrait parler le mieux de la scène qui l'a le plus choqué : le meurtre de la petite fille, auquel il pense avoir été présent. A ce sujet, Dimitri n'a que vaguement des souvenirs : "je vois une grande salle, la salle à manger. Je vois deux personnes dans la pièce, et des enfants. J'ai le souvenir de jouer avec une petite, avec mes frères, dans ma chambre. On faisait une cabane… Il y a une dizaine d'années que ça me suit" (des propos qui ont été confirmés par Badaoui, alors en prison, quand elle a raconté le déroulement de ce meurtre au juge Burgaud, après les aveux de Daniel Legrand).
Dimitri n'a plus de souvenir une fois que la petite fille a quitté la chambre. Il se rappelle juste des cris de la petite et de Thierry Delay.

 

Selon Dimitri, ses parents, les Lavier, Daniel Legrand étaient là au moment où la petite fille était chez ses parents.

 

On en revient à Daniel Legrand : "la première fois que je l'ai vu, il était chez moi avec son père", dit Dimitri.

 

On l'interroge ensuite au sujet des procès d'Outreau et de l'acquittement des gens qu'il avait mis en cause. Mais à ce moment là, il était trop absorbé par ses problèmes et par le choc du procès, des accusations contre lui et les autres enfants, pour se préoccuper de cela.

 

- Quel est votre sentiment ?, demande le président.

- Il serait temps de se remettre en question

- Pourquoi vous n'avez jamais reparlé de Daniel Legrand pendant l'instruction ?

- On a eu une bonne pression, dans le box des accusés, 7 h avec un verre d'eau, on s'est fait insulter, on nous a demandé si on s'était fait violer par des extra terrestres. Il faut pas oublier. Je l'ai très mal vécu. Il y a un minimum de respect à avoir ».

Il continue : "Moi j'ai de la colère, je n'en parle pas, j'essaie de rester le plus respectueux même si on ne m'a pas accordé de respect. Un enfant qui a une telle pression pendant un procès, je vois pas comment il peut s'exprimer autrement. Je sais ce qu'il m'est arrivé". 

 

Dimitri ne va pas bien, comme il l'a rappelé, lui aussi doit prendre "plein de médicaments", et a des nuits "difficiles".

 

Puis le président l'interroge sur sa situation "après". C'est là qu'on découvre le récit d'une inhumanité au quotidien, d'un gamin en souffrance laissé avec toute sa douleur, à gérer seul. Envoyé de foyer pour jeunes difficiles en centre fermé, et si possible à l'étranger.

 

Le jeune homme explique qu'à 12 ans, comme il commençait à trop s'attacher, on l'a enlevé à sa famille d'accueil, là où il avait été placé au début de l'affaire : "Au bout d'un certain nombre d'années, on écarte la famille d'accueil des enfants. Ils m'ont éduqué comme leurs propres enfants, je n'ai jamais vu de différence. Je pense que c'est grâce à eux que j'ai compris. Ils m'ont appris ce que c'est qu'une famille… J'ai pas compris pourquoi à 12 ans on m'a envoyé dans ce foyer". Il a expliqué également qu'il n'a pas pu avoir de suivi psychologique avec sa famille d'accueil car sinon ils perdaient leur agrément.

 

A 12 ans, donc, Dimitri a été placé dans un foyer, envoyé en Belgique par le conseil général du Pas de Calais. C'est un centre pour les jeunes en réinsertion éducative qui lui ouvre ses portes, jusqu'à ses 14 ans. Il passe ensuite deux ans dans un centre éducatif renforcé, toujours en Belgique, avec un des légionnaires à la place des éducs. Ou des éducs légionnaires, amateurs d'exercices de survie nocturnes dans la forêt, ce qui a pas mal traumatisé Dimitri ("des exercices de chasse à l'homme à 23h le soir, on devait se cacher la nuit dans les bois et des gens nous cherchaient... je l'ai mal vécu").

 

Dimitri a fugué plusieurs fois, cherchant à se débrouiller « par lui-même », puis le foyer n'a plus voulu le récupérer. Il est donc envoyé à Boulogne après un passage par un foyer d'urgence.

 

« Après mes 18 ans, je suis resté pas mal de temps à la rue »…

 

Puis le président lui demande comment il ressentait les actes en eux-mêmes. "Il y avait la souffrance mais au moment où ça se passe je pense pas qu'on ait la possibilité de penser à quoi que ce soit", répond le courageux Dimitri, toujours debout à la barre, répondant à ces questions d'une indécence rare.

 

Puis, me Lef Forster, son avocat, demande si tous ces gens qui ont déclaré ne pas connaître Daniel Legrand lui ont soufflé le nom de Daniel Legrand. "Comment ce nom a-t-il pu se retrouver sur la liste de Dimitri ? Comment quelqu'un qui ne connaît pas Daniel Legrand peut-il avoir soufflé le nom de Daniel Legrand ?" interroge l'avocat.

 

Car il est vrai qu'officiellement, personne ne connaissait Daniel Legrand, qui officiellement n'est jamais venu à Outreau, ou seulement pour le foot. Si ce nom se retrouve sur la liste de Dimitri, ce n'est donc pas parce qu'on lui l'a "soufflé".

"Son visage, je le connais. Je sais très bien ce que je connais de cette personne. Je sais qu'il était là, je sais ce qu'il a fait", répond Dimitri.

 

- Comment vous faites le lien entre « Dany legrand » et la Belgique ?, demande encore le président.

- C'est la même personne.

 

Au sujet de Dany, il se trouve que le matin dans la queue avant d'aller au tribunal, un de nos amis voit une vieille dame munie d'un ticket de bus sur lequel était inscrit le nom « Dany » avec deux numéros de téléphone, un fixe et un portable. La dame était au téléphone et demandait « quand est-ce que vous arrivez ? », on entend « on arrive » dans le haut parleur, et devinez qui cette dame a retrouvé dans la salle d'audience quelques minutes plus tard ? La famille de Daniel Legrand. On n'ose imaginer que ce "Dany" soit LE "Daniel Legrand" du procès.

 

Dimitri tente de préciser une période à laquelle remonteraient certains faits concernant Legrand, et il explique se rappeler d'un sac de sport avec la mascotte de la coupe du monde de foot de 1998, Daniel Legrand avait ce sac la première fois où il l'a vu.

 

L'avocat de Dimitri demande s'il peut décrire l'appartement où se déroulaient les faits, et il parle d'une pièce secrète avec plein de cassettes vidéos que la mère de Thierry Delay rangeait. Il a du revenir ensuite le week end, mais "l'ambiance avait changé".

Il explique que dans certaines situations, il visualise Daniel Legrand, "je sais qu'il était là et je l'ai vu abuser d'enfants dont moi et mes frères. Dans mes souvenirs, je l'ai vu plusieurs fois dans plusieurs endroits. Je sais que mon père lui mettait la pression parce que c'était filmé".

 

L'avocat général revient sur les procès d'Outreau, puis lui demande « que pensez-vous des déclarations de votre mère, de votre père, de deux voisins qui sont venus dire que Daniel Legrand n'était pas là ? »

- C'est leur vision.

 

Puis l'avocat général revient avec la même question qu'il a posée à Jonathan, et qui en fait n'est pas du tout une question. Il s'agit de trois propositions foireuses destinées à faire Dimitri qu'il a menti, ou inventé, ou quelque chose comme ça. Ses trois propositions ont fini par "… ou alors vous dites faux mais vous ne mentez pas… Est ce que ça n'est pas inenvisageable que ça se mélange dans votre tête de jeune homme complètement traumatisé".

Même si cela aurait fait très plaisir à l'avocat général qu'il revienne sur ses déclarations, Dimitri a maintenu ce qu'il a toujours dit : "je crois que peu importe ce que je dirai, vous aurez votre avis. Je sais ce que j'ai vécu. Je ne suis pas dans un jeu ici. Je peux comprendre que vous ayez un doute, mais moi je me rappelle de ce que j'ai vécu, et je ne pense pas que vous étiez là. Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit ".

 

Ajoutons que les avocats de la défense n'ont posé qu'une mini question à DImitri, pour aller ensuite se répandre dans les médias. Nous, on pensait qu'ils auraient plus d'éléments à soulever...

4. Georges Huercano-Hildalgo

 

L'audience reprend en début d'après midi, avec le directeur des magazines de RTL TVI, une chaine belge privée. Agé de 53 ans, il a aussi cité par la défense, pour nous expliquer sa magnifique enquête sur l'affaire d'Outreau.

 

Il explique qu'en tant que journaliste Belge, il s'est intéressé à l'affaire d'Outreau dès que "la piste belge" a été éventée, début 2002.

"On a travaillé sur des affaires de réseaux pédophiles dont le réseau Spartacus, j'ai beaucoup travaillé sur l'affaire Dutroux", explique le journaliste qui est originaire de Charleroi, la ville de Dutroux. La piste belge, pour lui, c'était le sex shop à Ostende (il dit qu'il n'y a pas de sex shop à Ostende, mais en fait cette piste n'a été abordée que dans la presse), la fillette belge (mais il n'a trouvé aucune disparition correspondante et il n'y a donc pas de meurtre) et la ferme en Belgique (où il a interrogé les propriétaires qui n'ont rien vu, rien entendu).

 

Le journaliste est donc allé à la rencontre de la famille Legrand. Il dit avoir été surpris : "j'ai rencontré des chefs de réseaux pédophiles, et ils ont des grandes villas, beaucoup d'argent. Je ne trouvais pas de trace d'argent chez les Legrand", qui, dit-il, n'avaient même plus de domicile ni d'abonnement téléphonique à l'époque. Il a même trouvé les fiches de paie du père Legrand, avec ses heures de pointage notées dessus, preuve selon lui que ses horaires étaient parfaitement réguliers et que les déclarations de Badaoui ne collaient pas.


Georges Huercano Hidalgo a ensuite rencontré Jean-Marc Couvelard, l'handicapé "incapable de marcher tout seul" qui a été accusé par plusieurs enfants, puis d'autres futurs acquittés, avant le procès en appel. "Les accusations nous paraissaient de plus en plus invraisemblables. Par exemple Franck Lavier a été accusé de viols sur un bébé qui n'était pas encore né".

 

Il revient sur les accusations de Dimitri suite à une agression dans la cave de l'immeuble en 1997, pour laquelle il avait d'abord accusé un voisin. "Il est apparu que ces accusations étaient fausses. L'expertise de Dimitri n'a montré aucune trace de sévice", dit le grand journaliste. Sauf que Dimitri n'a juste pas dénoncé le vrai coupable, pour épargner son père. Et l'expertise n'ayant été réalisée qu'en 1999, elle ne pouvait trouver aucune trace de sévice.

 

C'est là que Huercano Hidalgo a eu l'idée d'une erreur de nom sur les Daniel Legrand. C'est même Roselyne Godard qui lui met la puce à l'oreille en parlant du fameux "Dany" Camporini, qui était "grand" et a vécu dans le quartier, un nom qui se trouvait dans le cahier de la boulangère, où elle notait les gens qui lui devaient de l'argent (et il y en avait beaucoup, puisqu'elle a accumulé des dizaines de milliers de francs de déficit).

 

Le journaliste parvient même à nous expliquer les aveux de Daniel Legrand sur sa présence lors du meurtre de la fillette belge (ce que même Daniel Legrand ne parvient pas à faire clairement). Il dit qu'après que la lettre de Legrand ait été diffusée, "les enfants Delay livrent six versions différentes de ce meurtre", ce qui n'est pas le cas d'après le dossier, en tout cas.

 

Le témoin fait aussi un parallèle entre les affaire Dutroux et d'Outreau, car "dans les deux cas il y a eu des écrans de fumée : les réseaux de pédophilie". Selon lui, dans le cas de l'affaire Dutroux, la mise en avant de ces réseaux aurait permis de "masquer les erreurs de la gendarmerie", et à Outreau ce sont les erreurs des services sociaux qu'il a été question de masquer, car ils ont mis du temps à réagir et auraient donc poussé dans le sens de la thèse du réseau.

 

Nous on trouve que c'est de la théorie du complot, mais passons.

 

Manifestement, Georges Huercano Hidalgo est intervenu en tant que pourfendeur de la piste du réseau, tellement certain que l'affaire Dutroux s'était dégonflée, et que l'affaire d'Outreau allait faire de même.

 

Il répète que les assistantes maternelles ont pu « s'influencer les unes les autres ».

Le journaliste a aussi suivi la fausse piste de cette inscription de Dimitri, désignant l'un de ses agresseurs, "un grand que je conné pas". Une fausse piste, puisqu'il est évident que ce terme désigne un enfant dont il parlait.

 

"Nous avons fait notre travail de journaliste, nous ne sommes pas auteurs de justice. Notre rôle n'est pas d'influencer l'enquête de justice", dit le cadre de RTL.

 

Me Reviron, l'avocat de Jonathan, le questionne alors. Il souligne : "Vous vous honorez d'avoir fait tomber la piste des notables dans l'affaire Dutroux", et continue, précisant qu'il a rencontré la famille de Daniel Legrand, qu'en mars 2002 il sort un documentaire et juste après il arrive sur l'affaire Dutroux, avec un reportage intitulé "Mirages à Boulogne", et peu avant le procès de Paris. Il récidive avec un livre intitulé "Contre enquête à Outreau : sexe, mensonges et vérité"

 

En octobre 2005 il sort un documentaire sur France 3 intitulé « le destin brisé des Legrand ». Me Reviron ajoute : "vous avez joué un rôle, vous avez communiqué des informations importantes pour Daniel Legrand", faisant référence à la piste du Dany Camporini qui a justifié un supplément d'information et a entraîné que l'on décale l'ouverture du procès.

 

Me Reviron continue , reprenant le livre du témoin, lui disant qu'il parle d'un juge "inexpérimenté", d'une "simple affaire d'inceste", d' "hystérie", de "procureur amorphe", de "cour d'appel en léthargie qui croyait avoir trouvé une affaire de réseau pédophile", d'un "magistrat qui extorque des aveux aux trois suspects"…

 

On discute un peu sur la notion d'"aveux extorqués", et Me Reviron finit par qualifier le livre de "pamphlet". En outre, le journaliste a cité les noms des mineurs, ce qui est interdit, et aussi des adultes, "même ceux qui n'ont pas été mis en cause". Dans son livre, il qualifie même Jonathan de "menteur" et d' "affabulateur".

 

"Il y a tellement de fausses accusations de la part des enfants, qui ont été influencées par leur mère et par leurs assistantes maternelles", lâche Huercano Hidalgo.

Effectivement, p. 93, il avait écrit : "les assistantes maternelles des fils Delay se concertent. Sur demande, Dimitri rédige une liste". C'est faux, Dimitri a dit ces noms spontanément.


Plus loin, Huercano Hidalgo écrit : " 'un grand que je conné pas' devient Dany Legrand".

 

Le président tente de couper l'avocat, mais celui-ci insiste sur le fait que "c'est cette interprétation qui a eu une influence sur le procès en appel".

 

Il en vient aux aveux de Daniel Legrand. "Il dit la vérité et le magistrat ne l'a même pas écouté", lit Me Reviron. Et selon le journaliste, Daniel Legrand a avoué pour sortir de prison. On lui demande d'où il tient ses informations, et c'est … Daniel Legrand. Oui, la source du journaliste au sujet des aveux de Legrand est Legrand lui-même. Il y a aussi la sœur de François Mourmand.

 

Puis, le président dit qu'il ne veut plus qu'on pose de questions sur l'enquête de ce journaliste et ses interprétations, car cela "ne fait pas avancer le débat qui nous intéresse". Certes, mais il a été invité à témoigner, et le défilé des acquittés qui ne connaissaient pas Daniel Legrand n'a rien apporté aux débats non plus.

 

On évoque ensuit une autre affaire d'Outreau, qui est l'affaire Danger /vandevelde, ces trois couples de frères et sœurs mariés les uns aux autres, et qui ont été condamnés dans un procès séparé du reste, bien que des enfants Danger aient témoigné dans l'autre affaire d'Outreau et que Myriam Badaoui ait dénoncé l'une des femmes, mais celle-ci dit que c'était au hasard. Les Danger /Vandevelde disent qu'il ont été accusés à tort dans l'affaire Badaoui.

 

Me Reviron demande ensuite au journaliste pourquoi il a été voir la famille de Legrand après que Daniel Legrand ait fait ses aveux. Il répond qu'il a voulu comprendre pourquoi Legrand avait avoué toutes ces choses.


Puis c'est à l'avocat général, qui félicite le journaliste : « vous avez fait un gros travail sur cette affaire et lui demande comment il a trouvé la piste du Dany Camporini. C'est un témoin anonyme qui lui a donné la photo de celui-ci et le journaliste a fait le tour de l'immeuble avec.

 

 

5. Marc Melen

 

Ce citoyen belge, "docteur en psychologie", est venu nous faire un résumé des tendances de la recherche en psychologie expérimentale sur les témoignages oculaire, et aussi sur "l'étude de la mémoire".

 

Vaste programme en perspective, qui va s'avérer particulièrement soporifique tant nous étions loin des débats qui nous intéressaient.

 

D'emblée, le spécialiste nous explique que "les enfants apportent des témoignages moins fiables que les adultes". A ce moment, on a envie de lui demander si, à son avis, un enfant reconnu victime de viols de la part de ses parents apporte un témoignage "moins fiable" que celui de ses parents, pédocriminels condamnés.

 

Il sera donc question de la fiabilité des témoignages des enfants, qui sont de plus en plus pris pour des menteurs a priori. Ce lundi, on était en plein dedans. "Les enfants, même jeunes, ne sont pas des moins moins fiables", continue Marc Melen, "mais il faut nuancer en tenant compte des circonstances précises". Il faut donc rechercher les « influences » éventuelles sur le discours de l'enfant.
 

Rappelons qu'à Rennes, on ne parle pas de choses anodines comme un vol de bicyclette, éminemment moins traumatisant que des viols répétés commis en réunion. Et un enfant qui désigne avec constance des personnes bien précises devrait être pris un peu plus au sérieux qu'en recherchant toutes les "influences" éventuelles, histoire de dénaturer voir effacer ce que dénonce l'enfant. Parce qu'on trouvera des influences là où il n'y en a pas, c'est une évidence, surtout avec des psychologues aux raisonnements abscons.

 

Et alors, combien de victimes ne seront pas repérées parce qu'il y aurait peut-être une "influence" quelque part ? Peut-on sérieusement prendre ce risque ? C'est pourtant bien ce qu'il se passe, tous les jours, dans les tribunaux français. Et en général, l' "influence", c'est le parent protecteur.

 

"La fiabilité du témoignage dépens de la manière dont le témoignage est recueilli", dit Melen, qui enfonce une porte grande ouverte, mais va progressivement dériver.

 

On est d'accord avec lui quand il dit qu'il faut "des enquêteurs formés", mais on sent l'embrouille quand il dit que s'il y a plusieurs auditions l'enfant évolue dans son discours. Et bingo : le spécialiste enchaîne en nous donnant les grandes principes de ce qui, selon lui, est une bonne audition. Il énumère 10 principes dont les plus dangereux sont :

 

> "idéalement, selon la recherche" (il dit toujours "la recherche" mais ne précise que rarement par qui elles ont été réalisées), "l'audition doit être la plus courte possible".

> Le récit doit être libre (ne pas poser de questions à l'enfant)

> "Ne pas prendre de déclarations nouvelles et s'en tenir à ce qui a été dit auparavant", car comme il l'explique ensuite "il y a un grand risque qu'un enfant qui complète son témoignage ait subi des influences".

 

Nous tenons à répondre à cela. Après avoir discuté avec un gendarme responsable de la formation de ses confrères aux méthodes d'audition des enfants victimes, il est apparu clairement que :

> La plupart des enfants ne parlent pas tout de suite, et pas toujours dès la première auditions

> En 20 minutes d'audition, ce gendarme (formateur à l'échelon régional) certifiait que la plupart des enfants, mêmes victimes, ne disent rien

> Même en respectant scrupuleusement le protocole d'audition, ces témoignages ne sont pas pris au sérieux devant les tribunaux

 

Toutefois, selon le Dr Melen, les chercheurs sont d'accord là-dessus. Nous serions curieux de voir dans quel domaine ces chercheurs travaillent, mais ce n'est probablement pas la victimologie.

 

Melen explique qu'il étudie la question des faux souvenirs depuis 30 ans, mais admet qu'il n'a presque rien publié sur le sujet. Il en a conclu que "plus un enfant est jeune, plus il est suggestible".

 

Il nous parle ensuite d'obscures expériences censées prouver que les enfants sont suggestibles, mais qui n'ont aucune chargé émotionnelle pour les cobayes et ne peuvent donc pas être transposées au cas des abus sexuels.

 

D'un coup, les journalistes commencent à prendre frénétiquement des notes.

 

Sa conclusion, c'est que les enfants mentent plus que les adultes, et qu'ils peuvent même "être amenés à croire qu'ils ont été violés par des extra terrestres", comme il l'a dit.

 

Selon, il n'y a aucun moyen d'être sûr qu'un enfant dit la vérité.

 

Puis, Melen disserte sur les différents types de mensonges. "Dès l'âge de 2 ans les enfants peuvent mentir sur tel ou tel événement s'ils apprécient une personne", commence-t-il, avant de préciser que les "vrais mensonges" n'arrivent qu'après l'âge de 10 ou 12 ans.

Puis il explique qu'il est "impossible de définir un mensonge", et là on commence à avoir sérieusement mal à la tête.

 

Puis le président lui demande si des victimes peuvent être traumatisées par le statut de menteur qu'on leur a donné, mais au lieu d'examiner la questions des fausses rétractations (sur lesquelles la recherche est bizarrement très lacunaire), on revient encore sur la capacité des enfants à mentir.

 

Le club des 6 nous fait un mini scandale quand un avocat des enfants Delay demande à Merc Melen quelles sont ses sources.

Le spécialiste finit par concéder malgré ces longues minutes de monologue, que "on ne peut pas déterminer de manière absolument certains qu'il y a de faux souvenirs". Heureusement pour nous, le président, pressé car de nombreux autres témoins attendent, demande de hâter les débats.


Me Guérin, avocate de l'association Enfance Majuscule, l'interroge ensuite sur la mémoire traumatique, et selon melen "n'importe quel souvenir peut être reconstruit les flashs ne sont pas moins altérables que les autres souvenirs". Puis l'avocate lui demande s'il a déjà entendu beaucoup d'enfants lui dire qu'ils ont été violés par plusieurs personnes, ce qui n'était pas le cas.

Le psy admet qu'il n'y a pas d'étude expérimentale qui permette de comprendre les réactions des enfants.

 

Me Reviron lui demande si "les faux souvenirs pour les adultes, ça existe aussi ?" et s'il a travaillé sur le sujet, ce qui n'est pas le cas. Le psy admet quand-même que si on traite une enfant de menteur cela peut l'influencer.

 

Selon lui, aucun teste ne permet de valider la parole des enfants.

 

Finalement, on a juste perdu plus d'une heure avec des théories issues d'un lobby pédophile américain. Et qui n'ont rien à voir avec notre débat.

 

 

6 David Brunet

 

C'est l'ex de Karine Duchochois , le père de leur enfant qui avait dit à l'époque que son pape lui avait mis son zizi dans la bouche. En janvier 2001, il a donc été placé en garde-à-vue pour ces faits.

"J'ai de la colère et de la haine pour ce qu'on m'a fait" dit-il.

Il est relâché puis à nouveau arrêté le 7 mai 2002, pour des attouchements : "j'ai jamais compris pourquoi on m'a accusé d'une telle chose"

 

Il fréquentait les Delay, de "simples voisins", et ensemble ils jouaient "au nain jaune" pendant que tous les enfants étaient au lit. Il n'a jamais rien vu de suspect chez les Delay, et a "fait en sorte d'oublier" toute cette affaire, donc il ne se rappelle plus de grand-chose.

Il explique qu'il a eu du mal à récupérer son fils.

 

Le président demande alors à Jonathan, qui est là, de se lever et de dire si Brunet faisait partie des agresseurs, ce à quoi il refuse de répondre.

 

Pour terminer, brunet demande aux enfants Delay "d'oublier tout ça".

 

7. Sandrine Lavier

 

Elle ce connaissait pas "du tout" Daniel Legrand. A l'époque, les Lavier vivaient au 3 étage, les Delay au 4e. "Pour moi, c'était des voisins tout à fait normaux sinon je l'aurais signalé. M Delay était violent, les gosses s’enfuyaient. M Delay était porté sur le sexe. Il y avait des cassettes pornos dans une vitrine dans le salon"…

Mme Lavier explique que parfois Badaoui envoyait ses enfants pour demander l'argent.

 

Me Monneris, avocat de Chérif, demande si A. leur seconde fille, reconnue victime à Paris, leur a parlé de quelque chose.

Selon Sandrine Lavier, "c'est pas possible qu'elle soit victime, elle était toujours avec moi" et n'allait jamais seule chez les Delay, ce qui ne correspond pas aux propos de la fillette devant les enquêteurs.

 

Puis Me Berton, qui a défendu les Lavier en 2012 quand ils ont été condamnés pour maltraitances habituelles sur leurs deux plus jeunes enfants, interroge alors le témoin. A. est née en 1996, est donc reconnue victime, commence-t-il, et Sandrine Lavier se met à pleurer. Berton rappelle que Thierry Delay a dit qu'il n'y a pas d'autre victime que les enfants Delay étaient les seules victimes (mais il a aussi dit que son fils Dimitri n'avait pas menti).

 

8. Yves Jannier

 

Il a été avocat général lors du procès de Paris. Il avait demandé que le procès soit décaler afin de vérifier la piste "Dany Camporini", dont s'est brusquement souvenue Roselyne Godard.

 

Les avocats des parties civiles ont souligné que c'était "du jamais vu" que de faire venir un avocat général en tant que témoin à un procès.

 

Il explique sa vision de la procédure : "Ce qui m'a frappé c'est qu'il n'y avait pas d'élément matériel à charge. Dans mon souvenir, aucun des enfants n'a reconnu Daniel Legrand fils" . Sauf qu'il était déjà passé à la télé, et qu'ils auraient pu le reconnaître sans problème. Comme cela a été expliqué à ce procès de Rennes, les enfants n'étaient pas dans les dispositions pour reconnaître les coupables.

 

Le magistrat témoin évoque ensuite les recherches de Daniel Legrand en Belgique, le meurtre dont Legrand s'est accusé, rappelle qu'il a été condamné en première instance à 3 ans de prison pour des agressions sexuelles commises sur Dimitri et Jonathan, mais selon lui, Daniel legrand fils "n'avait rien à faire là".

 

Il estime que ses aveux "étaient surréalistes", et il a trouvé qu'il n'y avait "rien dans le dossier".

 

Me Reviron, avocat de Jonathan, lui demande s'il n'a pas été étonné qu'une commission d'enquête parlementaire se penche sur l'affaire d'Outreau alors qu'elle n'était pas terminée, ce qui est illégal. D'ailleurs, il est amusant de noter que cette commission censée réfléchir sur les dysfonctionnements de la justice se soit tenue de manière illégale.

 

M Jannier ne se rappelait pas non plus avoir demandé à un des enfants s'il avait été violé par un extra terrestre.

Me Reviron lui demande aussi ce qu'il a pensé de l'intervention de Yves Bot, mais il refuse de donner son avis à ce sujet.

 

L'avocat de Jonathan lui fait ensuite remarquer qu'il avait déclaré que Jean-Marc Couvelard était incapable de monter les escaliers, pourtant sa chambre se trouvait au premier étage de la maison familiale, et il a pu monter les trois étages pour se rendre au commissariat.

 

Me Reviron précise que le 27 août 2001, Badaoui a parlé de Daniel Legrand père et fils, reconnaissant le premier sur photo. Et le 23 août Burgaud a été mis au courant de l'existence d'une fiche impliquant Daniel Legrand fils pour des chèques volés à Mouscron, en Belgique. Lui dit qu'il a un père du même nom. Ce n'est donc pas de Badaoui que tout est parti, mais à cela Yves Jannier n'a pas d'explication.

 

Me Reviron lui parle alors de tous les détails communs donnés par Badaoui et Legrand au sujet du meurtre de la fillette belge, mais pour Yves Jannier "c'est peut-être l'avocat qui lui a donné les noms", alors qu'il ne savait pas que cette confrontation allait avoir lieu, comme l'a rappelé l'avocat. Et si l'avocat n'est pas présent, c'est le juge qui a soufflé.


Me Lef Forster demande, lui, comment Myriam Badaoui a pu sortir de nulle part le nom de Daniel Legrand, si elle ne le connaissait pas.

 

AU final, Yves Jannier a "cherché à démontrer l'innocence des personnes renvoyées aux assises. J'ai démontré qu'il avait pas de charges qu'on pouvait retenir contre eux".

 

Me Monneris, avocat de Chérif, demande alors si Yves Jannier a trouvé que l'audition des enfants s'est passée normalement, mais le magistrat refuse de répondre. Selon lui cependant, "les débats se sont déroulés de la façon la plus complète et la plus apaisée possible", ce qui est loin d'être l'avis des enfants.

 

Vient alors Me Berton, avocat de Daniel Legrand, qui lui demande s'il est "un magistrat partisan", et déclare qu'Yves Jannier n'a jamais demandé à un enfant s'il était violé par un extra terrestre. Il a joute que els avocats étaient présents et qu'ils auraient réagi si cela avit été le cas.

 

Yves Jannier considère aussi que que les faits reprochés à Legrand sont "globalement la même enveloppe de faits" que lors des procès où il était jugé pour des faits qu'il n'a donc pas commis (il a été acquitté) quand il était majeur.

Enfin, selon Yves Jannier, "les éléments à charge ont disparu au fil de la procédure".

 

9. Karine Duchochois

 

"Je trouve que ce procès ne devrait pas avoir lieu", dit-elle d'emblée, "J'ai été pris dans cette affaire par malchance : j'étais voisine de Myriam Badaoui"

 

Elle dit qu'elle a été arrêtée "deux ans après avoir quitté Outreau".

 

"Pour moi l'affaire Outreau c'est un jeu maléfique entre Myriam Badaoui et le juge Burgaud", explique-t-elle, tentant d'enfoncer encore le clou qsur le juge, elle qui n'a jamais fait de prison dans cette affaire. "Aurélie Grenon a été remise en liberté parce qu'elle a avoué, et Myriam Badaoui a cru qu'elle pourrait faire la même chose", et elle pense avoir été balancée par Grenon suite à une dispute entre elles, parce que Grenon aurait dragué son copain, David Brunet.

 

Puis elle revient sur le juge Burgaud : "c'est M Burgaud qui a donné des noms lui-même de personnes qui n'étaient pas citées par Myriam Badaoui", ce qui est une accusation aussi grave que fausse, d'après ce qui a été dit par le greffier du juge. Elle qualifie Burgaud de "complètement fermé", qui "n'écoutait pas". Elle estime qu'elle aurait pu être remise en liberté (elle n'a pas fait de préventive) dès la confrontation avec Badaoui car celle-ci a donné des dates pour les faits qui ne collaient pas, selon elle : "à ces dates je n'habitais plus à la tour du Renard". Selon Duchochoix, le juge Burgaud a refusé de faire acter les dates données par Badaoui. En outre, David Delplanque avait déclaré lors de cette confrontation qu'elle n'était pas là lors des viols.

 

Mais Duchochois explique qu'à ce moment, le juge Burgaud a "tapé du poing sur la table" et "crié" à Delplanque "si vous mentez vous allez prendre 10 ans de plus".

 

Puis elle tente un peu de compassion envers le victimes : "je comprends ces enfants. Ils ont un peu de mal avec le fait qu'on dise que c'est des menteurs. Mais ils ont menti, il faut qu'ils l'admettent (…) Daniel Legrand, ils ne l'ont jamais accusé à l'époque. Moi, je pense qu'il y a autre chose"

 

Sous-entendu : ils ont été manipulés.

 

Interrogée par les avocats de la défense, Karine Duchochois explique qu'elle consommait du cannabis, qu'elle achetait dans l'immeuble.

 

Selon elle, il n'y avait pas beaucoup de passage chez les Delay. C'est d'ailleurs la version qui a été donnée par Dominique Wiel, également voisin, mais pas par le couple Grenon Delplanque.

 

Elle explique qu'elle n'a "jamais vu Daniel Legrand à la tour du Renard", contrairement, donc, à Pierre Martel qui l'a formellement reconnu (avant de se rétracter).

 

Manifestement perturbée par les questions des avocats de la défense, le témoin s'emporte et se met même à crier et à couper la parole aux avocats, voulant expliquer à la cour comment, selon elle, "Dany legrand" est arrivé dans le dossier. Car elle insiste pour dire que "sur la liste [de Dimitri, rédigée par Mme Bernard] il n'y a jamais eu de Daniel Legrand"

 

Elle nie qu'il y avait un point de vente de drogue dans l'immeuble, alors que plusieurs personnes, dont Dany Camporini et son ex, ont parlé.

 

Elle se plaint même, en pleurant, que son fils est « détruit » à cause de cette affaire, parce qu'il a été placé quand tout a éclaté. C'est un mensonge : son fils lui a été retiré quand elle a eu des problèmes avec la justice pour des histoires de stupéfiants, juste avant que l'affaire d'Outreau ne démarre.

 

10. Thierry Dausque

 

Lui non plus ne connaît pas Daniel Legrand. Il ne connaissait pas les enfants Delay.

 

"Je n'ai jamais fait toutes ces monstruosités-là", dit-il.

 

Il ne serait allé que "deux, trois fois" chez les Delay, n'a rien vu de bizarre, à part que Delay était violent avec Badaoui. Depuis 1998, il n'habitait plus dans le quartier.

 

Encore une audition qui a juste servi à nous faire perdre du temps car on n'a toujours pas parlé de Daniel Legrand.

 

11. Franck Lavier

 

Lui non plus ne connaissait pas Daniel Legrand.

Lors d'une audition, il avait dit "moi j'ai rien fait mais j'ai regardé", et il avait décrit une scène de partouze entre adultes, et une scène où il aurait vu Delay qui venait de violer un des fils avec un camion de pompiers.

 

Il dit qu'il a inventé : "j'ai dit ça parce que je voulais sauver ma femme et mes gosses (…) il fallait bien que je dise des trucs", dit le grand type dégarni, calme, habitué à répéter sa petite chanson.

On lui lit ses déclarations, et il explique : "j'ai inventé et j'ai du rendre ça crédible pour sauver ma femme et mes enfants". Un héros, quoi.

De faux aveux répétés deux fois au juge Burgaud.

 

On lui fait remarquer que les déclarations de Badaoui, Grenon et Delplanque à son sujet sont concordantes, on rappelle qu'il a quand-même pris six ans à Saint-Omer, et a fait 36 mois de prison au total.

 

"Tous les jours quand je me couche je repense à l'affaire", dit-il.

On lui parle de la fille aînée de Sandrine Lavier, qu'on va a appeler ici Aurélie. Elle avait décrit des coups donnés par Lavier, des punitions, des heures durant, des faits très proches de ceux pour lesquels le couple Lavier a été condamné en 2012 pour "maltraitances habituelles" sur leurs deux plus jeunes enfants. A ce procès, une vidéo de corruption de mineurs a été diffusée, mais plusieurs vidéos de ce type avaient été retrouvées dans l'ordinateur familial.

 

D'ailleurs, me Reviron avait demandé que ce dossier soit joint à l'affaire mais cela a été refusé.

 

Le 28 janvier 2002, Aurélie avait écrit : "il avait laissé la culotte pleine de pisse à [sa sœur]. Le matin il lui a mis une claque". Il s'agit bien des méthodes éducatives de lavier, qui va même s'en vanter devant le tribunal. Mais là, il dit qu'Aurélie a menti.

 

On évoque A., la sœur d'Aurélie, qui a été reconnue comme victime à Paris, et à cela Lavier répond : "elle est pas victime". Lui et Sandrine Lavier sont donc en train de nier le statut de victime de leur fille, qu'ils disent n'avoir jamais revue, ce qui peut se comprendre vu le déni dans lequel est enfermé ce couple, ne serait-ce qu'au niveau des maltraitances.

A a été placée suite à l'affaire. "On a essayé de faire des visites", explique le témoin, mais cela n'a pas marché.

 

Me Guréin, avocate d'Enfance Majuscule, intervient : "Vous avez dit que vos enfants sont perturbés et que vous avez du les faire rentrer dans le rang". La réponse de Lavier vaut des points : " entre ça et une thérapie qui dure 20 ans..." il a choisi la méthode forte. Et il en est fier, bien qu'il ait été condamné pour cela en 2012.

 

Puis Me Berton ressort une lettre d'insultes écrite par lavier à badaoui, dans laquelle il la critique pour avoir violé ses enfants. Là encore, cela n'apporte rien à l'affaire concernant Legrand.

 

"Maintenant je suis un père normal" dit Lavier.

Mardi 2 juin

1. Daniel Legrand

 

Ce mardi matin, après la mini conférence de presse des avocats de la défense, la matinée a démarré avec l'audition de Daniel Legrand, qui devait cette répondre aux questions des avocats.

 

C'est Me Reviron qui commence, et l'interroge sur sa garde à vue, où il dit qu'on lui a "mis la pression", alors que le policier Bollard, qui a témoigné quelques jours plus tôt a bien expliqué qu'il avait eu beaucoup de sympathie pour ce jeune type.

 

Legrand dit quand-même qu'on lui a mis une giffle parce qu'il donnait des coups de pied à la porte de sa cellule.

 

Me Reviron lui demande si ses auditions "étaient conformes" à ce qu'il avait dit, mais il ne se rappelle plus trop. On évoque ensuite la confrontation avec Pierre Martel, le chauffeur de taxi qui l'a reconnu et dit qu'il l'avait déjà pris à la Tour du Renard, avec Badaoui ou peut-être Monique F.

 

Legrand explique que Martel "croyait" l'avoir vu, ce qui n'est pas vrai: il l'a formellement identifié lors d'une confrontation, avant de se rétracter. Me Reviron rappelle que Martel était sûr de lui, qu'il a l'a pris moins de trois fois, "toujours avec des gens de la tour du Renard".

 

Or, Legrand avait dit qu'il n'allait jamais à Outreau. Lors de son audition chez le juge, durant sa garde-à-vue, il dit qu'il est innocent et il est mis en examen.

 

On le questionne sur son audition devant la chambre d'instuction, mais il ne se rappelle plus. Daniel Legrand, en effet, ne se rappele plus de grand chose.

 

Le 17 décembre a eu lieu une confrontation avec Badaoui, Grenon, et Delplanque, et Legrand dit que celle-ci s'est passée "normalement". Badaoui a fait pas mal de déclarations, mais Legrand a nié.

 

Puis, Legrand veut parler et le juge le voit en urgence. "J'avais pas l'impression que mon avocat faisait quelque chose, j'ai commencé à dire n'importe quoi". A ce moment, Daniel Legrand est donc au courant de ce qu'ont dit Badaoui et le juge, c'est tout.

 

Il explique qu'il a aussi lu le journal Détective, qui a parlé de l'affaire, et disait qu'il était impliqué. "Je comprenais rien, 'jai essayé de m'informer de quoi qu'on m'accusait et quoi on accusait mon père", a-t-il dit.

 

Legrand a expliqué dans son livre qu'il avait appris par coeur l'article de Détective pour inventer toute l'histoire du meurtre.

 

Me Reviron souligne que "beaucoup de choses sont fausses dans cet article":

> On parle d'un sex shop à Ostende, or il n'en a pas été question, du moins pour la justice.

> On dit qu'on a retrouvé des cassettes vidéos "abominables", ce qui n'est pas le cas: on n'a retrouvé aucune de ces cassettes, bien que plusieurs adultes et enfants aient parlé de films tournés lors des "orgies".

> On dit aussi que c'est à cause de ces cassettes que Grenon et Badaoui ont avoué, ce qui n'était pas le cas.

 

Me Reviron demande aussi à Legrand si un codétenu lui a conseillé de faire des aveux. L'accusé explique: "j'étais perdu et j'ai demandé conseil aux autres détenus". L'avocat souligne alors qu'il est étonnant d'avoue faussement un viol quand on est détenu, alors que les pointeurs sont très mal vus en prison.

 

On en arrive alors à l'affaire de la petite fille tuée, dont Legrand a été le premier à parler.

 

Il a écrit une lettre à France 3 et au juge Burgaud, qui l'a reçue le jour où France 3 en a parlé. Il est donc convoqué chez le juge Burgaud. "J'improvise, j'invente, j'ai donné des détails imaginaires", explique Legrand qui, en effet, a donné moult détails.

 

Il a cité Myriam Badaoui, David Delplanque, puis dit qu'il est d'accord pour reconnaître les autres sur photo, ainsi que les enfants victimes.

 

Mais ensuite, Legrand a dit qu'il a accusé des innocents. "Le juge me présentait des photos et me demandait si la personne avait fait quelque chose", et il a donc inventé des histoires. Ceci, alors qu'il avait dit le vendredi précédent qu'il savait très bien que ça ne le ferait pas sortir de prison.


Il explique qu'il était "écoeuré" qu'Aurélie Grenon soit sortie de prison malgré ce qu'elle avait avoué, et qu'il voulait qu'elle y retourne.

 

Contrairement à ce que disait l'article de Détective, Legrand a dit que personne ne lui avait parlé de cassettes vidéos. Il ne l'a donc pas tellement appris par coeur, cet article.

 

Là, les avocats de la défense font un mini scandale, et ils tentent de faire cesser les questions au sujet de ses aveux. "Je sais plus je suis perdu", dit encore Daniel Legrand, qui perd vite la mémoire quand on lui demande des choses un peu plus précises que "j'ai inventé".

 

Puis il tente d'expliquer: "J'ai surement du avoir des informations", pour justifier d'avoir donné des détails si précis.

Il dit qu'il a "inventé" pour toutes les personnes qu'il a désignées comme agresseurs, notamment Jean-Marc l'handicapé dont il précise, comme l'ont dit plusieurs enfants, qu'il était "agressif et violent", ou Sandrine Lavier dont il a dit qu'elle venait avec deux filles: "j'ai du en entendre parler pendant l'instruction (...) J'ai inventé", répond Legrand. Les deux filles qu'il identifie comme venant avec Sandrine Lavier étaient bien ses filles, et elles ont été reconnues victimes. Encore une fois, en plus d'être un menteur,Daniel Legrand serait extralucide pour deviner ce genre de choses.

 

Il "ne sait plus" comment il a fait pour tomber juste sur les trois.

 

A ce stade de l'audience, beaucoup d'entre nous sont interloqués par une des assesseuses, qui fait partie du jury et est censée rester neutre, qui affiche un large sourire narquoi et passe son temps à chercher du regard les avocats de la défense.

 

"Quand j'ai menti, j'essayais de bien mentir", dit Daniel Legrand, et il est clair qu'il donne pas mal de précisions sur les gens qu'il met en cause.

 

Il donne aussi plus de 50 lignes de détails sur le meurtre de la petite fille, qu'il donne spontanément.


Dans cette audition au sujet de la petite fille, il parle de "thierry et Myriam" qui revenaient de Belgique, de cette fillette amenée chez eux par "un vieux moniseur", grand, un peu dégarni, sans barbe ni moustache, d'une fillette brune de 5 ou 6 ans, habillée d'un pyjama bleu ciel, avec une culotte blanche.
 

Legrand a précisé que la petite fille a saigné quand le vieux monsieur l'a pénétrée, que des amis de Thierry Delay étaient présents, ainsi que des enfants, que Thierry Delay et le monsieur sont arrivés dans un break immatriculé en Belgique. Le vieux aussi a violé le petite pendant que Delay filmait, la petite hurlait, Delay l'a frappée. Elle a signé de la tête puis est elle est morte.

 

Ensuite, Delay s'est énervé sur tout le monde et sur le vieux monsieur aussi, il a menacé et dit de ne rien dire, a débobiné la cassette et fait disparaitre le corps, enveloppé dans un "truc rouge". Il situe ce meurtre fin 1999.

 

"Je ne dors plus à ma conscience tranquille", avait dit Daniel Legrand.

 

Le même jour, Myriam Badaoui, à qui on a seulement lu une lettre succincte dans laquelle Legrand a évoqué le meurtre, se met à parler à son tour.

 

Elle confirme que c'est la vérité et dit que s'il n'avait rien dit, elle ne parlerait pas non plus. Elle a dit qu'un monsieur belge et Thierry Delay ont ramené une petite fille, qu'elle décrit brune, bronzée, avec un jogging bleu, des chaussures rouges?


Elle dit que la petite a joué avec ses fils dans une chambre, avant le viol et le meurtre, ce qui a été confirmé par Jonathan qui ne pouvait pas savoir ce qu'avait dit sa mère.

 

Badaoui aussi raconte que Thierry a violé la petite, qu'il l'a frappée parce qu'elle résistait, qu'elle a été violée par Delay et le type belge, qu'elle saignait au niveau du sexe, que Delay lui a donné des coups de pied, qu'il a menacé tout le monde. Badaoui précise que la fillette crachait du sang par le nez et par la bouche. Badaoui dit qu'elle a voulu appeler le Dr Leclercq mais Delay a refusé, puis que l'enfant a été emballée dans un drap rose, et que Delay, le belge et un troisième homme sont allés l'enterrer plus loin.

 

Badaoui situe elle aussi fait en 1999.

 

On demande à Legrand pourquoi il y a autant de détails similaires dans entre ses déclarations et celles de Badaoui, et Legrand nous explique: "Il ont du lui donner ma déposition c'est sûr car c'est une invention".

 

"Je voulais enfoncer Myriam Badaoui". Legrand est donc un étrange stratège, à avouer avoir lui-même commis des viols pour enfoncer Aurélie Grenon, et sa présence lors du meurtre d'une fillette pour enfoncer Myriam Badaoui. 

 

Me Revrion lui fait remarquer que s'il a avoué pour prouver que Badaoui mentait, c'était inutile car quelle que soit la réaction de Badaoui, cela ne prouvait rien.

 

Legrand maintient qu'on a du lire ses déclarations à Badaoui. Mais cela ne colle pas du tout avec ce qu'a dit le greffier du juge Burgaud, ni le juge Burgaud qu'on voit mal créer des éléments de preuve de toute pièces, pour étoffer un dossier déjà bien épais.

 

C'est alors qu'Hubert Delarue se met à crier que Legrand n'a pas été mis en examen pour le meurtre, puis tous les avocats de la défense se mettent à parler en même temps. Soudain, ils veulent rester dans le cadre du débat, eux qui ont demandé à ce que tous les acquittés viennent nous parler de leur "calvaire" et dire qu'ils ne conaissaient pas Legrand. Là non plus, on n'a pas du tout avancé dans les débats.

 

Me Reviron en vient alors aux rétractations de Legrand, qui viennent assez tardivement. 


Car, le 15 janvier il est confronté à Dominique Wiel qu'il exonère, mais lui-même ne dit pas qu'il est innocent. Il accuse aussi encore Thirry Delay, qui a pourtant toujours nié les faits. Comment Legrand pouvait-il le savoir coupable, alors?

 

QUelques jours plus tard il innocente Pierre Martel, et explique que Delay et Badaoui lui ont dit d'accuser Wiel et Martel (alors que Delay ne les accusait pas, ce qui est illogique).

 

On se rappelle qu'surveillant pénitentiaire est venu témoigner pour dire qu'il a vu Legrand au retour d'une visite au tribunal, et que Legrand lui avait dit qu'il était innocent et avait tout inventé pour se rapprocher de sa famille. 


Ce jour-là, Legrand revenait d'une audience à la chambre d'instruction. Et au lieu de dire qu'il était innocent, il a encore une fois avoué les mêmes faits, toujours avec force détails. Les magistrats, en tout cas, l'ont trouvé très convaincant.

 

Daniel Legrand parle ensuite à l'expert psychologue qui l'expertise.

 

"Je vous ai donné de la véracité dans mes mensonges", a déclaré Legrand, toujours empêtré dans les explications sur ses aveux et rétractations.

 

Me Guérin, avocate d'Enfance Majuscule, fait le parallèle entre Legrand et les frères Delay, mais Legrand nie avaoir jamais été victime d'abus sexuels.

 

Elle lui demande s'il a eu un suivi psychologique. Il répond qu'il ne voyait pas assez son psy "une fois tous les deux ou trois mois. J'aurais du le voir toutes les semaines. Ca m'aurait surement évité de tomber dans la drogue".

 

Durant tous ces débats, l'assesseure à la gauche du président a continué à bailler à s'en décrocher la mâchoire et à afficher le même sourire narquois.

 

C'est au tour de l'avocat général, qui tente de sortir Legrand d'affaire, mais il éprouve quelques difficultés. Il tente de faire dire à Daniel Legrand que le juge Burgaud est devenu méchant après ses rétractations. Daniel Legrand met un peu de temps à comprendre mais il finit par répondre dans le sens de 'lavocat général.

 

Les avocats de la défense demande à l'accusé "vous réalisez que vous mettre en cause, c'est aussi mettre en cause votre père". Daniel Legrand réagit vite cette fois-ci et embraie sur son père "qui n'est plus là pour se défendre".

 

Puis c'est le quart d'heure émotion avec Me Vigier, "fallait qu'on mette nos pantoufles à la maison, c'était comme ça fallait être droit", raconte Legrand.

 

"Il regardait les infos le soir..." continue Vigier, parti sur sa lancée.

 

Puis hubert Delarue fait dire à Legrand que "le juge il me désignait [les gens sur les photos] avec le doigt".

 

2. Jean-Jacques Zirnhelt

 

Retraité depuis 2011, M. Zirnheit, procureur à Saint-Omer en 2005, est le maistrat qui a décidé de ne pas audiencer le procès de Daniel Legrand pour les faits commis lorsqu'il était mineur.

 

Lors d'une réunion avec plusieurs des avocats des accusés d'Outreau qui portait sur un dossier connexe, M. Zirnhelt leur a fait "la promesse" (cf. Eric Dupond Moretti) que le procès n'aurait pas lieu.

 

"J'ai réuni dans mon cabinet les avocats du dossier (...). J'ai abordé le problème du dossier de Daniel Legrand en expliquant que compte tenu des circonstances", il était plus sage, finalement, de ne pas audiencer le procès. Selon lui, c'était mieux pour les enfants qui venaient de subir deux procès.

 

"J'ai dit que je n'avais pas l'intention d'audiencer le procès", nous a expliqué M. Zirnhelt, qui "ne pense pas que les avocats des mineurs étaient présents". 

 

Interrogé par Me Reviron, Jean-Jacques Zirnhelt admet qu'il n'a "jamais eu à prendre une telle décision", il est vrai tout à fait exceptionnelle, et heureusement. On imagine mal que des magistrats puissent décider d'un coup qu'un procès qui doit avoir lieu ne soit jamais mis à l'agenda, en fonction de critères totalement obscurs.

 

Me Reviron s'étonne aussi que le magistrat n'ait pas prévenu les avocats des parties civiles.

 

On lui demande si sa hiérarchie était au courant, il dit "je pense", mais il ne se rappelle pas d'une éventuelle réaction de ladite hiérarchie.

 

Me Reviron rappelle qu'au moment où M. Zirnhelt a décidé de ne pas audiencer le procès de Daniel Legrand, on venait d'apprendre que la fille de François Mourmand avait parlé d'agressions sexuelles de la part de son père et de son oncle, et celle-ci avait des traces de défloration. 

 

En juillet 2002, cette victime avait rapporté, dans le cadre de l'instruction d'Outreau, des propos tenus pas son père, qui lui a dit en remontant dans le camion où elle l'attentdait en bas de la tour du Renard, qu'une petite fille venait d'être tuée. 

 

Mais en 2006 une expertise considère le "caractère contestable des déclarations de cette enfant" malgré des "traces anciennes de défloration". Toutefois, ce médecin préconise de procéder à de nouveaux examens et le procureur général de Douai se dit d'accord pour ouvrir une information judiciaire délocalisée à ce sujet.

 

Me Reviron lui demande si cela a été fait, mais M. Zirnhelt n'en a "aucun souvenir".

 

Me Reviron continue: "cette décision est totalement liée à l'atmosphère de l'époque", puis les avocats de la défense commencent à faire le cirque quand Me Reviron commence à parler d' "accord secrtet" entre le parquet et la défénse au sujet de ce non audiencement.

 

On apprend aussi que M. Zirnhelt n'a même pas évalué les charges qui pesaient sur Daniel Legrand avant de ne pas audiencer le dossier.

 

Le magistrat explique qu'il n'a pas reçu de refus formel pour refuser le non audiencement du procès. Il rappelle que le responsable des mineurs concernés était le conseil général.

 

On apprend aussi que M. Zirnhelt n'a jamais demandé à sa hiérarchie ce qu'il fallait faire. Il dit qu'il a pris cette décision tout seul.

 

Il n'a pas repensé à cette décision durant les années suivantes, même quand l'affaire d'Outreau est revenue dans l'actualité, à diverses occasions.

 

Il y avait aussi l'affaire Danger Vandevelde. De quoi s'inquiéter qu'une partie des faits concernant ce quartier d'outreau ne soient pas examinés par un tribunal.

3. Roselyne Godard

 

En début d'après-midi, c'est Roselyne Godard qui témoigne, par visioconférence.

 

Elle non plus ne connaissait pas Daniel Legrand, si bien qu'on comprend qu'on va encore passer une heure à faire le procès du juge Burgaud.

 

"Depuis que je sais que je dois venir témoigner, c'est un afflux de souvenirs et de cauchemards", commence par dire celle qu'on a appelée la boulangère "ce jeune homme est innocent. Ca aurait pu être moi. On a l'impression d'un acharnement sur lui, sur nous par ricochet".

 

Le président l'interroge sur ses liens avec le couple Delay-Badaoui. "Elle était une clinete. Je vendais de la confiserie et j'ajoutais du pain. Ils venaient à mon véhicule. J'ai aussi eu l'occasion de leur faire crédit (...) je me rendais chez eux pour récupérer l'argent qu'ils me devaient".

De fait, en quelques mois d'activité, de nombreuses personnes lui devaient de grosses sommes, et son déficit s'est élevée à plus de 25.000F. Son mari, lui, avait parlé d'un déficit de 300.000 F.

 

On lui demande ensuite comment elle a vécu sa mise en examen, une question qui n'apporte strictement rien au débat concernant Daniel Legrand, mais on n'est déjà plus à cela près dans ce procès. "Je pensais qu'ils allaient bien se rendre compte que je n'avais rien à voir dans cette affaire-là", répond Roselyne Godard.

 

Quand elle a été libérée en conditionnelle, elle dit qu'elle a cru que c'était fini, mais elle a été renvoyée au tribunal, où elle a été acquittée. "C'est une histoire de fous", dit-elle en pleurant.

 

On lui demande ensuite comment elle vécu l'audience de Saint-Omer et les accusations de Myriam Badaoui (sauf que Badaoui n'a pas été la seule à l'accuser. Plusieurs enfants ont parlé d'elle aussi). La boulangère continue à pleurer et raconte à quel point cela a été difficile, surtout qu'elle a toujours aidé Myriam Badaoui pour l'amener voir Chérif à Samer où il était en famille d'accueil. Elle l'a aussi emmenée faire ses courses, qu'elle payait parfois elle-même d'ailleurs.

 

Elle a ensuite été citée comme témoin à la cour d'assises de Paris où elle a tenu à "accompagner" les six qui avaient été condamnés en première instance et qui avaient fait appel, elle leur a même créé un comité de soutien.

 

Pour elle, la décision de Saint-Omer a été "une lotterie": "je ne comprends pas pourquoi ils ont été mis en cause", dit-elle en parlant des six futurs acquittés.

 

Elle raconte ensuite son parcours après son acquittement. De 2006 à 2009 elle s'est inscrite à la fac de droit à Lille "pour aider les victimes" d'erreurs judiciaires. Elle a aussi beaucoup aprlé de l'affaire d'Outreau: "j'ai accepté toutes les demandes de témoignages et conférences".  Mais en 2009 elle s'est cassé les deux bras et a du interrompre ses études.

 

Son mari, lui aussi mis en cause durant l'instruction, est décédé en 2009, ce que leur fille 'naurait pas supporté, si bien que Roselyne Godard s'est consacrée à sa fille et à ses petits enfants. "Je n'ai plus d'activité. Je n'ai plus de vie sociale. Je ne veux pas qu'on diffuse mon image. Aujourd'hui je veux rester anonyme, l'anonymat c'est précieux", lâche-t-elle, toute chamboulée.
"Je me réveille la nuit encore et encore", "ça a brisé ma famille", dit-elle encore. A l'entendre, on se demande comment peuvent se passer les nutis des enfants reconnus victimes, si le fait d'être impliqué dans une procédure est déjà aussi traumaisant.

 

Léon Lef Forster, avocat de Chérif, lui demande si elle était au courant des abus commis par les parents Delay. Elle répond qu'elle n'en savait rien, sinon elle l'aurait dénoncé.

 

"Je ne connaissais pas Daniel Legrand ni son existence. Je l'ai su après avoir été arrêtée", précise encore Mme Godard, "J'ai appris qu'il avait parlé du meurtre et je me suis dit au moins lui il essaie de prouver que Myriam Badaoui elle ment"..

 

4. Alain Marécaux

 

L'acquitté s'est mis à pleurer dès le début de son audition, et on sent qu'on est partis pour de longues minutes de gérémiades. Tous les jours il pense à Outreau. Il est même allé à l'enterrement de sa mère menotté. "Daniel Legrand est innocent et c'est flagrant", assure l'huissier qui a été grassement dédommagé après son acquittement.

 

Puis Maracaux en vient à taper encore une fois sur "le couple Myriam Badaoui et Fabrice Burgaud".

 

L'avocat général rappelle qu'il a été condamné en première instance pour des agressions sexuelles sur son fils, mais il tient à dire, on ne sait pourquoi, qu'il s'agit de fausses accusations. Alors que Marécaux lui-même a avoué à son fils durant l'audience : "je suis coupable mais à cette époque je ne savais plus où j'en étais".

 

Marécaux embraie: "mes enfants ne vont pas bien. Je n'ai plus de contact avec ma fille (depuis le procès), mon fils on l'a arrêté, il avait 13 ans et demi. On me 'la rendu à 17 ans, il connaissait le juge des enfants, il était cassé, détruit. Mon deuxième fils est allé de famille d'accueil en famille d'accueil. Ils ne travaillent pas, n'ont pas de diplôme et mon aîné se contente du RSA".

 

L'avocat général revient encore une fois avec sa théorie bidon des faux souvenirs et se transforme en expert psychiatre: "les enfants chez qui on créé de fausses allégations c'est presque comme s'ils avaient subi les faits".

 

Alain Marécaux explique qu'il connaissait le coupe L, car ils faisait du tennis avec mme L. venue témoigner quelques jours plus tôt. Mais lui a beaucoup de moins de souvenirs du couple L. que le couple L. n'en a des Marécaux.

 

Hubert Delarue, avocat de Legrand, vient ensuite nous expliquer que le discours du fils de Marécaux a été "contaminé", qu'il "a été manipulé"; et que les enfants mentent.

 

Marécaux termine par évoquer Aurélie Grenon, libérée alors qu'elle avait avoué.

 

5. Odile Polvèche

 

L'ex épouse Marécaux tremble énormément dès son arrivée dans la salle, elle doit se cramponner au pupitre. Elle est aujourd'hui infirmière scolaire.

 

Elle non plus ne connait pas Daniel Legrand.

 

"Je ne remets pas en cause la parole des enfants mais je pense qu'ils se trompent de cible. Ils devraient passer à autre chose", dit-elle d'emblée.

"Daniel legrand, je l'ai connu plein de vie, là il est sous traitement et je devine la détresse dans laquelle il est", puis elle craque, tremble encore plus et dit en criant que "c'est une honte de nous faire venir ici... Je ne peux plus là je craque, et c'est pas normal".

 

S'ensuit un débat sur qui a fait venir Odile Polvèche. Il s'avère qu'elle était sur la liste de la défense m'ais n'a pas été appelée, et Me Reviron l'a signalé pensant que c'était un oubli, si bien que l'avocat général l'a finalement appelée.

 

Le témoin continue "J'ai une petite de 8 ans et elle sait rien et je vais lui dire quoi?", puis elle se tourne vers Daniel Legrand "c'est pas normal Daniel qu'on t'ait mis mà, c'est dégeulasse".

 

Elle parle ensuite de ses enfants, dont a déjà parlé son ex mari.  "Mes enfants tout le monde s'en est lavé les mains. On a du se battre pour qu'ils reviennent".

 

6. Dominique Wiel

 

Ensuite, on doit écouter Dominique Wiel. Un interminable après-midi à entendre les complaintes des acquittés, à ne pas parler de Daniel Legrand et à refaire le procès d'Outreau. Mais Wiel nous a surpris, revenant sur ses propos quand il a traité les enfants de menteurs et dit que les 4 coupables étaient innocents.

 

Il ne connaissait pas Daniel Legrand mais a connu les enfants Delay quand ils étaient enfants.

 

"Je suis désolé de ce qu'il se passe pour Daniel Legrand. Je suis désolé pour les enfants de Thierry Delay et Myriam Badaoui. Je n'ai pas de raison de mettre en doute la sincérité de leur parole", commence par déclarer l'ancien curé, qui se demande "comment définir la part de la vérité, de ce qu'il s'est vraiment passé".

 

Puis il suggère à la cour de "relire le compte rendu qu'ont fait les policiers" de la PJ de Lille.

 

On lui demande si Legrand a été vu à la tour du Renard, il dit que non et 'na rien d'autre à dire.

 

On revient ensuite sur sa garde-à-vue en novembre 2001, suivie d'une mise en examan. Le président lui demande quel était son état d'esprti pendant l'instruction, mais Wiel se bloque, on dirait qu'il pense qu'il y a un piège dans la question, ce qui n'est pas du tout le cas, bien au contraire, cette question est totalement complaisante.

Wiel répond: "je ne vois pas ce que cela apporte", et demande "je suis un peu surpris, est-ce qu'on est là pour refaire le procès d'Outreau?". Nous, on se pose la même question depuis des jours, et on est étonnés que ce soit Wiel qui mette les pieds dans le plat.
 

Mais il a tout à fait raison, on est davantage en train de refaire le procès d'Outreau que d'évaluer les charges pesant sur Daniel Legrand.

 

L'ancien curé demande ensuite si le tribunal a "trouvé des faits" concernant Legrand, puis il se met lui aussi à critiquer le travail du juge Burgaud, expliquant qu'il a commis des fautes, notamment de ne pas faire de confrontations deux par deux. Il dit que s'il avait eu Myriam Badaoui en face il est sûr qu'elle n'aurait pas maintenu ses accusations.

 

Wiel est toujours hésitant, mais dit qu'il venait chez les Delay pour parler jardinage (en effet il avait dégotté une parcelle à Delay qui n'y connaissait rien), et il était leur voisin.

 

Wiel explique que le juge Burgaud a refusé de lire les cinq lettres que Badaoui lui avaient envoyées depuis la prison, et qui ont pourtant été saisies durant la garde-à-vue de Wiel et jointes au dossier.

 

Il s'est demandé comment les policiers ont pu aller directement vers ces lettres, lors de la perquisition, et dit qu'il pense qu'ils sont venus la veille quand il n'était pas là.

 

Dans ces lettres, Wiel explique que Badaoui lui demandait de surveiller l'appartement, qui a été vidité dès le lendemain par les gosses du quartier, ou de prendre le courrier.

 

Me Reviron, l'avocat de Jonathan, revient sur la lettre ouverte que Wiel avait adressée aux enfants Delay, juste après le procès en appel. Dans cette lettre il avait écrit: "Je n'ai jamais cru un mot de vos salades. Je n'ai jamais cru ni à la réalité des viols et ni à la culpabilité de vos parents".

 

Mais aujourd'hui, Wiel est moins sûr. Il dit qu'aujourd'hui il se pose des questions.

 

Il maintient que les Delay étaient "très isolés", ce qui n'était pas l'avis de tout le monde.

 

Un peu plus tard, alors qu'il est interrogé par Me Monneris, avocat de Chérif et Dimitri, Wiel revient sur cet étrange  procès: "Ce qui me gêne, Monsieur le président, c'est qu'on est en train de refaire le procès d'Outreau.Est-ce que c'est le procès de Daniel Legrand ou est-ce qu'on refait Outreau?".
 

Mais, pas plus que nous il n'aura de réponse.

 

On lui demande encore s'il n'a jamais rien constaté d'anormal chez les enfants, aucune trace de coup, mais non Wiel 'na jamais rien vu.

 

Me Lef Forster, avocat de Chérif, lui demande: "Est-ce que des choses qui se passaient chez les Delay auraient pu vous échapper?", mais Wiel est catégorique, c'est "non".

 

Puis Me Guérin, avocate d'Enfance Majuscule, lui demande s'il se pose des questions au sujet des enfants. Apparemment oui, il se demande s'ils sont "sincères", et trouve "ça pose des questions au sujet de la fabulation des enfants". "Par exemple quand ils voient celui qui était handicapé ce qui était matériellement impossible, comment est-ce que c'est possible?", demande-t-il. C'est sûr que posée ainsi, la question semble insoluble.

 

Puis Wiel raconte qu'il a eu un "souvenir très désagréable de l'audience" à Paris, "de la manière dont ça s'est passé avec les enfants". Il explique; "Je vois par exemple l'aîné qui ne sait pas quoi faire de son corps, qui était debout, il a 15-16 an. Il répond par des oui, par des nons. Il n'arrive pas à s'exprimer. Les petts ils sont l'un à côté de l'autre, ils regardaient leur mère, Myriam badaoui".
 

Il a aussi déclaré que "les enfants n'ont pas été respectés, on s'est adresé à eux avec des mots d'adulte".

 

Si même Dominique Wiel trouve "désagréable" la manière dont on a traité les enfants à Paris, on peut s'étonner que les avocats de la défense estiment que tout s'est déroulé parfaietement bien, normalement et dans le respect des victimes présumées.

 

Wiel explique aussi qu'on avait réaménagé la salle pour le procès, mais pas correctement. Il explique que les accusés étaient assis avec leurs avocats sur les premiers rangs.
 

Puis Me Delarue lui dit, "vous avez raison, c'est le procès de Daniel legrand

- Oui mais on finit par l'oublier, répond Wiel.
 

Delarue parle ensuite du "petit Daniel", du "ptcho Daniel"...

 

Il revient ensuite sur Jean-Marc, 'lhandicapé. Me Delarue avait fait citer sa mère mais elle ne pouvait pas venir.

Wiel raconte que quand sa mère travaillait, elle laissait Jean-Marc dehors (alors qu'on dit qu'il était incapable de se déplacer), afin qu'il se socialise.

 

A l'époque des faits, Jean-Marc "tombait tous les trois mètres s'il marchait", nous dit Wiel, qui précise que depuis il a fait des progrès mais qu'à ce moment-là il ne pouvait pas monter un seul étage.

 

Wiel raconte que la journée, Jean-Marc se mettait au pied de l'escalier et il ne bougeait plus. Il demandait des cigarettes aux gens qui passaient, pour nouer le contact.

 

On l'interroge sur les accusations de Legrand à son encontre, mais Wiel a oublié. A ce moment, Legrand dort, avachi dans son box.

 

A chaque blague de Wiel, les journalistes rigolent, comme s'ils étaient au spectacle. Wiel conclut en disant qu'il y a un "acharnement" contre Legrand.

 

Mais c'est me Vigier qui aura le dernier mot, disant à Wiel "vous avez un sens critique extraordinaire", "en quelque sorte vous avez souffert pour ces gamins", puis "c'est une  formidable leçon que vous donnez à certains ici présents".

 

7. Pierre Martel

 

Le chauffeur de taxi lui non plus ne connait pas Daniel Legrand. Il emmenait par contre des gens du quartier dans son taxi, dont la famille Delay, dans différents magasins du coin, au début de mois quand les allocations tombaient.

 

Il a été mis en garde-à-vue puis en examen en novembre 2001.

 

On évoque tout de suite ce témoignage dans lequel il dit reconnaitre Daniel legrand fils pour 'lavoir transporté plusieurs fois dans son taxi, à la tour du Renard, des propos confirmés lors de la confrontation qui a suivi avec Daniel Legrand.

 

Martel dit qu'ila "pensé" reconnaître Legrand, qu'il l'avait "peut-être" pris dans son taxi. "Le policier m'a dit c'est oui ou c'est non alors j'ai dit oui", explique le témoi, "pour moi j'ai pu le confondre avec le fils d'une client, mais on a refusé de modifier ma déclaration"..

 

Pourtant, Martel avait même précisé que Legrand n'était pas seul dans le taxi, précisant qu'il 'lavait pris avecd es enfants, et Badaoui ou Monique F.

 

Me Lef Forster lui parle alors de la confrontation avec Daniel legrand, dans laquelle il l'identifie formellement et avait ajouté que "il était toujours accompagné de gens de la tour du renard"

 

L'avocat isniste pour rappeler que Martel avait identifié Legrand sans nuance, et les avocats de la défense se remettent à faire un mini scandale.

 

Martel dit que toutes es accusations de BAdaoui (et des enfants, accessoirement) contre lui sont fausses. Il dit que le seul fait daté précisément qui lui est reproché se déroule à un moment où il était au golf alors qu'elle disait qu'il se trouvait en Belgique.

 

A une question de son ex avocat me Corbanesi, sur son arrestation, Martel se met à pleurer. Il explique qu'il a deux petites filles et que maintenant il a peur d'être avec elles.

 

Il a joute que pendant sa garde-à-vue, il a dit qu'il n'était pas sûr que c'était bien Legrand qu'il avait pris dans son taxi.

 

A ce moment, Me Lef Forster demand eune confrontation entre Martel et les policiers qui se sont chargés de la garde-à-vue, dont le policier Bourlard qui appréciait tellement Daniel Legrand, afin de voir qui dit vrai dans cette histoire "car on vient de dre des choses très graves sur cette garde-à-vue".

 

La défense refait un scandale, et Me Lef Forster leur répond que li n'a jamais agressé ses confrères, ce qui a été loin d'être le cas dans l'autre sens.

 

Il rappelle aussi que c'est bien la défense qui refait Outreau.

 

Enfin, il demande à martel pourquoi il 'na pas dit à paris et Saint -Omer qu'il 'na pas tout à fai reconnu Legrand et qu'il l'a dit aux policiers, qui auraient refusé de le noter?

 

FInalement, Martel admet qu'il avait bien identifié formellement Daniel Legrand, comme c'est écrit dans le dossier.

 

8. Lettre d'Olivier de Baynast

 

Il s'agit du procureur qui a fait audiencer le procès de Daniel legrand. Il a été cité à comparaitre par la défense mais n'a pas répondu, excepté via un courrier que lit le président.

 

Le magistrat y explique qu'il a été "saisi d'une demande d'Innocence en Danger pour savoir quand serait audiencé ce procès". Il ajoute que FO Magistrats a "souligné le risque de prescription".
 

Il a rappelé l'ordonnance de mise en accusation devant les assises des mineurs, signée le 1er juillet 2003 et la condamnation de Legrand à 3 ans de prison à Saint-Omer.

 

Il explique que "dans un souci d'apaisement et compte tenu des acquittements", ce dossier 'navait jamais été audiencé.

 

Lui a demandé l'audiencement et le dépaysement.

 

Mercredi 3 juin

1. Jérôme Prizac

 

La matinée s'ouvre avec un expert psychiatre qui avait examiné Daniel Legrand durant sa détention, à Longuenesse en 2002. A l'époque, Legrand lui avait parlé de menaces qu'il avait reçues de la part d'autres détenus, et il avait aussi évoqué ses comportements addictifs (qui ont par la suite été niés par l'avocat général).

 

Il avait déjà à l'époque une "consommation régulière de Lexomil", qu'il prenait "quand il perdait au foot", quand "il était énervé". Trange habitude.

 

Le seul antécédent judiciaire qu'il avait était cette histoire de chèques volés.

 

Le médecin n'a pas noté de carences marquées  sur le plan affectif ou éducatif, Legrand lui ayant décrit un père avec des valeurs et sans addiction (ce qui est étonnant quand on lit certains témoignages de ses proches).

 

Daniel Legrand n'était pas bon à l'école, qu'il a quittée en 3e après avoir redoublé sa maternelle. Il n'aimait que le foot et aurait été approché par une équipe nationale. Il a peu travaillé, un peu en Intérim. On apprend aussi qu'un signalement avait été fait à l'inspection académique au sujet de Legrand en raison de ses absences nombreuses à l'école. Il avait en effet "d'énormes difficultés de compréhension".

 

Il n'avait jamais eu de relation affective ou sexuelle, et était qualifié d' "immature". Il n'avait jamais eu de relation avec une fille, mais n'avait pas de "fantasmatique particulière" ou de "pathologie de nature sexuelle" non plus, selon le témoin, ni de tendance à l'affabulation. Selon cet expert, Daniel Legrand ne présentait pas de caractéristique des abuseurs sexuels, et il ne considérait pas les enfants comme des objets.  Il avait aussi conscience de l'interdit de l'inceste. En somme, il n'avait pas de "risque" qu'il commette des actes de cette nature.  Toutefois, nous tenons à préciser qu'il n'y a pas besoin d'être intrinsèquement pédophile pour commettre des abus sexuels sur les mineurs.

 

Il niait les faits qui lui étaient reprochés et a expliqué qu'il avait avoué le meurtre pour "confondre les autres", a dit le psychiatre. Il se serait dit surpris des proportions qu'avait pris son mensonge.

 

Il a une intelligence "pratique" mais "des capacités abstractives assez modestes".

 

Legrand avait aussi déclaré qu'il n'a pas été victime d'abus sexuels. L'expert n'a pas noté de risques ou prémisses de psychoses.

 

Au sujet de ses comportements addictifs, Legrand avait expliqué qu'il prenait de l'acool de manière festive, et qu'il avait eu plusieurs expériences avec les produis toxiques: cannabis, héroine par voie nasale, ecstazy, Subutex.

 

Puis le président lit l'expertise de Michel Emirzé, à qui Legrand s'était confié sur le meurtre et qui est décédé depuis, et qui avait trouvé que Legrand avait des caractères d'un abuseur sexuel. M. Prizac répond que le discours de Legrand était "cohérent sur le plan psychiatrique", ce qui n'implique qu'il soit cohérent sur le plan factuel.

 

Le psychiatre ajoute que "si les faits ne sont pas reconnus on ne voit pas pourquoi on essaierait de proposer une thérapie de toute force".

 

Me Reviron revient sur une phrase qu'a dite l'expert un peu pls tôt, comme quoi il il y a aussi "des abuseurs de circonstance", et le psychiatre précise que cela peut être favorisé par l'alcool. Un autre expert, un certain Coutanceau, appelle cela la "pédophilie secondaire".

 

L'avocat lui demande s'il a déjà vu des cas de déni chez des pédophiles, et le médecin explique qu'il a vu des pédophiles, même condamnés, nier les faits, d'autant plus qu'en prison ils sont souvent agressés.

 

Puisqu'il ne travaillait pas, Me Lef Forster, l'avocat de Chérif, lui demande comment il faisait pour vivre. Pas de réponse.

 

L'expert, interrogé par l'avocat qui lui demande s'il n'est pas mieux de voir deux fois une personne pour faire une expertise, dit aussi: "J'ai conscience des limites de ce type d'expertise. C'est forcément très court. J'ai toujours rappelé que les expertises d'assises ne sont pas contradictoires", c'est-à-dire que la personne expertisée dit ce qu'elle veut, il n'y a pas moyen de le vérifier.

 

M. Prizac a aussi expertisé le père Legrand et avait trouvé un "profil similaire", d'ailleurs il avait écrit quasiment la même chose, ce qui ne lui a pas été reproché, contrairement à Marie-Christine Gryson et jean-Luc Viaux.

 

Le médecin décrit un Daniel legrand "nerveux" durant l'entretien, qui "défend son point de vue", et disait "être victime d'une machination". Il se sentait "persécuté". Il a été décrit comme "suggestif, égocentratique et fragile".

 

Il a beaucoup valorisé les valeurs et le quotidien de sa famille, et avait dénoncé un complot conre eux. Il était "en quête de support et de repères", avec une "intelligence légèrement déficitaire".

 

M. Prizac avait décelé "des tendances mythomaniaques liées à son égocentrisme". Il était aussi capable "de réorienter son opinion en fonction de l'orientation qu'il voulait donner" et avait "une capacité à altérer la vérité".

 

L'expert pense que Daniel Legrand s'est rétracté par rapport à ses aveux parce qu'il avait "du mal à supporter l'image de lui-même que renvoyaient ses aveux". Il "idéalisait l'image de son père".

 

Quand l'avocat de Chérif Me Lef Forster intervient, il est encore une fois chahuté par les avocats de Daniel Legrand et rappelle qu'il en a assez d'être critiqué sans arrêt  par la défense, "depuis les premières minutes de ce procès", sans qu'on le laisse y répondre.

 

2. Lecture de l'expertise de Michel Emirzé

 

Ce psychologue a vu Daniel Legrand le 18 janvier 2002, durant la période à laquelle il avait avoué. 


L'expet n'avait pas relevé de trouble du discours, et estimait son discours très liénair, cohérent, avec un "détachement affectif".

 

Il éprouvait de l'anxiété et prenait des médicaments. Il a reconnu avoir une addiction au shit depuis ses 15 ans, alors que dans sa version officielle il n'a commencé à se droguer que suite à son acquittement.

 

Il a dit prendre de l'héroïne depuis deux ans, c'est-à-dire depuis ses 18 ans. Il a d'ailleurs supporté des symptomes de manque une fois arrivé en prison.


Après avoir arrêté l'école en 3e il n'a pas terminé sa formation. Il allait donc à la peche, faisait du foot en club, et sortait en boîte le week-end.

 

Michel Emirzé a décelé une "inhibition" avec les filles, unr ecours important à la masturbation, et il a vu le psychiatre une seule fois pendant sa détention.

 

L'expert situait Legrand "dans la zone statistique de la débilité mentale légère" mais il 'navait pas fait beaucoup d'efforts pour les test, d'ailleurs l'effort intellectuel, c'est pas son truc (il est "peu aprte à l'effort intellectuel").

 

M. Emirzé avait détecté "des difficultés liées à l'image parentale", mais aucune "réponse sexuelle inadaptée" ni de "trouble psychique" ou de "tendance perverse".

Legrand n'était pas un sujet "violent ou dangereux", il n'a pas le profil d'un leader mais que l'effet de groupe pouvait favoriser le passage à l'acte. 

 

Il a dit que son père n'avait pas participé aux faits et il avait dénoncé "un complot" contre eux. 

 

Le psychologue concluait qu'il était "contre indiqué" que Legrand se retrouve au contact de mineurs.

 

Aucun élément ne laissait penser qu'il ait pu être victime d'abus sexuels dans son enfance ou son adolescence.

 

3. Emeline Delay

 

Par visioconférence, c'est la demi soeur des frères Delay, Emeline, née en 1990, qui témoigne. 

 

La jeune femme parle d'une manière posée, avec beaucoup de distance.

 

"Ce que je sais, c'est que je n'ai jamais rien vu, jamais rien entendu et je n'ai jamais rien subi", dit-elle.

 

Elle explique qu'elle allait chez son père 15 jours durant l'été, et que sinon elle le voyait chez sa grand-mère ou que Delay venait chez sa mère. Quand elle était chez son père, ses frères étaient souvent en colonie: "ca se passait bien, je jouais comme une enfan normale".

 

Elle explique qu'elle préférait rester chez sa mère, donc elle n'allait chez son père que quinze jours par an.

 

"Ma belle-mère essayait parfois de me monter contre mon père, elle disait qu'il était violent", explique Emeline.

 

Elle s'est toujours demandé pourquoi ses frères avaient accusé Delay. A l'époque, elle avait déjà nié avoir subi quoi que ce soit, ses frères avaient l'air normaux. Elle dit qu'elle ressent une grande incompréhension par rapport aux abus dont ont parlé ses frères.

 

Elle a bien vu les cassettes pornos. Quand elle venait, elle dit qu'il n'y avait pas vraiment de passage, mais elle avait quand-même parlé à l'époque d'un Jean-Marc "un peu fou fou". Durant cet entretien avec la police, elle avait beaucoup pleuré face à l'insistance des policiers: "ils me forçaient à dire des choses que je savais pas et me posaient plein de questions".

 

Marie-Christine Gryson, qui a expertisée, avait estimé qu'elle ne semblait pas victime (son "fonctionnement psychique ne correspondait pas à celui d'une vitime d'abus sexuels"), bien que ses frères aient dit que c'était le cas. Elle semblait déjà très équilibrée et culpabilisait de ne pas avoir protégé ses frères et faisait des cauchemars dans lesquels elle les violait, se mettant un peu à la place de son père.


Elle ne se rappelle plus de la séparation de ses parents, qui a eu lieu quand elle avait 1 ans. Son père n'avait pas de droit de visite et d'hébergement.


Elle ne se rappelle plus de la fréquence des visites de son père, car elle vivait à Lens, et c'était rare.

 

Interrogée par les avocats des frères Delay, Emeline explique qu'elle n'est allée chez Thierry Delay que deux fois 15 jours, la dernière fois en 1999, d'après ses souvenirs.

 

En 1985, Thierry Delay s'est marié avec sa mère, dont il s'est séparé en 1988 car il buvait et l'avait trompée. A cette époque, il aimait déjà les films pornos. Quand il s'est mis avec Myriam Badaoui, il est venu moins souvent. 

 

Emeline a une demi soeur, que Delay a eu avec une autre femme.

 

Elle n'a plus de contact avec Thierry ni avec ses frères.

 

L'avocat général insiste sur l'attitude des policiers pendant l'audition d'Emeline à l'époque des faits. Elle répond qu'ils étaient très insistants. Il lui demande si elle connaît Daniel Legrand, ce qui n'est évidemment pas le cas.

 

Emeline confirme que Thierry mettait souvent Chérif à l'écart.

 

4. Expertise de Jean-Marc C.

 

Jean-Marc C., lourdement handicapé (il est né avec un hydrocéphalie), ne peut pas parler et c'est sa mère qui répond à sa place au médecin. Il est quand-même placé en garde-à-vue, la perqusition à son domicile ne donne rien.

 

Sa mère a dit aux policiers que si quelqu'un avait déshabillé son fils elle s'en serait rendu compte immédiatement.

 

Le psychologue estime que la mère est très protectrice avec son fils, qui doit être toujours accompagné. A l'époque déjà, Jean-Marc pouvait se déplacer dans le quartier et adorait être avec les enfants.

 

Il n'avait pas le sens des convenances, pas de pudeur, pouvait se présenter nu chez lui devant des gens. Il était infuençable et suggestible., attiré par les gratifications orales et les cigarettes.

 

Rien ne dit en tout cas qu'il était impuissant.

 

5. Audition de Dany Camporini

 

C'est le fameux "autre Dany" sur la -fausse- piste duquel on a tenté de nous emmener juste avant le procès de Paris.

 

Son audition, lue par le président, n'apporte pas grand chose. Il confirme avoir vécu dans le quartier, il est grand.

 

 

L'après-midi s'annonçait sous de mauvais hospices, avec l'audition d'un psychologue qui répand dans les tribunaux sa théorie des faux souvenirs.

 

6. Hubert van Gijseghem

 

Le psychologue belgo canadien de 73 ans nous a fait un discours inaudible (au sens propre comme au figuré) au sujet du témoignage des enfants en justice.

 

On lui demande s'il connait l'affaire, il répond que "il s'agit d'enfants qui ont allégué d'être maltraités sexuellement". Il a beaucoup étudié "la contamination" des souvenirs car "l'enfant est très suggestible".

 

L'expert nous parle d'un obscur concept qu'il appelle le "coefficient d'exactitude", histoire de donner un vernis scientifique à son jargon.

 

Selon Van Gijseghem, si l'enfant est entendu au-delà des 24h, il y a des risques de contamination. "Tous les protocoles disent que l'audition doit être faite par un policier formé", ce qui est une évidence.

 

Il dit qu'il faut aussi éviter que la personne qui l'interroge soit un représentant du "monde psychosocial", ou des gens qui se sont occupés d'eux, car ils ont "le désir de croire l'enfant pour le protéger".

 

Le mieux est donc que la personne qui interroge l'enfant ne sach rien des faits ni du vécu de l'enfant. Il nous parle de l' "effet Rosenthal" censé montrer la suggestibilité d'un sujet.

 

Encore une fois, Van Gijseghem nous dit que "tous les protocoles vont dans le même sens", oubliant de parler des recherches récentes en matière de victimologie, qui elles portent bien sur les abus sexuels et pas sur des tests qui n'ont rien à voir, et qui montrent que les enfants mentent très rarement quand ils dénoncent ce type d'abus.

 

Des études, sérieuses, ont montré que les cas de mensonges sont inférieurs à 2%.

 

Van Gijseghem nous explique savamment que "lorsqu'on ne réalise qu'une seule audition de l'enfant, le coefficient d'exactitude est de 93%".

Evidemment: la grande majorité des enfants ne diront rien en une seule audition, à plus forte raison s'ils n'ont pas été placés en sécurité. Comme ils ne dénoncent rien, on ne peut pas savoir s'ils mentent ou pas puisqu'il n'y a pas d'enquête.

 

Ce genre de raisonnement est une véritable catastrophe pour toutes les victimes. Car en fait, avant d'admettre l'éventualité d'abus sexuels, on va d'abord explorer toutes les autres hypothèses possibles. C'est seulement si aucune d'entre elle ne s'avère pertinente qu'on va envisager que l'enfant peut peut-être dire la vérité.

 

Pour Van Gijseghem, l'idéal est de mener l'audition de l'enfant "dans un lieu tout à fait officiel" (il a même précisé: "il ne faut pas que l'enfant soit entendu dans un lieu confortable mais dans un cadre d'autorité"), car le but est "que l'enfant soit impressionné", et en plus de cela il ne faut "pas de faciliateur", c'est-à-dire les peluches qu'on utilise pour que l'enfant montre où on l'a touché, pas de dessins parce que cela "bloque le récit de l'enfant", rien d'autre qu'une salle froide et impressionnante pour cette seule audition où, toujours selon Van Gijseghem, l'enfant ne doit pas être accompagné par un proche (en fait il doit même y aller seul).

 

Le psychologue préconise aussi que le récit soit "libre", c'est-à-dire qu'il ne faut pas poser de question à l'enfant.

 

Si avec tout cela, la petite victime parle, on peut dire qu'on a assisté à un miracle. Et il faut savoir que dans l'affaire d'Outreau, la plupart des enfants reconnus victimes ont commencé par nier les faits, disant que leurs parents étaient gentils et qu'ils ne leur avaient rien fait. Ils ont expliqué plus tard qu'ils avaient été menacés et ne pouvaient pas parler.

 

Le spécialiste des faux souvenirs, qui a hélas figuré parmi les experts qui ont formalisé les auditions de mineurs victmes, nous parle ensuite d'une expérience qui met en scène un accident de voiture, dans lequel on convainc des enfants qu'un des protagonistes avait un chapeau rouge, par suggestion.

 

Il continue à nous décrire son audition idéale, précisant qu'il ne faut pas réinterroger l'enfant sur ce qu'il a déjà dit. Il ne faut pas non plus solliciter des professionnels ou des gens qui encadrent l'enfant (école, parents, experts, psys) pour tenter de valider la parole des enfants, parce que cette "recherche de la vérité", c'est selon lui "contre productif". Incroyable, mais vrai, nous avons été quelques uns à faire un bon en entendant autant d'âneries dans l'enceinte d'un tribunal où on pourrait s'attendre à un minimum de sérieux de la part des différents inervenants.

 

Van Gijseghem continue sur sa lancée, et se demande pourquoi les enfants peuvent, au fil des auditions (et de la confiance qu'ils accordent à l'adulte qui les interroge), raconter de plus en plus de choses, "des abus rituels, des abus sataniques, du cannibalisme"... Il décrit en fait la v ague d'accusations d'abus sexuels rituels dans des écoles maternelles et des crèches, à travers tous les Etats-Unis et même au Canada, dans les années 80. Une vague qui a été désamorcée dans les tribunaux grâce à des théories inventées pour l'occasion, dont la théorie des faux souvenirs.

 

Pour Van Gijseghem, il n'y a pas de symptôme lié aux abus sexuels: si un enfant est énurésique, s'il baisse soudain dans ses résultats scolaires, s'il déprime, cela n'a probablement rien à voir, ce n'est "d'aucune utilité pour savoir ce qu'il s'est passé dans la vraie vie", d'après l'expert. Toutefois, s'enfoncer des crayons dans le derrière est quand-même assez caractéritique, et les enfants victimes cumulent souvent plusieurs symptômes qui ne sont pas spécifiques non plus.

 

Puis Van Gijseghem nous explique qu'il a reçu un mandat de 'lavocat général, pas fax, lui expliquant le cadre de son intervention dans ce procès, ce qui est illégal. Le témoin ne doit être contacté par aucune des parties et ne peut être mis au courant de ce qu'il doit dire.

 

Me Lef Forster, l'avocat de Chérif, intervient et commence par demander à Van Gijseghem quel est le titre de sa thèse, dont il n'a pas trouvé la trace, mais Gijseghem ne s'en rappelle plus. Il précise juste que "c'était sur le lien entre dépression et délinquance".

 

Il ne sait pas répondre à beaucoup des questions de l'avocat au sujet de la recherche en pédopsychiatrie. Il ne connait pas certaines études importantes sur les préconistations à prendre dans le cadre d'interrogatoires.

 

Van Gijseghem nous dit que lui se base sur des protocoles datant des années 80, mais depuis on a fait du chemin dans le traitement des enfants victimes.

 

Me Reviron, avocat de Jonathan, demande ce qu'il sait de l'affaire d'Outreau, et l'expert répond qu'il ne la connaît qu'à travers les médias (la blague). L'avocat lui rappelle qu'il a pourtant participé à un colloque portant sur Outreau, en 2011 en Suisse. Pour ce colloque, il n'a travaillé que sur base d'articles de presse. En voilà un travail sérieux.

 

On aborde ensuite cette étrange notion de "pédophilie secondaire", et l'expert nous indique que les vréiq pédophiles (pédophiles primaires donc) ne représentent que 10 à 15% des pédophiles (on aimerait savoir sur quelle étude il se base pour dire cela, mais l'expert cite très peu de sources à part les études qui n'ont rien à voir citée également par Marc Melen au début de la semaine), qui ne sont attirés que par les enfants.

 

On lui demande si selon lui, les adultes peuvent mentir, il répond que "certainement". Puis, au sujet du déni d'un adulte par rapport à des faits qu'il aurait commis, Van Gijseghem explique que "ce sont les adultes les moins construits qui avouent le plus facilement".

 

L'avocat général revient sur le livre de Van Gijseghem "L'enfant mis à nu. L'allégation d'abus sexuel:la recherche de la vérité" publié en 1992 (encore un de ses livres de chevet) et lui demande si depuis, ses recherches ont été contredites. Et cet expert, qui est très controversé du Canada à la Suisse, répond que non.

 

L'avocat général semble ravi d'avoir son expert sous la main pour lui poser toutes ses questions, dans le seul but de décrédibiliser la parole des enfants. Nous, on note juste que des expets qui ont estimé les enfants crédibles ont été mis au pilori, mais que ceux qui la discréditent sont encensés par la justice. C'est dramatique, mais on est obligé de faire ce constat. Le magistrat est quand-même obligé de reconnaître qu'il y a moins de 8% de mensonges dans les cas d'abus sexuels, mais on comprend que pour lui les trois frères Delay font partie de ces 8%.

 

Cela permet à Van Gijseghem de nous parler des "souvenirs retrouvés" (que d'autres appellent des flashs, typiques de la mémoire traumatique, un terme qu'il n'a pas utilisé une seule fois en deux heures environ): quand un élément concernant les abus revient tardivement à quelqu'un, "dans la grande majorité des cas ces souvenirs relèvent de la reconstruction", mais là non plus nous n'aurons pas la chance de savoir dans quelle étude l'expert a puisé tout ce savoir. Mais bien-sûr, tout ce qu'il vient dire, il le tire de "LA recherche". Pour Van Gijseghem, la personne "bouche les trous" en inventant des scènes pour avoir un récit cohérent. Sauf que dans le cas des abus sexuels, les choses ne fonctionnement pas du tout comme cela.

 

Enfin il nous explique que "l'affect avec lequel l'enfant raconte son histoire n'est pas corrélé avec la véracité de l'histoire", nous parle d'une affaire liée à la vague des abus sexuels rituels, et compare le tout à l'histoire des sorcières de Salem.

 

Sa conclusion, c'est que quand un enfant dénonce des abus sexuels, "il faut chercher toutes les hypothèses alternatives" pour être à peu près sur que l'enfant ne ment pas.

 

Avant d'entamer les plaidoiries, le président prévient : "aux moindres réactions je prendrai les mesures qui s'imposen". On nous met même deux amis de Daniel Legrand sur le banc des parties civiles duquel on a décidé de virer toutes les associations et les gens venus soutenir les parties civiles.

Des policiers supplémentaires sont arrivés dans la salle.

 

==> Plaidoirie de Me Monneris

 

C'est dans cette ambiance que démarrent les plaidoiries des avocats des parties civiles, et c'est Me Monneris, avocat de Chérif et Dimitri qui ouvre le bal.

 

Il explique le contexte très tendu de ce procès, avec des médias très offensifs envers ceux qui sont venus soutenir les frères Delay (pas forcément plus nombreux d'ailleurs que les gens du comité de soutien à Daniel Legrand).

 

"J'assume ces qualificatifs de révisionniste et de complotistes", dit l'avocat, qui rappelle aussi que ce n'est pas l'avocat général qui prend la décision. Pourtant, cette fois les jurés ont recopié tel quel sont réquisitoire pourtant peu solide.

 

Me Monneris rappelle également que ce procès a lieu parce que la chambre d'instruction de la cour d'appel de Douai a trouvé qu'il y avait assez d'élements pour renvoyer le dossier. On l'attend depuis dix ans parce que le procureur Zirnelt a décidé de ne pas audiencer l'affaire, et cela "c'est tout sauf légal". Et ce magistrat ne s'est jamais demandé ensuite si les temps avaient changé, et s'il devait audiencer le procès Legrand.

 

"On a voulu faire un enterrement de première classe à ce procès", poursuit l'avocat, qui évoque une "contamination environnementale" de cette affaire : "Vous avez constaté qu'il y a eu une pollution médiatique du dossier".

 

Quant au dossier en question, il est imparfait et diverses erreurs ont été pointées. Mais des témoins sont venus raconter comment l'instruction s'est déroulée, dont le greffier de Burgaud venu nous dire qu'il n'a pas relevé de fautes commises par la juge.

 

"Je ne suis pas là pour refaire le procès d'Outreau", dit Me Monneris, "mais le juge Burgaud, quelles fautes lui a-t-on trouve ? La défense vous dit que vous ne pouvez tirer aucune conséquence des élements matériels présentés ça et là. Mais il y a des éléments matériels".

 

Il évoque ces enfants devenus grands et qui ont parlé, encore une fois, la liste rédigée par l'assistante maternelle de Dimitri avec ce "Dany legrand", le fait que même Dominique Wiel a dit que les enfants n'ont pas pu s'exprimer lors des précédents procès, Martel qui a reconnu Legrand…

 

Puis il revient sur les contacts pris directement par l'avocat général avec certains témoins, deux experts au moins : "je considère M l'avocat général que vous êtes sorti de la route. J'ai été surpris quand j'ai su que vous aviez écrit à un témoin… C'est pour cela qu'existe le délit de subornation de témoin".

 

Un témoin ne doit pas non plus savoir ce qu'on va lui demander. Mais Hubert Van Gijseghem a eu droit à un "mandat" lui précisant le cadre de son intervention, petite attention de l'avocat général.

 

Me Monneris évoque ensuite ces « fausses croyances » dont on nous a beaucoup parlé ces derniers jours, et il rappelle qu'il existe différents courants de pensée. Van Gijseghem et Melen ne sont pas représentatifs de l'ensemble du monde de la pédopsychiatrie ou de la victimologie, c'est une évidence et heureusement pour les victimes, d'ailleurs.

 

"M. Viaux a signé son rapport puis il nous dit que les choses évoluent. Mais il a signé le rapport et ces conclusions, il les a faites siennes", ajoute l'avocat. Il est vrai que là, M Viaux est lui aussi sorti des clous : il est venu dire le contraire de ce qu'il avait écrit dans son rapport à l'époque, et cela sans avoir revu les enfants depuis, ce qui n'est pas sans poser de questions.

 

Puis, l'avocat tente de faire le bilan des déclarations des uns et des autres: tous ces tmoins venus dire qu'ils ne connaissaient pas Daniel Legrand, la fausse piste Camporini, répétée encore et encore, les Lavier venus contester le statut de victime de leur fille, violée par Thierry Delay ("Dans quel état d'esprit est-on quand on en arrive là?" interroge l'avocat), Karine Duchochois, la "journaliste témoin" qui "nous explique tout le dossier", qui s'en prend à Aurélie Grenon et se lamente sur son fils qui en réalité a été placé avant les arrestations car "à ce moemnt elle l'a dit, elle était dans la fête, dans les stupéfiants" (Karine Duchochois avait dit que son fils avait été placé à cause de l'affaire, ce qui était un mensonge), Badaoui venue nous dire que maintenant elle dit la vérité ("je m'interroge", dit l'avocat car elle a dénoncé un médecin mais en avait dénoncé un autre à l'époque, et le médecin qu'elle avait accusé est venu dire qu'il n'a jamais vu tous les bleus sur Dimitri), un témoignage mensonger de plus.

 

Puis il revient sur l'arrivée des Daniel Legrand dans l'histoire, sur ses aveux en présence de son avocat "comme si pour sauver ma peau j'accuse un autre, avec des déclarations stupéfiantes mais néanmoins circonstanciées", sur Martel qui l'avait reconnu bien que Legrand a dit lors de la confrontation n'avoir jamais mis les pieds à Outreau.

 

Me Monneris souligne que Legrand ne donne jamais d'élément pour se mettre hors de cause, et rappelle que Legrand était capable de se déplacer, jusqu'à Outreau, à 15 km à peine de Wimereux où il habitait, il était même capable d'aller aux Pays-Bas pour de la drogue, en Belgique pour des chèques volés, que Daniel Legrand prenait des stupéfiants depuis l'âge de 15 ans, l'âge où il a dit avoir commencé à fréquenter les Delay, d'ailleurs il y avait un point de vente dans leur immeuble.

 

Durant toute cette plaidoirie, Daniel Legrand n'a pas bronché, la femme assesseur à la gauche du rpésient 'na pas arrêté d'avoir son air goguenard.

 

==> Plaidoirie de Me Lef Forster

 

Quand l'autre avocat de Chérif et Dimitri commence sa plaidoirie, et durant de très longues minutes, cet assesseur s'est mise à se balancer sur sa chaise ostensiblement. Genre: "cause toujours tu m'intéresse". Alors que le président a dit qu'à la moindre réaction il réagirait, il n'a pas vu une seule fois cette femme mépriser ouvertement les propos des parties civiles.

 

Me Lef Forster évoque d'abord les souffrances des victimes, et rappelle que finalement, on a très peu parlé de leurs déclarations.

 

"Leur parole n'a pas été polluée. Et Dimitri, c'est la première fois de sa vie qu'il a dormi une nuit entière", explique l'avocat. Et c'est vrai que jusqu'à son témoignage, lui comme ses frères avaient beaucoup de mal à trouver le sommeil.

 

"Si vous avez un doute, vous acquitterez Daniel Legrand. POur moi, il n'y a pas de doute", dit-il avait de revenir sur ce procès incroyable, "on a fait le procès de l'enquête, le procès de l'instruction, le procès du procès".

 

"La décision de ne pas audiencer, c'est de l'arbitraire. Que diriez-vous si pour un homme politique, un procureur décide de ne pas audiencer un procès, pour éviter les remous?", interroge Me Lef Forster.

 

Il revient sur ces experts en faux souvenirs, "on a eu une vedette de l'expertise, qui n'a pas entendu parler d'Anna Freud, de Pinel et Icare, à la base de la recherche sur la psychiatrie de l'enfant", souligne l'avocat, qui avait bien démonté Van Gijseghem quelques minutes plus tôt. "Un expert qui nous dit qu'il ne faut pas que les enfans parlent parce que ça leur fait du mal. Que pour éviter toute pollution l'enfant doit aller directement tout seul au commissariat... A la fin il ne faudrait plus rien retenir de ce que nous ont dit ces enfants", insiste le conseil de Chérif et Dimitri.

 

Il rappelle aussi que els parents Delay ont été prévenus qu'une enquête concernant des abus sexuels que leur imputaient leurs enfants avait démarré.Il rappelle que la seule expertise de DImitri dont on a parlé n'était "pas sérieuse".

 

Il en vient à "Dany legrand", cité par Dimitri: "comment aurait-il pu citer quelqu'un qu'il ne connaît pas?". Car l'enfant a bien écrit "Dany legrand" et non "Dany le grand", comme la défense a toujours voulu le faire croire. C'est en tout cas ce qui semble être devenu une vérité judiciaire, depuis...

 

Il revient sur la fausse piste Camporini, sur toutes ces fausses pistes pour tenter d'expliquer qui était ce "Dany legrand", qui avait un père du même nom selon Badaoui, et qui venait en voiture rouge.

 

(L'assesseuse continue à se marrer, en fait elle n'a pas arrêté).

 

Me Lef Forster rappelle que Legrand lui-même a dit qu'il venait chercher de la drogue à Outreau, et que c'est comme cela qu'il a rencontré les Delay-Badaoui, qui l'ont recruté pour leurs soirées avec les enfants et le rétribuaient en argent et parfois avec du shit en plus.

 

L'avocat rappelle qu'il y avait un important point de vente de drogue dans l'immeuble Les Merles.

 

L'avocat en vient aux films qui "ont tous disparu mais tout le monde en parle", et il souligne que "on n'a jamais été chercher les correspondances dans le fichier des films pédopornographiques".

 

Quant à ces ouvriers qui sont revenus faire le balcon des Delay, et parmi lesquels Badaoui dit qu'il y avait le père Legrand, Me Lef Forster rappelle qu'il n'y a eu aucune recherche à ce sujet. On n'a jamais interrogé les collègues du père Legrand à ce sujet.

 

Jeudi 4 juin

1. Me Cormier

 

On continue avec les plaidoiries des avocats des parties civiles, et c'est Me Cormier, avocat de Chérif, qui prend la parole en début de matinée.

 

On note ce jeudi matin une présence renforcée de policiers: une bonne vingtaine dans et autour de la salle. Il y avait de la tension, mais elle a été savamment distillée par la défense et par cette présence policière importante. Du côté des soutiens des frères Delay, on avait parfaitement compris qu'il ne fallait pas réagir, et tout le monde a été très sage.

 

Comme la veille en fin de journée, des gens ont été forcés à s'asseoir sur les bancs des parties civiles, probablement pour que les gens venus soutenir les frères Delay ne puissent pas être là comme ce fut le cas durant tout le reste du procès.

 

C'est dans cette ambiance assez étrange que Me Cormier entame sa plaidoirie, en mettant en garde les jurés contre le "piège médiatique" et les histoires de "sorcières de Salem" dont certains témoins de Daniel Legrand avaient parlé.

 

"Les enfants d'Outreau sont de vraies victimes, ils n'ont pas imaginé leurs sévices", explique l'avocat, qui ajoute qu'on a tenté de discréditer leur parole, qu'on a "comparé cette affaire à tout et n'importe quoi": Tchernobyl, un "naufrage", un "désatre"...

 

Il rappelle que les policers de Boulogne n'avaient aucun moyen pour traiter cette affaire dans laquelle une soixantaine d'enfants et une soixantaine d'adultes ont été entendus.

 

Puis, il dénonce différents dogmes: que le procès ne devait pas avoir lieu, et "s'il a lieu, alors il fallait trouver des responsables: les associations, les syndicats...", et il demande "comment a-t-on pu ne pas audiencer le procès", ce qui est en effet la seule vraie question à ce sujet.

 

Lui aussi, comme Me Reviron, évoque un "accord secret" entre la défense et le parquet, et dit que c'est un scandale: il y a eu un accord de certains avocats de la défense et c'était secret, puisque personne n'en a informé le représentant légal des enfants, ni leurs avocats.

 

Un terme fermement nié par les intéressés. Et le procureur Zirnheldt a dit que c'est de sa propre initiative qu'il a fait le choix de ne pas audiencer le procès de Daniel Legrand en 2006.

 

En tout cas, ces mêmes avocats qui étaient parfaitement au courant du non audiencement ne manquent pas de culot d'aller ensuite accuser les autres d'avoir enfin mis ce procès à l'agenda.

 

Me Cormier rappelle ce qui a été dit à l'époque, toutes les attaques contre les victimes, mais aussi contre le juge Burgaud et bien d'autres. Il rappelle qu'un certain Philippe Houillon, député qui a dirigé la commission d'enquête parlementaire sur Outreau, avait écrit un livre intitulé "Au coeur du délire judiciaire: ce que la commission parlementaire sur Outreau a découvert" et dans lequel il a écrit au sujet de ce procès Legrand: "on attend que les faits soient prescrits" car il ne pouvait plus bénficier d'un non-lieu, ce qui est tout de même un comble.

 

L'avocat en vient ensuite aux attaques médiatiques incroyables durant le procès et même avant (et après aussi), contre les associations et les citoyens qui ont osé soutenir les parties civiles dans ce procès. "Ceux qui pensaient autrement étaient des "révisionnistes", puis on a parlé de "révisionnistes judiciaires"" citant des tweets enflammés de Delarue père.

 

"On a voulu interdire d'évoquer les charges qui pèsent sur Daniel Legrand. J'ai eu l'impression que l'avocat général s'est même interdit d'évaluer les charges. Pas une seule question n'a été posée afin de les évaluer", insiste Me Cormier, "c'est que la décision était prise initialement".

 

En cela on ne peut pas le contredire: l'avocat général n'a posé que des questions destinées à dédouanner Daniel Legrand. Pas une seule fois il n'a cherché à éclairer ses contradictions, à comprendre ses rétractations, à critiquer des témoins qui ont souvent raconté des énormités... Rien, pas une seule fois en trois semaines, ce qui en a impressionné plus d'un. On avait l'impression que l'avocat général se démenait pour éviter qu'on ne se focalise sur Daniel Legrand, dont c'était bien le procès. Il a aussi laissé venir des dizaines de témoins qui ont déclaré n'avoir jamais vu Legrand, ce qui ne laisse pas sans interroger.

 

Mé Cormier évoque un "parallèle inversé" avec ce qu'a fait le juge Burgaud.

 

"Daniel Legrand se présente à vous comme l'innocent consacré", poursuit l'avocat, qui rappelle que la commission d'enquête parlementaire "n'a pas pris la peine de s'assurer de la légalité de son intervention" (en effet le procès Legrand n'ayant pas été arrivé à son terme, la commission était illégale car n ne peut en mettre une en place que quand un dossier est totalement terminé du point de vue judiciaire).

 

"On nous a répété que cette affaire était jugée, que tout avait été dit à Saint-Omer et à Paris", mais, ajoute-t-il, "Daniel Legrand a été jugé pour des faits allant de février 1999 à juillet 2000, une période de quelques mois, et on n'a pas pu étudier les aveux d'Aurélie Grenon et David Delplanque", qui concernaient des faits produits avant décembre 1998, quand ils se sont brouillés avec leurs voisins les Delay.

 

"Je suis sur qu'on a sabordé la parole de Daniel Legrand. On l'a empêché de s'exprimer", dit le conseil de Chérif.

 

C'est aussi la questions que certains observateurs se sont posée, en voyant son état végétatif du matin au soir, jour après jour. Et aussi parce que si jamais devait être jugé coupable, cela remttrait en cause énormement de choses.

 

Me Cormier explique ensuite que contrairement à ce que beaucoup avaient l'air de croire, "les frères Delay n'ont pas pu se concerter" avant le procès, pour accabler un Daniel Legrand qu'ils n'avaient jamais vu de leur vie, car "c'est une fratrie morcelée". Là aussi c'est vrai: ils ne se sont quasiment pas vus pendant deux ans.

 

Il rappelle que dès leurs premières déclaraions, les enfants enfants ont bien évoqué "des monsieurs et des madames", en plus des quatre qui ont finalement été condamnés.

 

Il ridiculise aussi les propos aberrants de Van Gijseghem et Melen, les deux experts venus témoigner en faveur de Daniel Legrand: "peut-on contraindre un enfant à parler en une seule fois quand il lui faut du temps pour dire l'indiscible?", car en effet c'est bien une des assertions de l'expert canadien Van Gijseghem (voir audience de mercredi en début d'après-midi, le compte-rendu de son audition).

 

Pendant ce temps-là, la femme assesseur à gauche du président continue à bâiller aux corneilles entre deux sourires narquois dont elle nous gratifie depuis les premiers jours du procès.

 

Me Cormier revient sur certains mensonges qui ont été répétés à l'audience, notamment quand il a été dit (et répété) que seuls quatre enfants avaient été violés à Outreau, alors qu'ils ont bien été 12 à être reconnus en tant que victimes.

 

Il revient sur les rétractations du couple Grenon Delplanque, comme quoi finalement, ils ne se rappelaient plus avoir violé les deux enfants de Delplanque, d'ailleurs ils ne se rappelaient plus qui les avait violés (les Delay ont été condamnés pour cela mais eux aussi avaient oublié avoir violé d'autres enfants que les leurs. Des auditions surréalistes quand on connait l'affaire, mais passons).

 

L'avocat explique que le couple s'est déjà rétracté, à Saint-Omer, puis a recommencé à Paris et à Rennes, et "ça a été pris pour argent comptant". Comme tout ce qu'ont dit les acquittés, les condanés et en fait tous les témoins de Daniel Legrand.

 

Il rappelle que Delplanque "n'a répondu à aucune question", que Grenon a reconnu Daniel Legrand sur photo, et que personne, même pas elle, n'a su expliquer comment elle a fait.


Elle aussi a certainement des dons de voyance, pour inventer des aveux qui correspondent exactement aux aveux des autres (qui ont déclaré eux aussi avoir tout inventé) et avec ce qu'ont déclaré plusieurs dizaines d'enfants.

 

Le meilleur moment étant celui où Daniel Legrand a expliqué être "rentré dans la tête de Myriam Badaoui".

 

"Pourtant, ils ont très vite avoué", insiste l'avocat.

 

Il revient sur le policier Masson qui a prévenu Badaoui qu'on avait trouvé deux Daniel Legrand lors des recherches menées en Belgique. "Comment fait-elle pour décrire le véhicule, l'âge de Daniel Legrand, et dire que le père et le fils ont le même nom?" demande Me Cormier.

 

Ce genre de détails sur lesquels l'avocat général n'est jamais revenu.

 

L'avocat reprend le dossier: dès le 17 décembre 2001, Badaoui dit que les faits ont commencé lors du noël 1996, ce que Chérif a confirmé (c'est le fameux noël où lui et ses frères ont reçu des cassettes pornos).

Elle avait précisé qu'à cette époque, Daniel Legrand avait 15 ans. Me Cormier revient sur les aveux, puis les rétractations de Legrand "pour le moins déroutantes".

 

Le 16 novembre 2001, Legrand est mis en examen, avec une grosse erreur qui a été de ne pas mentionner de date de prévention. Pour cette raison, Legrand était libérable immédiatement car son avocat aurait pu faire annuler son mandat de dépôt. 


Au début Legrand se dit innocent, puis au bout de quelques semaines, il avoue avoir participé aux faits et avoir assisté au meurtre de la petite fille.

 

Me Cormier rappelle que le 17 décembre, lors de la confrontation, Legrand comprend qu'il est reconnu. Et le 19 décembre, il est entendu par le juge pour interrogatoire de CV au cours duquel il était seulement question de son parcours personnel et veut faire des déclarations. "Je voudrais dire la vérité pour ne pas prendre pour les autres", a déclaré d'emblée Daniel Legrand, tenant ensuite à s'excuser auprès des victimes.

 

Me Cormier souligne qu'il s'agit d'aveux "très précis", ce qui est étrange s'il s'agissait d'une stratégie et qu'il fallait se rétracter par la suite, "cela ne correspond à aucune logique".

 

"On dit que tout est la faute du juge Burgaud. C'est une vérité médiatique", dit-il encore, avant de préciser qu'il est d'accord que des erreurs ont été commises par ce "jeune juge": "il y a eu des oublis terribles dans ce dossier".

 

Au sujet de Daniel Legrand, qui a dit avoir commencé à se droguer après son acquittement, l'avocat précise que sa consommation était antérieure à l'affaire. Il avait confié à un expert qu'il a fumé du shit dès ses 15 ans, et sniffé de l'héroïne quelques années plus tard, vers ses 18 ans. Quand tout allait bien, en somme, selon la version qu'il a donnée de sa vie.

 

2. Me Reviron

 

"Vous n'êtes pas là pour plaire, ni à l'opinion publique, ni à la rumeur, ni à Daniel Legrand", lance d'emblée l'avocat de Jonathan, "ce qui se dit devant vous, ce n'est pas ce qui se dit dans la presse, avec une violence jusqu'à la nausée".

 

L'avocat faisait référence à la campagne de dénigrement de la défense, via la presse, à l'encontre de tous ceux qui critiquaient sa version des faits.

 

Il rappelle que les huit témoins qu'il a cités, parmi lesquels le juge Burgaud, son greffier, le journaliste Belge Georges Huercano-Hidalgo, le patron du sex shop, le surveillant de prison qui avait recueilli les "confidences" de Legrand  qui déclarait soudain que ses aveux étaient bidons, tous ces témoins étaient centrés sur le dossier de Daniel Legrand.

 

On apprend aussi avec étonnement que Me Reviron a soutenu la demande de la défense pour faire défiler les acquittés pendant 3 jours.

 

"Nous ne voulons pas refaire le procès d'Outreau et vous allez devoir motiver votre décision", dit-il aux jurés. En effet, c'est une nouveauté: désormais les décisions doivent être argumentées, alors qu'on ignore pourquoi Legrand a été condamné à Saint-Omer et acquitté à Paris, et selon me Revion "il n'aurait jamais du passer devant une cour d'assises des majeurs".

 

Il considère que ce procès est un procès "où tout semble inversé". "Je suis attaqué comme si je défensais le pire des salauds. Je n'ai jamais vu ça", insiste Me Reviron.

 

"La présomption d'innocence pour Daniel legrand, elle est énorme, et puis il est bien défendu: le procès est équitable, je vous le dis", a lancé l'avocat, "n'ayez pas peur de la vérité".

 

Equitable, bof, en tout cas les droits de la défense ont été assurés.

 

Me Reviron explique que lui aussi a cru tout savoir de l'affaire, jusqu'à ce que Jonathan vienne le trouver et qu'il découvre "beaucoup de choses sur Daniel Legrand".

 

Il revient sur différents mensonges répétés depuis 10 ans via la presse, comme cette histoire selon laquelle le "grand que je conné pas" dont parlait Dimitri dans une lette était Daniel Legrand, alors qu'on a toujours su sans aucun doute possible qu'il désignait le fils d'un des acquittés.

 

Ou le fait que Daniel Legrand a dit qu'il avait avoué pour être libéré: "on sait maintenant que c'est faux" puisque Legrand a lui-même donné différentes explications lors du procès de Rennes.

 

Quant à la rumeur selon laquelle le dossier était vide, elle ne tient pas davantage la route.

 

On a aussi dit que des gens manipulaient les frères Delay: Il explique que "Jonahan n'est pas influençable, malléable", dit l'avocat,qui tient à insister sur le fait que "ici, c'est le procès de Daniel Legrand et personne d'autre".

 

Parce qu'en effet, à force on s'est souvent demandé si on n'était pas au procès du juge Burgaud, d'Innocence en Danger, des "révisionnistes"... On a finalement très peu parlé de l'accusé durant ces trois semaines.

 

Il revient sur une série de faits importants qu'on ne peut pas nier (même si la défense et l'avocat général s'y sont attachés), comme les déclarations des Delay, des voisins, de Daniel Legrand, les accusations concernant Jean-Marc C....

 

Il évoque aussi les circonstances dans lequelles l'assistante maternelle de Dimitri avait recueilli ses déclarations: quand l'enfant parlait, elle se mettait à son ordinateur et notait tout ce qu'elle pouvait sans poser de question. Elle l'a bien expliqué, mais on a préféré l'ignorer.

 

"Outreau, ce n'est pas un inceste familial avec des voisins", rappelle Me Reviron, "Dimitri a parlé d'une dizaine de personnes". Du moins, dans un premier temps.

 

"Thierry Delay s'est fait oublier, mais c'est quand-même lui le personnage principal de ce dossier. Sa stratégie a été de se taire, puis de dire qu'il ne se rappelle pas, et on sait que c'est du pipeau d'après une expertise", dit encore l'avocat. Et justement, Delay est venu nous dire qu'il n'a violé que ses propres enfants. Alors qu'il a été condamnés pour des viols et/ou agressions sur 12 enfants.

 

"Pour deux enfants, Thierry Delay a été condamné seul pour viol en réunion", précise Me Reviron.

 

Il revient sur l'audition de Myriam Badaoui qui "a été très émouvante et a dit à son fils d'arrêter de vivre dans le mensonge", alors qu'elle est venue elle-mentir à la barre.

 

"Elle aussi minimise, parce que des enfants violés, il n'y en a plus que quatre", puis elle a dit s'être vengée d'un médecin qu'elle a dénoncé parce qu'il n'aurait pas signalé des marques de maltraitances sur un des enfants. Or elle avait dit dans une de ses auditions que c'était un autre médecin qui avait refusé ce signalement.

 

L'avocat rappelle aussi qu'il n'y a jamais eu de confrontation au sujet du meurtre de la petite fille.

Aurélie Grenon elle aussi n'a parlé que de quatre victimes à Outreau, au lieu des 12 reconnues par la justice.

 

"Elle a dit qu'elle avait peur de Daniel Legrand, il était avec un jeune qui était surement son fils", dit Me Reviron, reprenant les PV d'audition d'Aurélie Grenon, une autre extralucide.

 

Puis Grenon a reconnu Daniel Legrand père et Daniel Legrand fils sur photo "mais je ne l'ai pas vu souvent", avait-elle précisé.

 

Aurélie Grenon a aussi dit qu'elle avait "suivi Myriam Badaoui", puis que c'est le juge qui lui avait "soufflé" les noms des mis en causes.


Dès la mi septembre 2001, Aurélie Grenon évoque les Legrand père et fils, elle explique un certain nombre de faits dont a ensuite parlé Legrand lors de ses aveux. Si Grenon a pu dire tout cela, c'est selon elle parce que le juge lui a soufflé les réponses.

 

Me Reviron évoque les déclarations de Badaoui selon lesquelles c'est le juge Burgaud qui lui avait montré les deux portraits des Legrand quand elle les avait désignés à la fin août. Mais en réalité, les photos ne sont arrivées dans le dossier que deux mois plus tard. "Vous devrez écrire que le juge Burgaud lui a donné les noms", met en garde l'avocat, "et c'est un crime pour un juge de faire cela".

 

Là aussi, Badaoui a menti. C'était d'ailleurs un sacré numéro que son audition, comme on l'a déjà dit.

 

Puis, Me Reviron en vient aux nombreux courriers écrits par Badaoui au juge Burgaud. La veille de l'interpellation de Daniel Legrand, c'est la première fois que le juge Burgaud montre une photo de Legrand à Badaoui. On est alors le 13 novembre. "Il montre la photo, et Myriam Badaoui se met à pleurer, et elle dit qu'il a une voiture rouge et elle le relie à Priscilla".

 

La famille Legrand a nié connaître une Priscilla, pourtant il y a bien une cousine de ce nom. C'est comme le cousin Rudy, dont Daniel Legrand père ne se rapllelait pas du nom alors que toute la famille a été hébergée durant 5 mois par la mère de Rudy.

 

Le 13 novembre, rappelle Me Reviron, c'est aussi quelques jours après l'apparition dans le dossier de la liste de Dimitri qui mentionnait un "Dany legrand en Belgique", "qui n'a rien à voir avec "un grand que je conné pas"", insiste l'avocat de Jonathan.

 

On présente une planche de photos à Myriam Badaoui, qui reconnait trois personnes dont les deux Legrand. Et l'avocat de souligner que si le juge Burgaud était machiavélique il n'aurait pas acé qu'elle avait reconnu un 3e individu.

 

Elle a dit qu'elle a désigné les photos au hasard. "Mais quelle probabilité y avai-il qu'on tombe sur Daniel Legrand qui a fait des travaux à la Tour du Renard en 1996?", demande Me Reviron aux jurés.

 

Il continue avec sa liste de PV d'auditions, et tombe sur la cote D 1123, une audition du 17 janvier 2002 dans laquelle Badaoui parle de faits impliquant les Legrand en 1996, 1997 et 2000. "C'était très irrégulier", avait-elle précisé.

 

La défense a beaucoup dit qu'il était impossible de ne pas voir un énorme kyste à l'oreille qu'avait Legrand père, et dont il a été opéré fin 1998. Mais justement, Badaoui a bien dit qu'elle ne l'avait pas vu de 1997 à fin 1998.

 

L'avocat redit encore qu'on n'a pas cherché le bon Daniel Legrand en Belgique car l'âge de la demande de recherches ne correspondait pas.

 

Il demande aussi comment Badaoui aurait pu inventer l'histoire du matelas dans le grenier de la ferme belge où se produisaient certains abus, ferme reconnue par deux de ses fils et par elle sur photo (et le matelas a été retrouvé par la police belge qui n'a pas jugé utile de le saisir ou d'y faire des analyses).


Cette ferme au n°83 a été vide pendant deux ans, mais comme les voisins ont dit qu'ils n'ont jamais vu passer de voitures immatriculées en France, on n'a pas cherché plus loin.

 

L'enquête concenrant la petite fille tuée a été pour le moins superficielle elle aussi, et on a cherché des disparitions de fillettes de 5 ou 6 ans, alors qu'elle a pu être plus jeune. Ou ne pas être déclarée, comme la fillette retrouvée noyée à Berck l'année dernière, qui n'avait pas d'existence légale.

 

Quand Jonathan a entendu parler de ce meurtre à la radio, il a dit spontanément à son assistante maternelle que c'est le père de Daniel Legrand qui l'a tuée. Il dit aussi qu'elle avait 4 ans, et on n'a pas cherché de petite fille de 4 ans, rappelle Me Reviron.

 

Pourtant, il a trouvé deux fillettes de 4 ans qui ont disparu: une de 3 ans, enlevée à Bruxelles le 15 décembre 1999, et une autre de 3 ans, enlevée le 26 novembre 1999 à Mons. 

 

Tout au long du mois de janvier, Daniel Legrand fils a eu plusieurs confrontations, avec François Mourmand, Dominique Wiel, Delay et Badaoui, Martel, et après toutes ces confrontations il s'implique dans des faits très graves face à un expert qui le reçoit. Mais à ce moment, il dit avoir déclaré à sa soeur au parloir avec sa soeur qu'il était innocent.

 

Le jour où il se "confie" au surveillant de la prison, il vient juste de répéter dans le détail ses aveux aux juges chargés des détentions, qui l'ont cru. L'avocat rappelle aussi que Legrand n'a eu de parloir avec sa soeur que fin février, quand il a commencé à se rétracter.

 

Me Reviron explique ensuite que Legrand a reconnu les deux filles de Sandrine Lavier sur photo, sans les nommer mais en disant qu'elles venaient accompagnées de Sandrine Lavier, précisant que celle-ci venait aux orgies chez les Delay avec deux filles.

 

Là aussi, c'est le gang des extralucides. Ces deux filles ont été reconnues victimes par la justice, avant que l'une d'elles écrive au juge pour dire qu'en fait il ne s'était rien passé/

 

Me Reviron revient sur Jean-Marc C. dont personne n'a été en mesure d'affirmer qu'il n'a pas pu participer aux faits. Et puis il y a ce mensonge sur le fait qu'il ne pouvait pas monter les escaliers.

 

Dans le dossier, on voit qu'un accusé a expliqué "je ne sais pas comment il faisait pour monter les escaliers", un autre a dit: "Myriam Badaoui et Thierry Delay lui disaient de monter pour chercher des cigarettes".

 

Il y a aussi François Mourmand, rappelle Me Reviron. Le parrain de Jonathan (il disait pourtant ne pas connaître les Delay), qui était aussi le voisin de la tante de Daniel Legrand. "Pourquoi l'impliquer dans le dossier?" demande l'avocat, surtout que Legrand a bien précisé que Mourmand était agressif et dangereux.

 

Puis, il y a la reconnaissance de Legrand par le taxi Martel, et cette confrontation au cours de laquelle Martel maintient avoir pris Daniel Legrand dans son taxi à Outreau.

 

Enfin, l'avocat revient sur cette question du "réseau international", alors qu'on parlait juste d'un couple, connecté avec des voisins et d'autres personnes, qui expédiait des vidéos pédopornographiques en Belgique notamment.

 

Et il termine en revenant sur l'affaire du caméscope: "Tout le monde en parle, de ce caméscope, mais on n'a retrouvé aucun film", sauf une cassette avec les ébats de Delay et Badaoui devant leur dernier fils encore bébé. Aucune vidéo des "sorties avec les enfants" que Delay a dit filmer avec ce caméscope.

 

3. Me Guérin

 

C'est l'avocate de l'association Enfance Majuscule qui s'exprime en dernier.

Elle commence par rappeler que l'association n'a pas demandé à ce que ce procès ait lieu (de nombreuses attaques ont été portées contre les "associations" qui seraient à l'origine de ce procès).

 

Elle revient aussi sur la tentative des avocats de Legrand pour empêcher Enfance Majuscule d'être partie civile, en soulevant une question administrative à laquelle il a fallu répondre, ce qui a pris une bonne semaine.

 

"Il n'est pas question de refaire les procès d'Outreau, en dépit de ce qui a été dit et écrit", dit l'avocate.

 

Elle explique que "les enfants ne parlent et ne peuvent parler que lorsqu'ils sont mis en sécurité", ce qui explique que les accusations des enfants ont été progressives.

 

"Se mettre un crayon dans l'anus, cela se voit souvent chez les enfants violés", précise Me Guérin, "et parce qu'un enfant a parlé, les autres ont pu parler". Elle rappelle que Chérif a été placé pendant cinq ans sans pouvoir rien dire, "c'est Dimitri qui parle et libère la parole des autres". Elle revient sur la culpabilité très forte qu'a connue Chérif, ce sentiment de ne pas avoir protégé ses frères, mais aussi une culpabilité beaucoup plus vicieuse par rapport au fait qu'il a du violer ses propres frères.

 

"Cela correspondait à des faits réels, et il y a eu quatre condamnations", précise Me Guérin.

 

Elle évoque les "soi-disant sachants sollicités par l'avocat général pour venir vous dire tout et son contraire, pour vous expliquer cette liste et cette inflation de noms. Ce qu'il faut en retenir? Que ce ne sont pas des sciences exactes".

 

Me Guérin revient sur la psychologue Mme Bonaffé qui avait entendu les enfants lors du procès de Saint-Omer, après leur passage dans le box des accusés. A ce moment, il y avait un véritable phénomène de lassitude à force de répéter les choses, de ne pas être crus, d'être attaqués parce qu'ils ne se rappelaient plus d'un détail, alors qu'on était des années après les faits.

 

"Les enfants peuvent cesser de parler par peur de ne pas être crus", insiste l'avocate. Les cas de rétractations ou les enfants qui se taisent sont très nombreux.

 

Même Wiel, rappelle Me Guérin, a été "choqué du traitement des enfants à Saint -Omer". "Oui les enfants peuvent se taire, mais les souvenirs restent gravés à jamais".

 

Elle rappelle que "Dimitri a dénoncé "Dany legrand"" et que "ses souvenirs sont revenus par flashs, par images", comme l'avait décri Hélène Romano au sujet de la mémoire du traumatisme.

 

Revenant sur les procès d'Outreau, elle demande: "Qui se rappelait de ces 12 victimes? Comment ces petits enfants ont-ils pu se rendre seuls chez les Delay?".

 

"On ne se rappelle que des vies brisées des acquittés. Mais qui s'est intéressé au devenir des victimes, à leur errance au sein de l'aide sociale à l'enfance? On les a même déplacés dans des foyer pour enfants délinquants en Belgique, et on a coupé tout lien avec la famille d'accueil pour qu'il n'y ait pas de lien affectif alors que c'est primordial pour la reconstruction d'un enfant", explique l'avocate, qui ajoute qu'ils ont été virés de leur foyer le jour de leurs 18 ans, sans papiers, sans argent.

 

Elle rappelle que Jonathan a dit avoir la certitude que Daniel Legrand était là lors d'orgies chez ses parents. Que Chérif se rappelle d'abord de Daniel Legrand en tant que victime, que Aurélie Grenon a reconnu avoir été victime alors qu'elle avait tout juste 18 ans, avant de devenir agresseur, que Dimitri avait bien évoque un "Dany legrand"...

 

Quant aux accusations de complot, de vengeance, elle explique que s'il y avait un complot on aurait des versions cohérentes entre les frères, ce qui n'est pas le cas.

 

"Il n'y a aucune volonté de vengeance des frères Delay à l'encontre de Daniel Legrand", dit Me Guérin, "ils ont des accusations très modérées".

 

Elle rappelle aussi que Chrérif a situé certains faits au moment de la coupe du monde 1998.

 

"Rien ne dit" que les frères Delay ont des souvenirs reconstruits, même si c'est le pivot de l'argumentation de la défense.

"L'argent? Ce n'est pas l'objectif des enfants Delay", dit Me Guérin. Car, cela aussi a été dit, par la défense et pas certains médias aussi. Une accusation délirante quand on voit les aumones allouées aux victimes comparées aux ennuis auxquels ils sont exposés lors des procès.

 

"Ils n'ont rien à gagner à ce procès à part tourner la page", conclut l'avocate.

 

"Il y a eu un avant et un après Outreau. Depuis, on constate une grande augmentation des classements sans suite. C'est un fait que la parole des enfants a été injustement mise en cause depuis Outreau", explique l'avocate d'Enfance Majuscule.

 

"Il faut rappeler aux professionnels et à tout le monde ce qu'il convient de faire et ne pas faire en matière de recueil de la parole des enfants", insiste-t-elle.

 

Elle évoque ensuite les expertises des Marie-Christine Gryson et Jean-Luc Viaux, au cours desquelles les enfants ont fait un récit par bribes. On retrouve des éléments d'authenticité du récit. L'avocate rappelle que Jean-Luc Viaux a dit que lorsque les images se téléscopent, qu'il y a de la confusion, c'est un élément d'authenticité du discours.

 

 

 

4. "Réquisitoire" de l'avocat général Cantero

 

On aurait pu croire que ce réquisitoire serait équitable quand l'avocat général a dit que la demande de ce procès a été faite "à juste tiitre et à bon escient", et quand il a ajouté qu'il ne fallait pas "se tromper de procès".

 

Il a même reconnu que les enfants avaient aussi été maltraités par la procédure, ce qui était une première tellement les avocats de la défense ont dit et répété que les débats lors des procès avaient toujours été "sereins".

 

"Leur statut de victime est souvent publiquement contesté et là-dessus je rejoins Marie-Christine Gryson pour une protection du statut de victime, qui ne doit pas être contesté" comme c'est le cas pour le statut d'acquitté, dit-il. Voilà qui est intéressant, car un certain Me Eolas s'est lâché sur Twitter, traitant Marie-Christine Gryson de "folle" parce qu'elle avait osé dire cette phrase de pur bon sens.

 

Puis, très vite, l'avocat général a fait le procès de Burgaud, des experts, des associations... Pas un mot à charge contre Daniel Legrand, comme d'habitude, dont on nous raconte les déboires depuis son acquittement.

 

"C'est n'est pas le procès des institutions et de la protection de l'enfance", a-t-il commencé, avant de, justement, nous faire le procès des isntitutions et de la proctetion de l'enfance.

Ca a été comme cela pendant trois longues, trois interminables heures d'un réquisitoire surréaliste, dans lequel l'avocat général a pris soin d'écarter tous les éléments à charge contre Daniel Legrand.

 

Le magistrat nous parle de "pollution de la déclaration des enfants", et il trouve que les services sociaux "ont joué le rôle d'auxiliaires de justice". On se demande alors ce qu'auraient du faire les assistantes maternelles, puis les assistantes sociales mises au courant des accusations très graves des enfants. Auraient-elles du se taire et décider seules de ne pas en référer à la justice?

 

"Le drame d'Outreau c'est le drame de la bonne foi. On agit de bonne foi", lance-t-il.

 

Il continue: "ce n'est pas le procès du juge des enfants", avant d'énumérer les erreurs qu'a selon lui faites le juge des enfants, notamment quand il a prévenu les Delay que leurs enfants les avaient dénoncés.

 

Mais pour Cantero, bien que les Delay aient été prévenus de ces accusations d'abus sexuels, personne n'a "fait le ménage". Il n'est pas troublé par le fait qu'on n'a retrouvé aucune cassette vidéo des sorties avec les enfants, ni par le fait qu'on n'ait retrouvé aucune trace d'argent alors que les Delay ont été condamnés pour proxénétisme sur leurs enfants. En fait rien ne perturbe l'avocat général quand il s'agit de soupçons à l'encontre de Daniel Legrand.

 

"Si on avait fait le ménage, pourquoi a-t-on retrouvé une revue pornographique chez les Marécaux?", demande-t-il, se croyant certainement très pertinent. Pour lui l'histoire du ménage "ne tient pas", alors que plusieurs protagonistes en ont parlé.

 

"Ce n'est pas le procès des experts mais il y a eu des experts influencés par les pièces qu'on leur a données", faisant allusion aux quelques PV d'auditions fournis à Viaux et Gryson pour mener leurs expertises des enfants.

 

Oui, sauf que les enfants chez qui ils avaient repéré de nombreux éléments selon lesquels ils avaient subi des abus sexuels ont bien été reconnus victimes par le tribunal, et cela malgré les attaques incessantes contre eux et leur travail. C'est bien qu'il y avait des éléments solides dans le dossier.

 

Stéphane Cantero nous dit qu'il a "beaucoup apprécié" les rétractations de l'expert, c'est-à-dire un parjure commis par Jean-Luc Viaux, venu dire à Rennes l'inverse de ce qu'il avait écrit dans son expertise, et cela sans avoir revu les enfants entre-temps.

 

Pour Cantero, Viaux avait "signé des documents avec lesquels il n'était pas d'accord", et cela sous serment ce qui pose rait question si c'était vrai.

 

Puis, l'avocat général remet en cause l'authenticité des déclarations des frères Delay et déclare que "un escroc est authentique". Très subtil de comparer ces trois victimes, reconnues comme telles, à des escrocs. Mais, cela est révélateur des propos tenus dans ce tribunal depuis le premier jour.

 

Il ressort une expertise menée quand Chérif s'est accusé d'avoir été forcé de commettre un meurtre. Une affaire classée sans suite. Dans cette expertise, un médecin qualifiait Chérif de "menteur manipulateur", ce qui est bien la première fois que Chérif est décrit ainsi.

 

Il tape aussi sur Hélène Romano qui s'est rendue sur le plateau d'une émission pendant le procès alors qu'ell était citée comme témoin. Il ne dit rien sur Wiel qui a fait de même.

 

Il caricature les experts encore quelques minutes, puis nous dit "ce n'est pas le procès de l'instruction", puis il rappelle quelques erreurs, comme l'absence de dates d'infraction pour le renvoi de Legrand au tribunal.

 

L'avocat général nous parle ensuite de Daniel Legrand père, censé être "à la tête d'un réseau international", alors que Badaoui, les enfants et les autres avaient juste parlé de la Belgique. 

 

Pour Cantero, la reconnaissance des Legrand sur le tombinoscope "n'a pas de valeur", les confrontations non plus. En fait aucun élément à charge n'avait de valeur à ses yeux.

 

L'avocat général accuse les confrontations (à plusieurs accusateurs contre un mis en cause) d'être à l'origine de tous les malheurs des acquittés, il parle de Mourmand sous médicaments, de la grève de la faim de Marécaux, du calvaire de Daniel Legrand...

 

Ensuite, il critique tous les éléments de la procédure qu'il peut trouver à critiquer, et conclut: "l'affaire d'Outreau me fait penser aux soricères de Salem", et se lance dans une tirade sur l'affaire d'Outreau.

 

Pour lui, les trois qui ont avoué (Badaoui, Delplanque et Grenon) ont inventé n'importe quoi (il oublie que 12 enfants reconnus victimes ont confirmé ces faits), et Daniel Legrand a bien monté un plan acrobatique basé sur de faux aveux pour démontrer que tout le monde mentait. "Finalement il est le seul à avoir de l’humanité puisqu’il sera le seul à arrêter ensuite ses faux aveux", estime l'avocat général...

 

Il dénonce même une "hystérie collective" dont aurait été pris aussi le juge Burgaud. Et finalement c'est tout le tribunal de Saint-Omer qui a été contaminé, puisque plusieurs dizaines de juges sont intervenus dans ce dossier avec les mêmes conclusions.

 

"Le dossier n'est qu'une base. Ce qui compte c'est ce qu'on entend à l'audience", dit-il aux jurés. Etonnant, puisqu'à l'audience, on n'a presque pas évoqué Daniel Legrand, et qu'on a soigneusement évité de parler du fond du dossier et des déclarations à charge des frères Delay.

 

Il insiste bien sur le fait que "Daniel Legrand risque 20 ans", alors que tout le monde sait parfaitement qu'il n'en a jamais été question. Il était clair depuis le départ qu'une éventuelle condamnation de Daniel Legrand ne pouvait être que symbolique. Mais Stephane Cantero met en garde en hrulant les jurés contre une "erreur judiciaire" s'ils condamnent Daniel Legrand. Des propos totalement excessifs, avant un laïus sur la présomption d'innocence.

 

Il explique que "il y a d’un côté la parole des enfants et de l’autre celle de Daniel Legrand", alors que s'il n'y avait que cela l'affaire aurait été classée sans suite comme une bonne partie des affaires "connexes" à l'affaire d'Outreau. Et en ce qui concerne la parole des enfants, pour lui c'est plié, ils ne disent pas "la" vérité "mais des vérités", a-t-il asséné. On se demande bien sur quoi il se base pour affirmer cela puisque les enfants n'ont pas été réexprtisés depuis les premiers procès, et qu'on ne peut donc pas dire que leurs souvenirs sont faux ou même évolutifs.

 

Puis Cantero ajoute que selon lui, les plaidoiries des avocats des parties civiles "ne sont pas dans la raison", et il caricature leurs propos: "les enfants ne mentent jamais" (personne n'a dit cela), "quand ils sont adultes ils n'ont aucun intérêt à mentir" (par contre les accusés oui, pourrait-on ajouter), et évoque "le maléfice du doute"...

 

Il estime que les enfants ont dénoncé à tort d'autres adultes, juste après avoir reconnu que Grenon et Delplanque ont été condamnés aussi pour les viols et agressions des frères Delay.

 

Le magistrat s'en prend ensuite à "la partialité des institutions" et à "l’incompétence des enquêteurs" qui ont mené à des accusations selon lui ineptes.

 

Il nous fait de la psychologie à la petite semaine, en ne se basant sur rien d'autres que les propos d'experts venus témoigner en faveur de Daniel Legrand, et qui n'avaient pas vu les enfants. Il déclare par exemple que "La liste de Dimitri est une pensée magique pour retrouver ses parents : mais il n’y a pas de réseau, il n’y a que papa et maman", ou que les aveux de leur mère et les dénégations de leur père ont "créé une ambiguïté dans la tête des enfants".

 

Stephane Cantero entreprend ensuite de nous donner sa vision des choses quant à l'arrivée de Daniel Legrand dans le dossier.

 

Fin août 2002 Badaoui parle d'un Daniel Legrand qui avait un fils du même nom, chez qui ils allaient, en Belgique. Des propos confirmés par le couple Grenon - Delplanque.

 

Selon lui, les propos des enfants sont à jeter directement à la poubelle car ils "ne mentent pas, ils se trompent".


Quant aux aveux de Daniel Legrand, il les aurait faits pour copier Grenon qui a avoué et est vite sortie de prison, et ces aveux ne "valent rien", selon le magistrat.

 

Il revient aussi sur le moment où Badaoui a osé faire la morale à Jonathan, lui disant qu'il ne faut pas vivre dans le mensonge: "Quand Myriam Badaoui dit à Jonathan de ne pas vivre dans le mensonge, là, elle a un rôle de mère !".

 

Rappelons tout de même que Badaoui a menti plusieurs fois durant cette audition, et qu'elle a pris 15 ans de prison pour avoir prostitué ses enfants, les avoir violés, et avoir agressé plusieurs autres enfants. En quoi est-elle crédible quand elle vient faire la leçon à son fils, après avoir nié la quasi totalité des faits qu'elle avait avoués à l'époque.

 

Après ce coup de massue impressionnant pour Jonathan (qui quitte la salle à ce moment-là), l'avocat général conclut: "Je représente les intérêts de la société qui n’a pas d’intérêt à condamner un innocent", dit que Legrand est "présumé innocent" et que le doute doit lui bénéficier.

 

==> La non plaidoirie de la défense

 

Les avocats de la défense au grand complet sortent de la salle, puis reviennent et s'alignent devant les jurés, l'air très solennel et ils lisent un papier (qui a aussi été photocopié et distribué à la presse), dans lequel ils disent qu'ils ne vont pas plaider car, en fait, 'lavocat général a tout dit: "Après ce réquisitoire où l’acquittement a été requis par l’avocat général, non pas au bénéfice du doute mais parce que Daniel Legrand est innocent, nous avons décidé de ne pas plaider. Personne ne pourra remettre en doute son innocence. Il pourra se promener la tête haute. Cet acquittement est aussi celui de son père".